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CHAPITRE III

De Tamour qae Bien a pour noos : de la différence des enfants de Bien et des enfants du démon : de l'amitié et de la haine ponr nos frères. Qniconqne demande à Dieu qnelqne chose avec pnreté de cœur, et aTec foi en Jésus-Christ , il Tobtienl.

1. YiDBTB qualem charitatem dédit 1. Voyez quel amour le Père nous nobis Pater, ut (ilii Dei norniDemur a marqué, que nous portions le nom et simus. Propter hoc mundus non d'enfants de Dieu , et que nous le soyons. noYÎt nos, quia non no vit euro. La raison pourquoi le monde ne nous

connaît pas, c'est qu'il ne le connaît pas lui-même.

Voyez quel amour le Père nous a marqué, que nous portions le nom d'enfants de Dieu, et que nous le soyons. Saint Jean ayant dit a la fin du chapitre précédent, que ceux qui s'acquittaient des devoirs de la justice , tiraient leur naissance de Dieu, en prend occasion d'expliquer aux fidèles la grâce que Dieu leur a faite en leur procurant cette naisfiance , en vertu de laquelle non-seulement ils portent le glorieux nom d'enfants de Dieu, mais encore ils le sont réellement. Or nous ne sommes les enfants de Dieu, qu'en tant que nous sommes justes. Il s'ensuit donc de là que ce n'est pas seulement par pure imputation que nous sommes justes, mais que nous le sommes en effet. Cea roots. et que nous le soyons , ne se lisent point dans le grec que nous hvoos présentement : mais on les trouve dans deux des plus anciens manuscrits du roi , dans deux autres d'Etienne, dans celui d'Alexandrie, dans le syriaque et l'éthiopien. Et Bèzequi n'avait pas vu ces manuscrits, et qui n'a pas jugé à propos de les suivre dans sa version, est pourtant forcé d'approuver la Tulgate — Îm raison pourquoi le monde ne nous connaît pas, c*est qu'il ne le connaît pas lui-même. Le monde impie ignore et méprise cette qualité d'enfants de Dieu dont nous jouissons ; et cela ne doit pas nous paraître surprenant, puisqu'il ignore Dieu lui-même. Mais quoi que le monde pense de nous, cela n'empêcbe pas que nous ne soyons dès à présent enfants de Dieu^ comme saint Jean le dit au verset suivant.

2. Charissimi, nune filii Dei sumus: 2. Mes bien-aimés , nous sommes dés et nondùro apparuit quid erimus. à présent enfants de Dieu ; et ce que nous Scimus quoniàm cùm apparuerit , serons ne se voit point encore. Nous similes ei erimus ; quoniàm Tidebi- savons que quand il se montrera à démus eum sicuti est. couvert, nous serons semblables à lui,

parce que nous le \errons tel qu'il est.

Et ce que nous serons ne se voit point encore, Nous sommes déjà véritableisent enfants de Dieu, et en cette qualité nous sommes ses héritiers présomptifs : mais cet heureux état où nous aspirons, ne se voit point encore, et ne sera bien certain , que lorsque Jésus-Christ aura rendu à chacun 6<>loi) .«es œuvres. — Nous savons que quand il se montrera à découvert, nous serons semllalîes d lui, I^lous savons que quand il paraîtra dans toute sa majesté à la fin des siècles, nous serons semblables a lui, et selon l'ènie qui jouira de la vision béatifique , et selon le corps qui sera revêtu du mén:e éclat et de la même immortalité que le sien , comme saint Paul le déclare, I. Cur. 15, 53. Philipp. 3, 20. — Parce que nous le verrons tel qu'il est, Noua verrons non-Feulement l'humanité sainte de Jésus-Christ dans tout l'éclat de sa majesté : mais élevés par la lumière de gloire, nous verrons Dieu lui-même; non plus en énigme, et comme dans un miroir, mais nous le verrons tel qu'il esteo lui-même et face à face :

CBAPITRB Itl. 545

1. Cor. 13 , 12. Et c'est en le voyant de la sorte, que noae serons semblables à lui ; parce que cette vue intuitive sera le principe de toute la gloire dont nous serons revêtus , et dans laquelle nous aurons le bonheur de lui ressembler.

L Et oronis qui babet banc spem 3. Et quiconque a cette espérance 60 , sanctiGcat se , sicut et iile fondée en lui , se rend saint comme il est

in 60

sanctus est. saint lui-même.

