CHAPITRE II
Que ceux qui sont r^énérés , reDonjant à tout déguisemeut , s'approchent avec foi de Jésus- Christ , lequel est ia pierre vive; eui qui sont d'une race choisie, au lieu qu'ils étaient auparavant un peuple méprisé. Il les eihorte à s'abstenir de ce que désire la chair , se regardant comme des voyageurs; obéir aui supérieurs , et à imiter dans les afflictions la patience de Jésus-Christ.
1. Déponentes igitur omnem ma- 1. Vous défaisant donc de toute mclitiam , et omnera doium . et simula- chanceté et de tout arlitice , des déguisetiones , et invidias et omnes delrac- ments , des jalousies et de toute sorte de tiones (2) , médisances ,
Vous défaisant donc de toute méchanceté, etc. Cette particule illative donc , marque que ceci doit se rapporter à ce qui précède de cette sorte : puisque votre régénération spirituelle vous engage à vous aimer comme des frères , défaites-vous donc de tous les défauts qui sont contraires à cette charité fraternelle, tels que sont la malignité, l'artifice , le déguisement.
2. Sicut modo geoiti infantes, ra- 2. Comme des enfants qui viennent de tionabile , sine doio lac concupiscite , naître > ayez de l'ardeur pour le lait pur ut io eo crescatis in salutem : de la sagesse , afin que par ce lait vous
croissiez jusqu'à parvenir au salut :
Comme des enfants qui viennent de naître , flyez de l'ardeur pour le lait pur de la sagesse. Le lait se prend ici pour l'Evangile , non-seulement par lequel les fidèles sont régénérés, mais qui doit de plus les nourrir et iesfortifier dans la vie spirituelle. Le vénérable Bède entend par le lait les premiers éléments de la doctrine évangélique ; et c'est ainsi qu'il se prend dans saint Paul , 1. Cor, 3, 2. Hebr. Ô. 12. mais ici on le doit prendre pour la doctrine évangélique , préchée dans toute sa pureté : en quoi elle est opposée à la même doctrine , corrompue par le mélange des erreurs que répandaient
(1) Eccli. 14. 18. - Isa. 40. 6. - Jac. 1. 10. — (2) Rom. 6. 4. - Ephes. 4. 22. - 3. 8.-Ueb. 12. 1.
i$00 I» EPITRB DC S. PICRRB.
dès ce temps-lé les hérétiques , contre lesquels saint Pierre prémunit les fidèles. — • Afin que -par ce lait voui croissiez jusqu'à parvenir au galut» Ces mots au salut ne se lisent point dans le grec d'aujourd'hui : mais ils se trouvent dans un grand nombre des meilleurs et des plus anciens manuscrits , dans le syriaque et féthiopien , et dans les plus anciens auteurs ecclésiastiques , comme dans Clément d'Alexandrie , Origène , etc.
3. Si tamen gustàstis qiioniàm dul- 3. Si toutefois vous avez goûté la doucis est Domirius. ceur du Seigneur.
4. Ad quem accedentes lapidem 4. En vous approchant de lut qui est la vivuniy ab hominibus quidem repro- pierre vive ; rebutée à la vérité par les batum , à Deo aulem electum et ho- nommes, mais choisie de Dieu et mise en norificatum; la place honorable;
En vous approchant de lui qui est la pierre vive. En vous approchant de Jésus- Christ , qui est la pierre vive et angulaire , qui soutient tout l'édifice spirituel qui est son Eglise. Cette pierre a été rebutée à la vérité par les hommes , c'est-à-dire par les Juifs, qui , loin de reconnaître Jésus-Christ pour leur Messie, l'ont rejeté comme un imposteur. Mois cette pierre ainsi rejetée par les hommes , Dieu Ta choisie et l'a mise en la place honorable, en voulant qu'elle fut la pierre fondamentale de l'Eglise , hors de laquelle il n'y a point de salut.
5. Et ipsi tanquam lapides vivi su- 5. Vous aussi , comme des pierres vipersdificamini , domus spiritualis , ves , êtes posés sur lui : vous êtes un édisacerdotiuro sanctum, offerrespiritua- fice spirituel, une sainte assemblée de leshostias, acceptabiles Deo per Je- prêtres, pour offrir des victimes spirisum Chrislura. tuelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ.
