‹ Le Nouveau Testament de N.S. Jésus-ChristChapitre 312 sur 364 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Cesl à cela que Von reconnaît les enfants de Dieu et les enfanls du démon. Ce qui distingue les enfants de Dieu des enfants du démon , c'est que ceux-ci pèchent, et que ceux-là ne pèchent point : ce qui doit toujours s'entendre du péché mortel. Ils ne pèchent point, dis-je , en tant qu'ils sont justes et enfants de Dieu, comme l'homme sage en tant que sage et par le principe de sa sagesse ne fait point de folie. Ce que saint Jean dit du péché en général, il l'applique en particulier aux péchés contre la charité. Celui qui n'aime point son frère, n'est point enfant de Dieu, mais du démon, puisque la charité est comme Târae du christianisme, et la marcpie à laquelle Jésus- Christ veut qu'on reconnaisse ses véritables disciples.

11. Quoniàm ha*c est annuntiatio, 11. Car \oici la doctrine que vous avez quara audistis ab initio, ut diligatis apprise dès le commencement : c'est que aUcrutrum (1). vous ayez de l'amour les uns pour le»

autres.

12. Non sîcut Caïn , qui ex mali- 12. Tout au contraire de Caïn qui était gDO erat , et occidit fratrem suum. Et enfant du malin esprit, et qui tua son propter quid occidit eum ? Quoniàm frère. Et pourquoi le tua-t-ll? C'est parce opéra ejus maligna erant, fratris au- que ses œuvres étaient pleines de malitem ejus justa (2). gnité , et que celles de son frère étaient

justes.

C'est parce que ses œuvres étaient pleines de malignité , et que celles de son frère étaient justes. Il est marqué au quairième chapitre de la Genèse, que Dieu regarda favorablement les sacrifices d'Abel, et qu'il ne daigna pas jeter les yeux sur ceux de Catn. Ce fut cette préférence que Dieu donna à la justice et à la sainteté d'Abel , qui excita la jalousie et la haine dans le cœur de son frère, et qui le porta à commettre un détestable fratricide. ,

13. Nolite roirari) fratres, si odit 13. Ne soyez pas surpris, mes frères, vos mundus. que le monde vous haïsse.

Ne soyez pas surpris , mes frères , que le monde vous haïsse. Que la haine du monde contre vous ne vous surprenne pas , comme si c'était une chose nouvelle. C'est de tout temps que le monde corrompu n'a pu souffrir les gens de bien , parce que leur sainteté est une censure continuelle de ses dérèglements.

14. Nos scimus quoniàm translati 14. Nous savons que nous avons passé sumus de morte ad vitam, quoniàm de la mort à la vie, en ee que nous aimons diligimus fratres. Qui non diligit , nos frères* Celui qui n'aime point , deluauet in morte (3). meure dans un étal de mort.

Nous savons que nous avons passé de la mort à la vie» Ce qui doit bien nous consoler et nous dédommager avec usure de la haine que le monde nous porte, c'est que nous savons que nous avons passé de la mort du péché à la vie de la grâce; qu'au lieu que nous méritions la mort éternelle , nous sommes maintenant en droit de préfendre A une vie bienheureu.«e, qui n'aura jamais de fin. Mais il ne s'ensuit pas de là, que chaque fidèle soit certainement assuré qu'il est en état de grâce; puisque le Suinta- Esprit nous apprend ailleurs que personne ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. Nous savons en général certainement que tous les >éri(ables chrétiens ont passé de la mort du péché à la vie de la grâ''e ; et nous pouvons avoir des assurances morales que nous sommes de ce nombre ^ sans pouvoir jamais avoir sur cela une certitude infaillible, sans une révélation spéciale^ comme lo saint concile de Trente l'a défini. — En ce que nous aimons nos frères, l.a charité que nous avons pour nos frères, n'est pas la cause qui nous a fait passer de la mort à la vie : car nous n'en sommes redevables qu'à la miséf icorde toute gratuite de Dieu , et non pas à nos œuvres précédentes : mais elle est la marque à laquelle nous pouvons probablement reconnaître cet heureux changement. — Celui qui n'aime point, demeure dans un état de mort. Celui qui n'exerce pas la charité à l'égard de son frère, lorsque la nécessité l'y oblige, est dans un état de mort, et il n'en faut pas davantage pour le rendre coupable de la mort et de la damnation éternelle, comme il parait par la sentence que Jésus-(ihrist prononcera contre les réprouvés. Mutt. 25, 35.

(I ) Joun. 13. 34. et 15. 12. — ^2; Gea. 4. 8. — (3) Levit. 19. 17.