Quiconque a cette etpérance fondée en lui, se rend saint comme il est saint lui-même. Celui qui est animé de cette espérance, fait tout son possible pour lui ressembler dès cette vie, en imitant autant que la fragilité humaine le peut permettre, la sainteté infinie de Dieu. Voyei saint Matt, 5, 48. Saint \u;;ustin remarque ici que saint Jean en enseignant que l'homme se rend saint, établît le libre arbitre. Car quoiq<i'il n'appartienne qu'à la grâce de Dieu de nous sanctifier; cependant parce que nous y coopérons par notre volonté, on nous attribue aussi quelque chose : et c'est pour la même raison que nous prions Dieu de venir à notre secours. Tamen quia agis ibi aliquid fooluntate; ided et lihi aliquid tribuium est. Idcà autem tibi tributum est^ ut dicas sicut tn Psalmo 2R, 19, Adjutor meus est. C'est ce qui fait dire au même Père, l. 2. de Actis cum felice Manich. c. 4, que quoiqu'il n'y ait que Dieu qui puisse faire un hou arbre , chacun cependant e&i maître de choisir le bien , et d'être un bon arbre, ou de choisir le mal, et d'être un arbre noauTais. Sed habet unusquisque in volunfate; aut eligere quœ bona suni . et esse arhor bona; aut eligere quœ mala sunt, et esse arbor mala. Voyez l'auteur des livres de la vocation des gentils, I. 2, c. 9.

4. Omnis qui facit peccatum, et 4. Quiconque commet un péché, fait îniqoitatem facit : et peccatum est contre la loi : aussi le péché est-il une iniquitas. transgression de la loi.

Quiconque commet un péché, fait contre la loi. On ne peut aspirer d la sainteté f dont saint Jean vient de parler au verset précédent, sans éviter avec soin toutes sortes de péchés. C'est donc pour y exhorter les fidèles, que Tapôtre leur représente, que quoique tous les péchés ne soient pas punis par les lois civiles, il n'y en a cependant aucun qui ne soit contraire à la loi de Dieu ; puisque tout péché est essentiellement ane transgression de cette divine loi. Saint Jean dans ce verset et dans les suivants , parle surtout du péché mortel , qui est une transgression complète de la loi de Dieu.

5. Et scitis quia ille apparuit ut 5. Or vous savez qu'il s'est manifesté peccata nosira toUeret : et peccatum pour efifacer nos péchés; lui en qui il n'y m 60 non est (1). a point de péché.

Or vous savez qu\l s'est manifesté pour effacer nos péchés. Yoild le second motif que saint Jean apporte , pour exciter les fidèles à éviter soigneusement le péché ; c'est que Jésus-Christ n'est venu au monde que pour le détruire. Rien n'est plus propre à nous le faire détester.

6. Oninis qui in eo manet, non 6. Quiconque demeure en lui > ne pèche peccat ; et omnis qui peccat, non vidit point; et quiconque pêche, ne l'a point eum , nec cognovit eum. vu et ne l'a point connu.

^ Quiconque demeure en lui, ne pèche point. Ne pécher pas dans le style de S. Jean, c'est la marque des enfants de Dieu , comme pécher c'est la marque des enfants du démon. 11 ne s'agit donc ici que du péché mortel, que les justes qui demeurent en Jésus- Christ, ne commettent point : ou s'ils le commettent, dès là même ils cessent d'être justes, et ne demeurent plus en Jésus-Christ. Car pour ce qui est des péchés véniels , saint Jean nous a enseigné au chapitre premier, que nous ne pouvons sans mensonge nous en dire exempts. — Et quiconque pêche ne l*a point vu et ne Va point connu. Il s'agit ici , comme déjà nous l'avons dit, d'une connaissance affective et mêlée d'amour. Quiconque commet un péché mortel , fait assex voir par là qu'il ne connaît pas la grandeur des obligations qu'il a à Jésus-Christ, ni l'estime qu'il doit faire de sa bienveillance et de son amitié. Le passé est ici pour le présent, suivant la phrase des Hébreux.

(l)Is.53. 9.-l.r«t. 2. 22.

s 46 1. EPITRB DE S. JEAN.

7. Filioli , nemo vosseducat. Qui 7. Mes chers enfants , queSpersoDDe^ne facit justitiara, justos est, sicut et yous séduise. Celui qui s'acquitte des illejustus est. devoirs de la justice est juste, comme il

est juste lui-même. -^rlS^

8. Qui facit peccatum , ex diabolo 8. Celui qui commet un pèche, est est : quoniem ab initio diabolus enfant du démon : car le démon a )péché peccat. In hoc apparuit FiltusDei , ut dés le commencement. C'est pour ruiner dissolval opéra diaboli (1). les œuvres du démon , que le Fils de Dieu

s'est manifesté.