Vous aussi comme des pierres vives , êtes posés sur lui : vous êtes un édifice spirituel, Jésus-Christ est la pierre fondamentale de son Eglise ; et tous les fidèles sont autant de pierres , qui entrent dans la couiposition de-cet édifice spirituel. £lies y entrent, dis-Je, non pas comme des pienes matérielles qui sont placées par l'architecte, sans qu'elles aient aucun mouvement, comme des pierres -vivantes, qui se placent elles— mpinea dans l'édifice ; non pas par elles-mêmes , et par leurs propres forces , mais par le secours de la grâce de Jési.'S'-Christ, qui prévient toujours la volonté, et que la volonté peut aussi toujours ou &iui\re, ou rejeter.
6. Propter quod^continet scriptura : 6. C'est pourquoi il y a dans l'Ecriture : ecce pono in Sion lapidem summum voilà que je mets en Sion la première anguiarem , electum , preiiosum ; et pierre , une pierre choisie , d'un grand qui crediderit in eum , non coufunde- prix : et qui croira en lui ne sera point tur (1). confondu.
Fot7d que je mets en Sion la première pierre , ele. Ce passage est tiré d'Isate , 28, 16. Je mets dans Sion , ou dans l'Eglise dont Sion était la figure, la première pierre, la pierre fondamentale qui est Jésus-Christ. Ceux qui croiront en lui, seront honorés et glorifiés, surtout dans le Ciel.
7. Vobis igitur honor credentibus : 7. L'honneur est donc pour vous qui non credentibus autem lapis, quem re- croyez : mais pour les incrédules, la pierre probaverunt sdilicantes, hic factus qu'ont rebutée ceux qui bâtissaient , esl est in caput anguli (2) ; devenue la pointe de l'angle ;
Mais pour les incrédules , etc. Pour ceux qui refusent de croire en Jésus-Christ, i!a veulent rejeter cette pierre et la rendre inutile : mais elle sera placée malgré eux, et deviendra la pierre angulaire et fondamentale qui soutient toute l'Eglise.
8. Et lapis offensionis, et prtra 8. Une pierre d'achoppement* une scandali his, qui offcndunt verbo, nec pierre de scandale, pour ceux qui vont credunt in quo et positi sunt. heurter contre la parole , et qui refusent
de croire : aussi sont-ils pour cela.
Une pierre d'achoppement. Non-seulement elle sera placée malgré eux , mais par leur incrédulité libre et volontaire , elle deviendra pour eux une pierre d'achoppement
( I ) Isa. 28. 16. - Rom. 9. 33. — (2) Ps. 1 17. 22. - Isa. 8. 14. - Matth. 21 . 42. - Act. 4. 11.
GRAriTBE II. 301
p( de scandale. En rpfiisant de croire, ils iront heurter contre cette pierre, qui deviendra par ]é l'occasion de leur ruine; au lieu qu'elle devait être dans les desseins de la divine miséricorde la cause de leur salut. — Aussi sont-ils pour cela. Les interprètes sont fort partagés sur ce passage. Quelques-uns l'expliquent ainsi après Erasme. En refusant de croire, ils ont heurté contre la pierre angulaire sur laquelle ils avaient été posés. Mais il y a dans le grec itç 2, in quod, qui ne peut se rapporter ni à Aôyo« , vcrbum , ni à ÙBo^ , lapis. D'autres croient que ceci se rapporte au verset 6 où il est dit que Jésus-Christ a été mis pour être la pierre angulaire, et que les incrédules ont aussi été destinés pour être placés sur cette pierre , contre laquelle ils viennent heurter et s>e briser. Mais quelque interprétation qu'on donne à ce passage, il faut éviter le blaspbèine de Ci^lvin et de Bèze, qui veulent que Dieu par un décret immuable ait destiné à rinrrédulilé ceni qui ne croient pas. Dieu, dit sur cela le Père Calmet, ne veut point la mort du pécheur, il désire le salut de tous les hommes, et quoiqu'il ne doive rien aux pécheurs, dès là qu'il ne veut pas leur mort et qu'il désire sincèrement leur salut, il doit conséquemment leur donner à tous des moyens suffisants pour se sauver, bien loin de les pousser à l'incrédulité.
