CHAPITRE IV. hQ}S
cette promesse, vous ne devez vous en prendre qu'à vous-mêmes, et à Tesprit corrompu qui habite en vous ^ et qui vous porte à la jalousie contre vos frères. Demandez donc, comme il faut; et quand vous serez dans les dispositions nécessaires, soyez assurés que le Saint-Esprit de son côté est porté à répandre sur vous ses dons aNec profusion : majorem autem dat gratiam. D'autres , au contraire , par l'esprit dont il est ici parlé, entendent plus vraisemblablement l'Esprit saint. Car !<>, rh izvsu/jlk avec un article, marque presque toujours le Saint-Esprit , comme remarque saint Âthanase dans sa lettre a Sérapion. 2** L'Esprit qui habite «n nous, se prend dans l'Ecriture, non pas pour l'esprit de l'homme, mais pour l'Esprit de Dieu : Rom. 8 , 12, 1. Cor, d, 16. etc. 3** La particule adversative ^ufem, qui se trouve au verset suivant, fait voir évidemment que ces deux parties doivent s'entendre du même esprit : que c'est le même esprit qui a des désirs qui vont jusqu'à la jalousie , et qui donne la grâce : ce qui ne convient qu*au Saint-Esprit. Mais ceux qui l'entendent de la sorte, ne conviennent pas encore dans la même explication. Car les uns l'expliquent ainsi : pensezvous, amateurs du monde, que ce soit en vain que l'Ecriture dit que l'Esprit saint qui habite en nous, est un esprit qui nous aime jusqu^à la jalousie, et qui ne peut souffrir de ri\ al? Ceux qui suivent cette explication , croient que saint Jacques fait allusion aux endroits de l'Ecriture, où Dieu est appelé un Dieu jaloux : Exod, 20, 5. 34, 14. D'autres croient que le mot d'envie, ad invidiam^ se prend toujours en mauvaise part, et ne peut convenir au Saint-Esprit. Ils expliquent ainsi ce passage : croyez-vous que ce «oit en vain que l'Ecriture dit que l'Esprit saint qui habite en nous, nous aime si tendrement , et nous comble de ses grâces avec tant de profusion , que les amateurs du monde qui en sont privés, sont forcés de leur porter envie. C'est ce qu« semble marquer Isaïe, ch. 65. v. 13, auquel saint Jacques peut faire allusion. Car quelque explication qu'on suive, on est obligé de convenir que saint Jacques ne cite point ici les paroles , mais le sens de l'Ecriture. On peut choisir entre ces deux explications celle qui plaira davantage.
6. Majorem aulem dat gratiam. 6. Aussi fait-il de plus grandes faveurs. Propter quod dicit : Deus superbis C'est pourquoi elle dit : Dieu résiste
resistity huiuilibus autern dat gra- aux orgueilleux, et donne la grâce aux tlam (1). humbles.
C'est pourquoi eUe dit : Dieu résitle aux orgueilleux. Ce passage est tiré des proverbes, ch. 3. V. 34, suivant l'édition des LXX, au lieu que nous avons dans la Vulgate : Ipse deludil Uluêores, et mantuelis dabit gratiam : ce qui peut revenir au même.
7. Subdili ergo eslote Deo : resis- 7. Soumettez-vous donc à Dieu ; mais tite autem diabolo , et fugiet à vobis. résistez au démon , et il fuira loin de vous.
Soumettez-vous donc à 2>teu. Puisque Dieu est si bon , et qu'il vous coaible avec tant d'abondance de ses grâces ; soumettez-vous à lui , et vous attachez à son service. Le démon n'épargnera rien pour vous en séparer : mais vous n'avez qu'à lui résister j et votre résistance lui fera bientôt prendre la fuite.
8. Appropinquale Deo, et appropin- 8. Approchez-vous de Dieu , et il s'apquabit vobis. Emundate manus , pec- prochera de vous. Pécheurs , nettoyez vos catores : et purificate corda , duplices mains : et vous qui avez l'esprit double , animo. purifiez vos cœurs.
Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous. Âpprochez-vous de Dieu par la pénitence, et il s'approchera de vous, eu vous recevant dans ses bonnes grâces, et en vous comblant de ses faveurs. Mais nous ne nous approchons de Dieu que par le secours de la grâce prévenante , sans laquelle il ne nous est pas possible de faire un pas , ni de former le moindre désir pour nous rapprocher de lui , suivant ces paroles , Thren. 6 , 21: Couverte nos, Domine, ad te, et convertemur. Ces paroles, Appropinquale Deo , n'excluent donc pas, mais supposent la nécessité de la grâce prévenante : et c'est ainsi pareillement qu'on doit entendre plusieurs passages des Pères grecs et latins , qu'on a faussement accusés de favoriser les semipélagiens.
9. Miseri estote , et lugete , et plo- 9. Sentez votre misère : affligez-vous et rate : risus vesler in luctum couver- pleurez : que voire ris se tourne en larmes, tatur , et gaudium in mœrorem. et votre joie en douleur.
(l) Prov. 3. 34.-1. Pet. 5.5.
Sentez votre misère : affligez-Dous et pleurez. 11 y a dans le grec ruXantu^sart , affligez-vous, versez des pleurs. Ce qui nous marque que la pénitence ne consiste pas uniquement dans la nouvelle vie, mais qu'elle doit être accompagnée de sanglots, de larmes, et d'autres œuvres pénales, que les Pères de l'Ëglise ont toujours jugé nécessaires j et dont la prétendue réforme n'a jamais pu s'accommoder.
10. Humiliamini in conspeclu Do- 10. Humiliez-vous aux yeux du Selmini, et exaltabit vos (1). gneur » et il vous élèvera.
11. Nolite detrahere aUerulruni , 11 ■ Gardez-vous , mes frères , de médire fratres. Qui delrahit fratri , aut qui les uns des autres. Celui qui médît de son judicat fratrem suum , delrahit legi , frère ou qui le juge, il médit de la loi , et et judicat legem. Si autem judicas le- il juge la loi. Que si vous jugez la loi, vous gero , non es factor legis , sed judex. n'êtes pas observateur de la loi , mais tous
en êtes le juge.
Celui qui médit de son frère , ou qui le juge, il médit de la loi, et il juge la loi. Celui qui médit de son frère, médit de la loi et la juge ou la condamne, en tant qu'il méprise le précepte de la charité qui défend de médire. C'est à peu près l'esplication du vénérable Bède , d'OEcumenius et de saint Thomas, 2, 2 g. 74. a. 2. ad'6, D autres, comme Cajetan, croient que cela doit s'entendre de celui qui parle mal , ou qui condamne le prochain dans les bonnes actions qu'il fait suivant la loi. Car celui-là s'érige en juge de la loi et la condamne, en blâmant ce qu'elle commande ou conseille. Au lieu de ces mots , celui qui médit de ton frère ou qui le juge , il y a dans le grec vulgaire, celui qui médit de son frère et qui le juge. L'interprète syriaque est conforme à la Vulgate, aussi bien que le manuscrit d'Alexandrie, et plusieurs autres cités par le Père Amelote.
12. Unus est legislator et Judex, 12. Il va un législateur et un juge, qui qui potest perdere , et liberare. peut perdre , et qui peut sauver.
Il y a un législateur et un juge , qui peut perdre et qui peut sauver. Ces mots , et un juge , ne se trouvent point aujourd'hui dans le grec; mais on les lit dans le syriaque et dans l'éthiopien , dans le manuscrit d'Alexandrie et dans plusieurs autres, qui sont encore cités par le Père Amelote. Bèze avoue qu'il les a trouvés dans quatre de ses manuscrits. C'^t comme si saint Jacques disait : en médisant de votre frère, vous vous établissez juge de la loi. Or il n'y a qu'un législateur et un juge, qui s'est réservé ie droit de condamner ou d'absoudre, de sauver ou de perdre dans le temps ou dans l'étornité. Il n'y a donc dans ce sens qu'un législateur et un juge souverain; quoiqu'd y en ait plusieurs autres subalternes, soit ecclésiastiques soit politiques, qui tirent de ce souverain maître toute leur autorité, et auxquels nous ne devons pas moins obéir qu'à Dieu même. On ne peut donc trop setonner de l'aveuglement prodigieux de Calvin , qui sur ce past^age prétend que c'est usurper les droits de la majesté souveraine, que de s'attribuer le pouvoir de faire des lois : d'où il conclut que le pape est un antechrist, et que tous ceux qui se soumettent à ses lois, sont ses membres, et rendent obéissance au diable. Par la même raison ce fanatique pouvait ranger au nombre des antechrists tous les princes souverains qui font des lois, auxquels cependant , selon saint Paul , nous sommes en conscience obligés d'obéir.
