CHAPITRE I. Sâl
13. Jostum autcm arbitrer quam- 13. Je croîs d^ailleurs qu'il est juste , diusum in hoctabernaculo, suscitare tandis que je suis dans la tente de ce \os in commonitione : corps , que je vous réveille par mes avertissements :
14. Gertus quôd velox est depositio 14. Etant assuré que la tente de mon tabernaculi mei , secundum quôd et corps sera bientôt mise' à bas , selon que Dominus noster Jésus Christus signi- Jésus- Christ Notre-Seigneur me Tarait ficavit mihi (1). connaître.
Etant bien assuré que la tente de mon corps sera bientôt mise à bas. C'est-à-dire que je sortirai bientôt de ce monde, que je mourrai dans peu. S. Pierre ne pouTait pas en avoir une plus grande assurance ; puisqu'elle était fondée sur la révélation spéciale que Jésus-Cbrist lui-même lui en avait faite. On conclut de là que cette Epitre a été écrite la dernière année de la vie de l'apôtre, la 13° année de Néron, et la 37" depuis la mort de Jésus-Christ.
15. Babo autem operam et frequen- 15. Cependant je ferai en sorte que , ter habere vos post obitum meum , ut même après ma mort , vous ayez ce qu'il horum memoriam faciatis. faut pour vous ressouvenir de ces choses.
Cependant je ferai en sorte que , même après ma mort , vous ayex ce qu'il faut pour vous ressouvenir de ces choses. Ou en vous les rebattant si souvent pendant le temps qui me reste à vivre , que vous ne puissiez les oublier après ma mort; ou en vous donnant par écrit ces préceptes; ou en vous laissant des successeurs propres à vous en rappeler le souvenir.
16. Non enim doctas fabulas se*- 16. Car ce n'est point en nous conduicuti , notam feciraus vobis Domini sant par des fables étudiées , que nous nostri Jesu Christi virtutem et prœ- vous avons fait connaître le pouvoir et la sentiara : sed speculatores facti illius venue de Jésus-Christ Notre-Seigneur ; magnitudinis (2). mais pour en avoir vu nous-mêmes la
majesté.
Car ce n^est point en nous conduisant par des fables étudiées. Ce qui fait que je me crois si obligé de vous inculquer les vérités que je vous prêche, c'est que ce ne sont pas des fables semblables à celles que débitent les païens ou les faux docteurs» qui annoncent une doctrine qu'ils ont eux-mêmes inventée : mais ce sont des vérités également solides et salutaires, que nous avons puisées dans leur source, ayant été les témoins oculaires des mystères que nous sommes chargés de vous annoncer. C'est ainsi que les apôtres pour donner plus de poids à ce qu'ils disent, se donnent souvent pour les témoins oculaires de ce qu'ils racontent. Joan. 19, 35, 1, Joan. 1. 1, Âct. 10, 41.
17. Accipiens enim à Deo Pâtre ho- 17. Car il est honoré et glorifié de Dieu norem et gloriam , voce delapsa ad son Père par cette voix , qui du milieu eum hujuscemodi à magnificâ glorià : d'une gloire digne de sa grandeur , vint hic est filius meus diiectus , in que d'en haut pour lui : C'est là mon fils bienmihi complacui , ipsum audite (3). aimé en qui je trouve mes délices , éfou-
tez-le.
18. Et banc vocem nos audivimus 18. Et nous-mêmes nous avons entendu de cœlo allatam , cùm essemus ]cum cette voix venue du Ciel, étant avec lui sur ipso in monte sancto. ' la montagne sainte.
Et nous-mêmes nous avons entendu cette voix. Lorsque Jésus-Christ se transfigura en présence détruis de ses disciples sur la montagne deThabor. Ces trois disciples qui furent témoins de la transfiguration de Sauveur, furent Pierre, Jacques et Jean : d'où il s'ensuit que c'est nécessairement un des trois qui est l'auteur de cette épitre. Or personne ne l'a jamais attribuée ni à S. Jacques , ni à S. Jean. C'est donc une nécessité de reconnaître qu'elle est de saint Pierre.
19. Et habemus firmiorem pro- 19. D'ailleurs, nous avons la parole pheticum sermonem : cui benefacitis des prophètes, qui est encore plus établie : attendentes , quasi lucernœ lucenti in et vous faites bien d'y attacher vos re-
(I) Joan. 21. 19. — (2) l. Cor. 1. 17. — (3) Matth. 17. 5.
ë2^ II. EPITRE DE S. FIEBBE.
caliginoso loco donec dies elucescat , gards, comme sur un flambeau qui luit et lucifer oriatur in cordibus \eslris : dans un lieu obscur ; jusqu'à ce que le
jour Tienne à paraître , et que l'étoile qui amène le jour s'élève dans vos cœurs.