9. Vos autem genus electum , re- 9. Mais vous , vous êtes une race choigale saGerdotium , geus sancta y po- sie, une assemblée qui joint la royauté pulus acquisitionis : ut virtutes an- au sacerdoce , une nation sainte, un peununtietis ejus, qui de tenebris vos pie gagné par conquête, afin que vous vocavit io admirabile lumen suum ; fassiez connaître les perfections de celui
qui des ténèbres vous a appelés à sou admirable lumière;
Mais vous , vous êtes une race choisie, une assemblée qui joint la royauté au sacerdoce. Slais pour vous, qui avez reçu TEvangile, et qui êtes chrétiens, vous êtes à bien plus juste titre une race choisie, que les Israélites , qui sont ainsi appelés , Isai. 43 ., 20. Vous êtes encore prêtres et rois tout ensemble, comme il est dit des mêmes Israélites, Exod. 16, 6. suivant la version des LXX. Mais les chrétiens sont prêtres de In même manière qu'ils sont rois, c'est-à-dire dans un sens purement métaphorique. Us sont prêtres , parce qu'en qualité de chrétiens, ils sont spécialement consacrés au culte de Dieu, pour lui offrir les victimes spirituelles de leurs bonnes œuvres , v. 5. Et ils sont rois, parce qu'ils sont les enfants et les héritiers de Dieu , les cohéritiers de Jésus-Christ et qu'ils doivent à jamais régner avec lui dans la gloire , s'ils sont fidèles é la grâce qu'ils ont reçue : ou bien, ils sont prêtres et rois , parce qu'ils sont les membres de Jésus-Christ qui est par lui-même l'un et l'autre. Ils sont encore un peuple conquis , un peuple que Jésus-Christ a enlevé aux puissances de l'enfer au prix de son sang , et qu'il chérit comme son propre héritage. — Qui des ténèbres vous appelés à son admirable lumière. Qui des ténèbres de l'infidélité où vous étiez ensevelis, vous a appelés à la lumière ineffable de son Evangile.
10. Qui aliquandô non populus , 10. Vous qui autrefois n'étiez pas U nunc autem populus Dei; qui non peuple de Dieu, et qui l'êtes maintenant; consecuti misericordiam , nunc autem vous qui n'aviez point obtenu miséricorde, misericordiam consecuti (1). et qui maintenant avez obtenu miséricorde.
Vous qui autrefois n'étiez pas le peuple de Dieu , et qui Vêles maintenant. Ce passage €vt tiré du prophète Osée , 2 , 24. et saint Paul le cite pareillement , Rom. 4 , 25. eu l'expliquant de la vocation des gentils d la foi : ce qui a fait juger à plusieurs interprètes que cette Epitre était adressée uniquement à ceux des gentils qui avaient embrassé l'Evangile. Mais cela prouve seulement, comme déjà nous l'avons dit, qu'il y eu avait plusieurs parmi les chrétiens convertis du judaïsme , qui composaient aveu eux la même Eglise. Car dans cette supposition qui est certaine^ saint Pierre peut adresser la parole tantôt aux uns, et tantôt aux autres. Nous remarquerons dans la suite plusieurs choses, qui ne peuvent convenir qu'aux seuls Juifs convertis.
11. Charissimi , obsecro vos tan- 11. Mes bien-aimés, je vous conjure quam advenas et peregrinos» absti- comme étrangers et voyageurs, de vous nere vos à carnalibus desideriis, que abstenir des désirs de la chair, qui font militant adversiis animam (2) , la guerre à l'esprit,
(I) Oseac , 2. 24. - Rom. 9. 25. — (2) Rom. 13. 14. - Gai. 5. 16.
ë02 I. ËPtTRE DE S. riIRtlC.
«/« vont conjure comme élrangert et voyageurt. Les fidè'es à qui saint Pierre écrit, étaient véritebienient éiTAu^^ers, se trouvunl bannis de leur patrie et contraints de demeurer dans une (erre étrangère. Mais le saint apôtre veut qu'ils se re{;ardent comme des étrangers dans ce monde , qui ne doivent rien avoir de commun pour les désirs avec les enfants du siècle; comme des voyageurs, qui ne s'attachent pas aui chaseï qu'ils rencontrent sur leur passage. — » De vou» ahslenir des désirs, de la cAatr..Cela ne doit pas seulement s'entendre des plaisirs sensuels, mais généralement de toutes les passions qui sont contraires a la raison , qui font la guerre d l'esprit , qui empêchent l'Ame de s'élever é Dieu par de saints désirs , et d'arriver à la vie éternelle qui est sa \éritable patrie.
