CHAPITRE V
11 fflenace d'une vengeance terrible les riches qui oppriment les pauvres : mais il eihorte ceui-ci de souffrir constamment. Il faut éviter le jurement. Les prêtres doivent appliquer Ponction aui malades. Il faut confesser ses péchés lun à Tantre. Combien la prière du juste est puissante. On doit ramener à la vérité ceui qui s'égarent.
1. Agite nunc, divites, plorate 1. Allez maintenant, riches; pleurez ululantes in miseriis vestris , quœ ad- et jetez les hauts cris sur les malheurs qui venient vobis. vous vont arriver.
Allez maintenant , riches ; pleurez et jetez les hauts cris. Le vénérable Bède croit que ce qui est dit ici jusqu'au verset 7, s'adresse aux infidèles et aux Juifs, qui opprimaient les pauvres chrétiens : mais il est bien plus probable que cela regarde ceux des chrétiens qui étaient riches et qui tyrannisaient les pauvres. Car il n'y a point d'apparnnce que saint Jacques adressât la parole é «eux du dehors dans une Epitre qu il écrit aux fidèles; et d'ailleurs nous apprenons par les Ëpitres de saint Paul que les premiers fidèles n'étaient pas toujours tout-à-fait exempts du défaut que saint Jacques reproche ici aux riches. — Sur les malheurs qui vont vous arriver. Quelques-uns
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entendent cela des malheurs qui arrivèrent aux Juifs , lorsque Titus assiégea Jérusalem. Mais nous avons déjà remarqué que saint Jacques n'écrit ici qu'aux fidèles , et aux fidèles dispersés dans différentes provinces. Par ces malheurs, il faut donc entendre les malheurs de l'autre vie, les supplices éternels, dont saint Jacques menace les riches avares et impitoyables , s'ils ne s6 corrigent d'une disposition si criminelle. Le grec ordinaire met simplement, qui doivent arrtt)er, en supprimant vous , mais il se trouve dans de très-bons manuscrits , et dans le syriaque , l'arabe et l'éthiopien.
2. Divitise vestrae putrefacts sunt : 2. Vos trésors sont réduits en pourriet vestimenta vesira à tineis coraesla ture» et vos habits sont manges de vers, sunt.
Vas trésors sont réduits en pourriture. Le blé, le vin et les autres provisions que vous amasses , se gâtent ^ et vous aimei mieux qu'elles se corrompent, que d'en secourir les pauvres. Vous avez des habits en grand nombre, que les vers mangent dans des coffres, dans des garde-robes , pendant que les pauvres meurent de froid.
3. Aurum et argentum vestrum 3. Votre or et votre argent est tout «Tugiuavit : et serugo eorum in tes- rouillé; et la rouille qui le gâte, servira timonium vobis erit , et manducabit de témoignage contre vous, et sera comme carnes vestras sicul ignis. Thesau- un feu qui consumera votre chair : vous rizâstis vobis iram in novissimis vous êtes fait un trésor de colère pour les diebus. derniers jours.
El la rouille qui le gâte ^ servira de témoignage contre vous. Cette rouille à laquelle vous avez laissé consumer vos trésors , plutôt que d'en secourir le« pauvres, sera au jour des vengeances un témoignage de votre extrême cruauté , et méritera ce feu dévorant qui consumera vos propres chairs. — Vous vous êtes fait un trésor dt colère pour les derniers jours, il y a seulement dans le grec, vous amassez un trésor pour les derniers jours. Ce que quelques-uns expliquent comme si saint Jacques disait aux riches : Vous amassez des trésors pour une longue suite d'années. ]!dais le sens que présente la Vulgate, est bien plus beau : Vous amassez de grands trésors; et vous ne voyez pas qu'en cela même vous amassez un trésor de colère pour les derniers jours, pour le jour de vengeance, où Dieu punira votre dureté et votre insensibilité envers les pauvres. Au reste, le vénérable Bède a lu , comme notre interprète; et le texte grec d'OEcumenius est pareillement conforme â celui de la Vulgate.