Celui qui commet un péché , est enfant du démon, Jésus-Cbrisl disait de même aux Juifs incrédules, qu'ils avaient le démon pour pèie : Vos ex pâtre diabolo estis. C'est le démon qui est l'auteur du péché, parce qu'il a péché le premier, et a le premier porté l'homme à pécher. Celui donc qui commet le péché mortel , est enfant du démon : parce qu'il le suit, l'imite , et lui ressemble, comme un fils tache de sui-vre et d'imiter son père , et de lui ressembler.

9. Omnis qui nalus est ex Deo» 9. Quiconque tire sa naissance de peccatum non facit : quoniàm semen Dieu , ne commet point de péché : parce ipsius in eo manet; et non potest qu'il a en soi une semence divine; et il peccare » quoniàm ex Deo natus est. ne peut point pécher, parce qu'il tire sa

naissance de Dieu.

Quiconque tire sa naissance de Dieu , ne commet point de péché, ?fon-senlcraent iî ne commet pas de péché; mais de plus il ne peut point pécher^ comme saint Jean ajoute aussitôt. La raison qu'il eo apporte, c'est quila en soi une semence divine , c'est-àdire la grâce de la régénération ou la grâce sanctifiante, qui loin de le porler à pécher, est incompatible avec le péché, et est en même temps un principe très-fécoad de toutes sortes de bonnes œuvres. Il ne peut donc pécVier en tant que juste et enfant de Bieu , comme Adam ne pouvait pas mourir dans l'état d'innocence : mais cela n'empêche pas qu'il ne puisse cesser d'être juste et pécher, comme Adam pouvait perdre l'état d'innocence, et le perdit en effet. C'est ainsi que SHÎnt Augustin explique ce passage, l, de Grat. Chris, c, 2. Calvin prétend que saint Jean prononee ici ctairemeiit que l'esprit de Dieu, par l'efficacité de sa grâce, gouverne tellement le cœur des gens de bien ^ qu'il ne leur laisse pas le pouvoir de se tourner au mal : qu'il h*y a par conséquent plus de mérites, et que la justice est inadmisfsible; parce que la même grâce qui nous fait justes , nous soutient constamment , et nous donne inyinciblemenf la persévérance , n'étant pas de telle nature qu'elle nous laisse notre choix, on qu'il soit en notre pouvoir de la suivre ou de la isejeter comme les sophistes de Sorbonne , ainsi appelle-t-il ces docteurs, se l'imaginaient. Quare non imaginemur cum sophisiis médium aliquem molum , quem homini liberum sit vel sequi vel respuere Sedsciamus corda nostra régi à Dei Spiritu , ut Justitiœ constanter adhœreant. Sur ce pied-!à , saint Etienne avait grand tort de reprocher aux Juifs, qu'ils résistaient toujours au Saint-Esprit. C'était bien inutilement que saint Paul eihortait les fidèles de ne pas éteindre le Saint-Esprit , et de ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain. Le même apôtre n'était guère au fait, lorsqu'il appelait la récompense qu'il attendait, une couronne de justice, L'Ecrituie et les Pères n'ont pas eu raison d'exa{;érer l'adultère et l'homicide de David: ils devaient plutôt dire avec le nouvel apôtre, que dans ce temps-là même, celte grâce invincible qui l'avait régénéré, l'avait constaniroesit accompagné, et lui avait donné la persévérance, sans lui laisser le pouvoir de se porter au nval: Spiritum suam gratiam in nohis ad exfremum usque pei'sequi , ut ad vitœ noviiatem inflexihilis persererantia accédât. Mais comment accorder cela avec cette autre maxime do même hérésiarque, que toutes nos meilleures actions sont autant de péchés mortels? C'est que l'erreur aussi bien que l'iniquité , se dément elle-mêiue : JHentita est iniquilas sibi,

10. In hoc manifesti sunt filii Dei 10. C'est à cela que l'on reconnattjles et fîlii diaboli. Omnis qui non est jus- enfants de Dieu et les enfants du démon, tus , non est ex Dco > et qui non diligit Quiconque n'est point juste , n'est point fiatrem suum. enfant de Dieu , non plus que celui qui

n'aime point son frère.

(I) Joan. 8. 44.

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