548 I. EPITRE BE S. JB\N.

15. Omnis qui odit fratrem suuni , 15. Quiconqoe hait son frère , est un homicida est : et scitis quoniàrn om- homicide : et vous savez que nul homicide nis homicida non habet vitam «ter- n'a en soi la vie éternelle.

nam in semetipso manenlem.

Quiconque hait son frère, est un homicide. Ou parce que la haine est une disposition é rhomicide ; ou parce que celui qui a une haine parfaite et complète contre quelqu'un, désire sa perte, et commet ainsi véritablement un homicide dans son coeur : comme celui qui regarde une femme avec un mauvais désir à son égard, se rend parla même coupable d'adultère : Malt. 5, 28. — El vous savez qu^ nul homicide n'a en soi la vie élernelle. C'est-à-dire qu'il n*a pas dans soi la grâce sanctifiante , qni nous fait enfants de Dieu, et nous donue droit à la vie éternelle.

16. In hoc cognovimus charitatem 16. Ce qui nous a fait connaître quelle Dei , quoniàrn ille animam suam pro est la charité de Dieu , c'est qu'il a donné nobis posuit : et nos debemus pro fra- sa vie pour nous : nous aussi nousMevons tribus animas ponere (1). donner notre vie pour nos frères. '

Ce qui nous fait connaître quelle est la charité de Dieu , c'est qu*il a donné sa vie pour nous. Dans le grec ordinaire ce mot de Dieu ne se trouve point : mais on le lit dans la bible d'Alcala , imprimée par les ordres et les soins du cardinal Xiraenès. Le syriaque et l'éthiopien l'ont lu tout de même , puisqu'ils traduisent, charitatis ejus. Quelques interprètes entendent par là la charité de Dieu le Père, qui a paru en ce qu'il a livré son Fils à la mort pour nous. Mais ce n'est pas là ce que dit saint Jean , qui parle de ta charité de Dieu quia donné sa vie pour nous. Or ce n'est pas Dieu le Père, mais Dieu le Fils, qui a donné sa vie pour nous. Ce passage prouve donc invinciblement la divinité de Jésus-Christ ; et c'est à tort qu'Estius a paru l'abandonner, sous prétexte quHl y en a assez d'autres, où ce dogme est clairement établi. — Nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. C'est ce qu'ont fait les apôtres, et après eux une infinité de saints. C'est ce que nous devons faire nous-mêmes, quand la loi de la charité l'exige. Il est d'abord hors de doute que les pasteurs sont obligés à ce devoir, toutes les fois que le salut de ceux qui sont commis à leurs soins , le demande. Il y a encore plusieurs ces où chaque fidèle peut se trouver dans la même obligation. Voyez Corneille à Lapide sur cet endroit.

17. Qui habuerit substantiam hu- 17. Tout homme qui , ayant des biens jus mundi , et viderit fratrem suum de ce monde , verra son frère dans la nénecessitatem habere , et clauserit vis- cessité , et aura le cœur fermé pour lai » cera sua ab eo » quomodô charitas Dei comment a-t-il en soi l'amour de Dieu ?] manet in eo (2) ?

Comment a-t-il en soi Vamour de Dieu, Il peut bien dire du bout des lèvres qu'il aime Dieu : mais il n'est pas possible qu'il l'aime dans le fond de son cœur, puisqu'il traite avec tant de dureté sa propre image, et qu'il néglige un devoir qui lui est si étroite^ meut commandé.

18. Filioli mei » non diligamus ver- 18. Mes chers enfants, que notre amoar bo, neque linguft, sed opère et veritate. ne soit point en paroles , ni sur la langue ;

mais qu'il soit effectif et véritable.

19. In hoc cognoscimus quoniàrn 19. Â cela nous connaissons que nous es veritate sumus : sommes pour la vérité :

Et in conspectu ejus suadebimus Et nous en serons convaincus dans nos corda nostra. cœurs devant Dieu.

A cela nous connaissons que nous sommes pour la vérité, Â cela , c'est-à-dire si notre amour pour nos frères est réel et effectif, et non pas seulement en paroles et sur la langue : nous pouvons en cela reconnaître que nous sommes véritablement les enfants de Dieu et les disciples de Jésus-Christ; puisque c'est là la marque à laquelle Jésus- Christ a voulu qu'on les reconnût.

20. Quoniàm sf reprehenderit nos 20. Car si notre cœur nous fait quelque cor nostrum , major est Deus corde reproche , Dieu est bien au-dessus de Dostro, et novit omnia. notre cœur, et il connaît tout.

(!) A)an. 15. 13.;— (2) Luc. 3. 11. - Jac. 15.

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