4. Ecce merces operariorum , qui 4. Voilà que le salaire dû aux ouvriers messuerunt regiones vestras, quae qui ont moissonné vos campagnes, et dont fraudata est à vobis, clamât : et cla- vous les avez frustrés, élève sa voix : et raor eorum in aures Domini sabaoth les cris qu'ils poussent sont parvenus aux introivit. oreilles du Dieu des armées.
5. Epulati estis super terram , et in 5. Vous avez vécu dans la bonne chère luxuriis enutristis corda vestra , in ^ur la terre ; et vous avez nourri vos die occisionis. cœurs dans la volupté, au temps même
du massacre.
Et vous avez nourri vos cœurs dans la volupté au temps même du massacre. Il y a dans le grec : comme au jour du massacre. On avait coutume de faire de grands repas les jours solennels de sacrifices. Saint Jacques reproche donc aux riches que tous les jours sont pour eux des jours de fêtes et de réjouissances : ou bien qu'ils s'engraissent comme des victimes qui doivent être immolées à la colère de Dieu au jour de ses vengeances. Quelques-uns entendent ainsi ces paroles in die occisionis : tous les jours sont pour vous des jours de bonne chère^ sans en excepter ceux mêmes, où vous laissez mourir de faim les pauvres, qui sont les victimes de vos injustices, ou de votre insensibilité.
6. Addixistis , et occidistis justum j 6. Vous avez fait le procès au juste , et et non restitit vobis. vous l'avez mis à mort -, et il ne vous a
point résisté.
Et vous l'avez mis à mort. Ou en le laissant condamner à mort injustement, ou eo le laissant mourir faute d'assistance , ce qui est selon l'Ëcriture et les Pères une autre espèce d'homicide.
7. Patientes igitur estote , fratres , 7. Soyez donc patients , mes frères , juausque ad adveutum Domini. Ecce qu'à l'avénemenl du Seigneur. Voyez que
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agrÎGola eipectat pretiosum fructum le laboureur attend le précieux fruit de la terne , patienter ferens donec accipiat terre , ayant patience jusqu'à ce qu'il reteaiporaneum , et serotinum. çoive du ciel la pluie qui vient à temps ,
et celle qui vient sur l'arrière -saison.
Soyez donc patients . mes frères , jusqu*d l'avènement du Seigneur, Ceci t'adresse aui pauvres mênips : le Seigneur , mes frères , vous vengera de l'injustice et de la dureté que vous éprouvez de la part des riches, et il saura bien couronner votre patience. Et quand? Pour le plus tard au jour du jugement, que saint Jacques dit plus bas être proche ; ou parce qu'il parte du jugement particulier au temps de la mort j ou parce que le jugement général, quelque éloigné qu'il semble, approche toujours; et que quand il sera veuu, on Tpconnaltra que le temps qui se sera écoulé jusque-là , est fort peu de chose , eu égard à l'éternité dont il sera suivi. — Ayant patience Jusqu'à ce qu'il reçoive du ciel la pluie qui vient à temps, et celle qui vient sur V arrière-saison. Il y a seulement dans le teite latin de la Vulgafe , temporaneum et serotinum : mais il faut sous-entendre imhrem , suivant le teite grec , où nous lisons vtrbv TtpùtfAOv ncil BjfijxoTf imbrem tempestivum ou matutinum et serotinum , la pluie qui vient de bonne heure ou le matin , et celle qui vient plus tard ou sur le soir. Quand Dieu conduisit son peuple dans la terre promise , il ra\ertil que cette terre n'était pas semblable à l'Egypte, qui était arrosée par les eaux du Nil ; mais qu'en recompense il ne manquerait pas d'accorder la pluie qui vient de bonne heure , et celle qui vient sur l'arrière-saisoo , si son peuple lui demeurait fidèle. Dabit pluviam terrœ veslrœ temporaneam et serotinum. Il est fait mention de cette double pluie, Jerem. 5 , 24. Osée. 6 , 3. Par la pluie qui viettt à temps , de bonne heure , ou le matin , temporaneam , il faut entendre celle qui tombe après ^{u'on a semé , et qui fait germer le grain ; et par celle qui vient sur l'arriète-saison ou le soir, serotinam^ on doit entendre celle qui tombe vers le temps de la moisson , qui fait grossir l'épi , et le faire mûrir. La fertilité de la moisson dépendait de la pluie qui tombait dans ces deux saisons. C'est pour cela que les Juifs la souhaitaient si ardemment ; et c'est pour la même raison que le Messie est prorois sous cette figure , Joël. 2, 23 : Descendere faciet ad vos imhrem matutinum et serotinum»
8. Patientes igitur estote et vos , et 8. Soyez donc aussi patients vouscoiifirmate corda vestra : quoniàin ad- mêmes , et afifermissez vos cœurs ; parce ventus Domini appropinquavit. que l'avènement du Seigneur approche.