12. Conversationera \estram inler 12. Gardant parmi les gentils une con> gentes habentes bonam : ut in eo, duite régulière ; afin qu en même temps quôd detrectant de vobis tanquam de qu'ils délractent de vous comme des malnialefactoribus , ex bonis operibus vos faiteurs , venant h vous considérer du côlé considérantes, gloriGcent Deum in die de vos bonnes actions, ils glorifient Dieu visitationis. au jour de sa visite.
Gardant parmi les gentils une conduite régulière. Quelques-uns concluent de là que cette Epître n'aété écrite qu'aux seuls Juifs qui avaient embrassé le christianisme. Mais res paroles peuvent également convenir aux Juifs et aux gentils convertis à la foi: car par les gentils saint Pierre entend ici ceux qui étaient demeurés incrédules dans les ténèbres de la gentilité. — Ils glorifient Dieu au jour de sa visite. Il y a seulement dans le latin . conformément au grec, in die visitationis , sans déterminer s'il s'agit de la visite de Uieu, ou de celle des hommes. Ceux qui l'entendent dans ce dernier sens , l'expliqueiit ainsi : gardez une conduite régulière ; afin que lorsque les princes, les gouverneurs et lea magistrats feront drs enquêtes contre les chrétiens , ils soient forcés de reconnaître l'innocence de votre vie, et qu'ils soient portés à louer et embrasser une religion qui est le principe d'une vie si sainte. En l'entendant de la visite du Seigneur, cela peut encore avoir deux sens. Car Dieu viiiite, ou pour exercer sa colère , ou pour faire sentir les effets de sa miséricorde. Au jour de sa cisite peut donc signifier-; lorsque Dieu suscitera dans sa colère des armées formidables , pour tirer vengeance de la révolte des Juifs; les Romains^ s'ils vous trouvent pacifiques, seront excités à juger favorablement de votre religion et à l'embrasser : ou bien , afin qu'ils glorifient Dieu au jour de sa visite ^ c'est-é-dire afin que vos persécuteurs et ceux qui délractent de vous , témoins de vos vertus , en soient frappés ; et qu'au jour que Dieu les visitera par sa miséricorde et leur ouvrira les yeux , ils condamnent eux-mêmes leur premier jugement , et glorifient Dieu qui se sera servi de vos exemples pour les convertir. Cette dernière explication parait plus naturelle et préférable aux auties.
13. Subjecti igitur estote omni hu- 13. Soumettez-vous donc en vuedeDiea manœ creaturae propter Deum : siye à toutes sortes de personnes : soit au roi, régi , quasi praecellenli (1) ; comme à celui qui est au-dessus de tout;
Soumettez-vous donc en vue de Dieu à toutes sortes de personnes. C'est-à-dire à tons ceux qui sont en place , et qui ont autorité pour commander, comme il parait par la suite. C'est le même précepte que donne saint Paul, lorsqu'il dit, Rom, 23. 1 : Que toute personne soit soumise aux puissances d'un ordre supérieur.
14. Sive docibus, tamquam ab eo 14. Soit aux commandants , comme à mîssis ad vindictam maiefactorum , des gens envoyés du prince, pour faire laudem verô bonorum. justice des méchants et pour honorer les
gens de bien.
15. Quia sic est voluntas Dei, ut be- 15. Car c'est là la .volonté de Dieu, qu'en né facientes obmutescere faclatis im- faisant bien* vous fassiez taire l'ignorance prudentium hominum ignorantiam : des gens dépourvus de jugement;
16. Quasi liberi , et non quasi vêla- 16. Agissant en personnes libres, et men habentes malitiae liberlatem , sed n'usant pas de votre liberté comme d'un sicut servi Dei. prétexte pour faire du mal. mais vous en
servant ainsi que des serviteurs de Dieu.
Agissant en personnes libres , et n'usant pas de votre liberté comme d'un prétexte
(I/Rom. 15. 10.