D'ailleurs, nous avons la parole des prophètes qui est encore plus établie. Saint Pierre ne veut pas dire que la parole des prophètes soit absolument plus établie et plus certaine que le témoignage des apôtres ; mais relativement à ceux auxquels il parle. C'est comme s'il disait : Quand vous pourriez vous défier du témoifjnage que nous rendoii!! à Jésus-dhrist et a ses mystères, vous avez les écrits des prophètes que vou!< a\ezrévprfs de tous les temps comme les oracles infaillibles du S. Esprit, et qui par cette raisoa doivent faire plus d'impression sur vous. — £l vous faites bien d'y attacher vos reyardi, comme sur un flambeau qui luit dans un lieu obscur. Vous faites bien de tous attacher à la lecture des prophètes. Leur doctrine sera comme un flambeau qui éclairera vos doutes , et qui dissipera les ténèbre.s où vous êtes par rapport il Jésus-Cbrist. Les hérétiques . dit ici Estius , se servent de cet endroit , pour prouver qu'on doit cxhorler les fidèles à la lecture et à l'étude de l'Ecriture sainte. C'est ce que nous ne nions pas dans la religion catholique , pourvu que cela s'entende des fidèles auxquels les pasteuiset les évéïiues jugent que cette lecture est avantageuse. Car du rekte l'expérience ne nous permet pas de douter qu'il n'y en ait un très-grand nombre , à qui il ne convient pas pour différentes raisons. Utuntur hoc loro sectarii, ul prohent exkortandos esse fidèles ad lectionem et studium Scriplurœ sacrœ. Quod nos orthodoxi non negamus de iis pdelibus quibus id expedire quàd Scripturas legant, sui jiastores et prœlalijudicaverint. Alioqui constat experientia eertissima teste , permuUos esse quibus id non expédiât variai ob causas. ~ Jusqu'à ce que le jour vienne d paraître. C'est-à-dire jusqu'à ce que vous ayez une connaissance parfaite de Jésus-Christ, et de tous les mystères de sa religion.
20. Hoc primum intelligentes, 20. Pourvu que vous compreniez avaDl quôd omnis prophetia Scripturte pro- toutes choses y que nulle prophétie de pria interpretatione non fit (1). l'Ecriture ne dépend de l'interprétation
d'un particulier.
Pourvu que vous compreniez avant toutes choses. C'est comme si saint Pierre disait : Je veux bien que vous vous attachiez à la leeture de» prophètes , pour augmenter et perfectionner votre foi par la convenance admirable que vous trouverez entre ce qu'ils ont prédit et ce que nous vous annonçons. Hais afin que cette lecture ne vous soit pas pernicieuse au lieu de vous être utile , il faut avant toute chose que vous cotnprenies que dans l'interprétation de ces livres divins, vous ne devez pas suivre votre propre esprit, ou vos lumières particulièies. Cftr en suivant un si mauvais guide, vous it« pourriez manquer de donner dans le précipice de l'infidélité.
21. Non enira voluntate humanâ 21. Car jamais prophétie n'est venue allata est aliquandè prophetia : sed de la volonté humaine : mais c'est par Spiritu Sanclo inspirati, locuti suut l'inspiration du Saint-Esprit que les saneti Dei homines. saints hommes de Dieu ont parlé.
Car jamais prophétie n* est ventte de la volonté humaine. Voilà pourquoi il n'est pas permis de suivre son esprit particulier dans l'interprétation des divines Ecritures. C'e&t que ce n'est pas l'esprit particulier d'un chacun , mais l'Esprit saint qui est l'auteur de ces livres divins ; et il n'appartient qu'au même esprit d'en donner TioteHigence certaine et infaillible. Saint Pierre condamne ici manifestemeiU tous les anciens et les nouveaux hérétiques, qui abandonnent à chaque particulier l'interprétation desdi\incs Ecritures, et qui ne craignent pas d'assurer les artisans et les femmelettes qu'ils peuvent par eux-mêmes infailliblement en découvrir le sens. Il est vrai que Luther et Calvin se vantent du n'expliquer l'Ecriture sainte que par Tassistance de l'Esprit divin, et qu'ils promettent à tous leurs disciples le même privilège : mais par où prouveront-ils que cette assistance particulière de l'Esprit saint ne leur manque pas ? Nous savons que Jésus-Christ Vu promise à son Eglise : mais nous ne voyons nulle part qu'elle soit promise à aucun particulier, et beaucoup- moins à Luther et Calvin , qui se flalteut tant tous deux de cette assistance, donnent à l'Ecriture suinte des sens si uppe6és, et se traitei't réciproquement de séducteurs et d'hérétiques.
(1) 2. Tim. 3. 16.