9. Nolite ingemiscere , fratres , in 9. Mes frères, ne faites point de plaintes alterutrum, ut non judicemini. Ecce les uns contre les autres, afin de n'être judex ante januam assistit. point jugés. Voilà que le juge est à la porte.
Mes frères , ne faites point de plaintes les uns contre les autres; fi^ çevi^ire , nolite ingemiscere. Saint Jacques veut que les fidèles s'arment de patience , non-seulement coutre la violence des méchants, mais encore contre les petites oflfenses journalières qu'ils pourraient avoir à souffrir les uns des autres. C'est comme s'il disait : S'il arrive que vous ayez quelque sujet de mécontentement de \os frères, de ffuelque endroit qu'il vienne , ne faites point éclater votre ressentiment par des gémissements, par des plaintes et par des murmures : de peur qu'en condamnant avec tant de rigueur votre frère , pour de légères fautes , vous n'engagiez le souverain juge qui o*est pas loin , à vous traiter aussi sans compassion.
10. Exemplum accipite, fratres, 10. Mes frères, dans les mauvais succès, cxitûs mali , laboris , et patientiœ , dans les travaux , dans les occasions de prophetas, qui locuti sunt in nomine souffrir, prenez pour exemples les probomini. phètes qui ont parlé au nom du Seigneur.
11. Ecce beatificamus eos qui sus- 11. Voyez que nous comptons pour heutinuerunt. Sufferentiam Job audistis, reux ceux qui ont souffert constamment, et finem Domini vidislis , quoniàm Vous avez entendu dire comment Job a misericors Dominus est, et miserator. souffert ses maux ; et vous avez vu la fin
que le Seigneur y a mise. Car le Seigneur est miséricordieux , et a pitié des misérables.
Vous voyez que nous comptons pour heureux ceux qui ont souffert constamment. Nous mettons au rang des bienheureux ceux qui ont souffert constamment les calamités qui ont éprouvé leur vertu. Nous devons donc nous estimer heureux de souffrir à leur exemple. 11 y a dans le grec ordinaiie v7ro/AiyovT9c$ * ceux qui souffrent : mais il est évident
que saint Jacques propose ici l'exemple de oeux qui ne sont plus. A.U6si dans le fameux manuiicrit d'Alexandrie ont Ht ùitofizivavroLç , ceux qui ont souffert : ce qui est conforme aussi au syriaque. -~ Vous avez entendu dire comment Job a souffert ses maux. Il ei>t parla évident que le livre de Job non-seulement est un livre canonique , mais encore qu'il contient une histoire véritable. Car si Job était un personnage de simple parabole , saint Jacques ne le proposerait pas aux fidèles pour un modèle réel de pa> tience. La réalité d'un homme appelé Job n'est pas moins clairement marquée, Tub. 2, 12, et Ezech. 14, 14. Illa1;;ré tout cela il s'est trouvé parmi les derniers hérétiques des auteurs assez téméraires pour faire de Job un simple personnage de fable ou de théâtre. — El vous avez vu la fin que le Seigneur y a mise. Vous avez vu de quelle manière Dieu couronna la patience de Job, en lui rendant au double tout ce qu'il avait perdu. (Vest ainsi que le syriaque et l'arabe ont entendu ces paroles du grec , xxi rb réXoi toû Kxtpiov ïiSere , et finem Dumini vidistis. Saint Augustin , 1. 1, de Symb. c. 3 , et après lui le vénérable Bède dans son commentaire , expliquent ces mêmes paroles de la mort de Jésus-Christ et de la résurrection glorieuse dont elle a été suivie. Comme si saint Jacques disait : Vous avez vu encore depuis Job , avec quelle constance Jé»us-ChrÎ6fc endura la mort et tons les tourments de sa passion , et de quelle manière son Père l'a récompensé en le lessuscitant glorieusement. Saint Augustin croit que aaint Jacques a voulu faire mention de Jésus-Christ ; afin que les fidèles dans leurs souffrances ne se proposassent pas des biens temporels semblables à ceux que Job avait reçus , mais l'imniortalité bienheureuse, qui avait couronné la constance de Jésus-Christ. On ne peut douter que l'autorité de saint \ugustin ne donne beaucoup de poids é cette explication : mais il faut avouer aussi qu'elle souffre de grandes difiicultés. Car !<> saint Jacques propose aux fidèles l'exemple des prophètes et des Saints, et non pas celui de Jésus-Christ. 2" Il attribue la fin que le Seigneur leur a donnée à sa grande miséri» corde : ce qui ne peut encore convenir que très-imparfaitement à Jésus-Christ. .Aussi presque tous les interprètes suivent la première explication que nous avons donnée , et qui est exprimée dans la traduction.