13. Tu autem quis es, qui judicas 13. Mais qui étes-vous , vous qui jugez proximum (2) ? le prochain ?
Ecce nunc qui dicitis : hodiè , aut Venez maintenant, vous qui dites : au-
crastino ibimus in illam civitalem , jourd'hui ou demain nous irons en telle
et faciemus ibi quidem annum, et ville, nous y passerons une année , nous
mercabimur , et lucrum faciemus : y trafiquerons , et nous y ferons du gain :
I^ais qui étes-vous, etc? Mais ne se trouve point dans le grec d'aujourd'hui. On le lit dans le syriaque et l'éthiopien, aussi bien que dans les plus anciens manuscrits. — Venez maintenant , vous qui dites , aujourd hui ou demain, 11 y a dans le grec ordinaire , aujourd'hui et demain : ce qui est une faute évidente, que Bèze n'a point fait difficulté de corriger sur la foi de deux manuscrits conformes à la Vulgate , au syriaque , â l'éthiopien et à l'arabe. Tous -les verbes qui suivent, sont au subjonctif dans le grec. Allons en telle ville , demeurons^ , e(e. , au lieu que la Vulgate met tout cela à l'in-
(1) 1. Pet. 5. 6. — (2) Rom. 14.4.
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diratif , Nous irons , nous demeurerons , etc. , et cette leçon est si évidemment préfé^rable à l'autre, que Bèse a eucore ici corrigé son texte grec sur l'autorité de la Yulgate et d*un ancien manuscrit.
14. Qai igooratis quid erit in cras- 14. Vous qui ignorez ce qui doit être ttno. demain.
15. Quœ est enim \ita Tcstra ? Vapor 15. Car qu'est-ce que votre vie ? C'est est admodicum parens , et deinceps une vapeur qui parait pour peu de temps , exterminabitur. Pro eo ut dicatîs : Si et puis elle s'évanouit. Au lieu qu'il fau- Dutninu^ voluerit , et si vixerimuSf draitque vous dissiez : si le Seigneur le faciemus hoc > aut illud. veut , et si nous sommes en vie , nous ferons ceci ou cela.
Au lieu qu'il faudrait que vous dissiez : ei le Seigneur le veut^ etc. Nous avons des exemples de ce que saint Jacques prescrit ici : Âct. 18, 21 . 1. Cor, 4, 19. Rom. 1, 10. Philip. 2, 19. 2«i, 24. Heb. 6, 23, et c'est un sentiment si naturel, qu'on en trouve dea exemples dans les païens qu'on peut voir cités dans Grotius. Ce n'est pas qu'on soit obligé de prononcer toujours ces paroles. Mais nous ne devons jamais oubtier que tous DOS projets sont soumis à la providence, et que nous ne pouvons compter sur un seul moment de vie.
16. Nunc autem exultatls in super- 16. Mais maintenant vous vous cornbiis vestris. Omnis exultatio talis > plaisez en vos desseins orgueilleux : toute maligna est. complaisance de celte nature ne vaut rien.
Jj^ais maintenant vous vous complaisez dans vos desseins orgueilleux. Semblables à ce riche dont il est parlé, Luc 12 , 19 , qui se voyant une grande abondance de biens , se promettait d'en jouir pendant une longue suite d'aun^es, et qui reçut cette fatalo réponse : Slulte^ hâc nocleanimam tuam répétait à te. Saint Jacques a donc bien raison d'ajouter que toute complaisance de cette nature ne vaut rien,
17. Sclenti igitur bonum facere , et 17. Celui donc qui sait le bien quMl faut non facienti , peccatum est ilii. faire , et qui ne le fait pas , est coupable.
Celui donc qui sait le lien qu*il faut faire ^ et qui ne le fait pas y est coupable. (]eci doit se rapporter à tout ce qui a précédé. C'est comme si saint Jacques disait : Je vous aisuffisammeut avertis : si vous n'êtes pas dans la suite fidèles à remplir \08 devoirs, voua ne pourrea pas prétexter votre ignorance j mais vous vous rendrez bien coupables devant Dieu.