12. Ante omnia autem, fratres niei, 12. Mais surtout, mes frères , ne jurez
nolite jurare , neque per cœlum , ne- ni par le ciel , ni par la terre , et ne faites
que per terrara , neque aliud quod- nul autre serment quel qu'il soit ; mais
cumque juramenlum. Sit autera ser- dites simplement : Cela est , cela n'est
mo veslcr : Est , est : Non , non , ut pas : de peur que vous ne veniez à être
non sub judicio decidatis (1). condamnés.
Mais, surtout, mes frères , ne jurez ni par le ciel^ ni par la terre Saint Jacques ne prétend pas ici interdire toutes sortes de serments aux fidèles ; puisque nous voyons que les plus grands Saints de l'ancienne et de la nouvelle alliance en ont fait usage, Gen. 21 , 23. 26 , 28. 1. Reg. 17, l. 2. Cor. 1, 23. Gai. 1, 20. 1 . Thess. 3, 5., etc. Dieu lui-même le permet cet usage , Exod. 22, 8 , 1 1. Lev. 5 , 4. Xum. 5 , 19. Psal. 15 , 3. Prov. 18, 18. Hcb. 6, 16. Mais ce que saint Jacques réprouve, ce sont les serments qui se font par impatience , ou par légèreté , dans tes discours ordinaires , et surtout sans une vraie nécessité , Deuter. 5 , 1 1. Or cette nécessité est réelle , quand les magistrats l'ordonnent , ou que l'Eglise le commande pour s'assurer de la foi de ses légitimes enfants, et les distinguer des rebelles, qui demeurent cachés dans son sein , pour lui faire plus cruellement la guerre. Saint Jacques vei-.t donc simplement qu'on ne jure pas sans nécessité , non pas même par le ciel , ou par la terre , ou par quelque autre créature que ce soit. C'est que les Juifs étaient très-accoutumés à ces sortes de serments , soit qu'ils crussent ne pécher pas en cela contre le troisième précepte, soit qu'ils fussent convaincus , suivant la doctrine des scribes et des pharisiens , que ces sortes de serments par les créatures n'obligeaient à rien. — Mais dites simplement : Cela est , cela n'est pas. Il y a dans le grec ^no âè ùy-ûv rb va2, vul , xaè rb , oùy ou, si autem vestrum : Est , est, et non , non : au lieu que nous lisons dans la Vutgate , sit autem sermo vesier : Est, est , etc. C'est ce qui a fuit juger a Estius que ces mots sermo vester avaient été ici ajoutés par quel(}ue scholiaste. Mais n'est-il pas plus naturel de croire que l'erreur se trouve dans le grec , et (|ne saint Jacques aura donné ce précepte dans tes mêmes termes qu'il Pavait appris de son maîtie . Matt. 5 , 34 , surtout lorsqu'on voit ici la Vulgate s'accorder avec le syriaque et l'éthiopien , et avec plusieurs fidèles manuscrits , comme l'onzième d'Etienne. — De peur que vous ne veniez à être condamnes. Il y a encore ici
(l}»atth. 5. 34.