CHAPITRE T. gl
Verbe, et le Saint->Esprit sont trois. '■^ Qui rendent témoignage dans le Ciel. Ce n*est pas à ceux qui sont dans le Ciel, qu'ils rendent le témoignage dont il est ici parlé : mais ces trois qui le rendent sont dans le (Uel, où la foi nous fait envisager Dieu comme dans son trône , lorsque nous disons : Notre Père qui éles aux Cieua;» Par ce témoignage plusieurs interprètes entendent celui que Dieu le Père rendit à son Fils , Miait. 3, 17. 18, 5. Joan, 12, 28, celui que Jésus-Christ s'est rendu A lui-même, en s'appelant Fils de Dieu , et en le prouvant par une infinité de miracles; et celui que lui rendit pareillement le Saint-Esprit, lorsqu'il descendit sur les apôtres. Mais lorsque Jésus-Christ s'appelait Fils de Dieu , et rendait témoignage a sa divinité, il était sur la terre; et saint Jean parle du témoignage que rendent les trois qui sont dans le Ciel. Il est évident que le témoignage dont parie ici saint Jean , est celui-là même que Dieu rend à notre esprit ^ coaime dit saint Paul, dans l'endroit que nous avons cité sur le verset précédent : c'est ce témoignage de Dieu , qu'a en lui-même celui qui croit au Fils de DieUf comme le dit saint Jean au verset 10. Ce témoignage n'est autre chose que le don de la foi, qui nous fait croire au Fils de Dieu, et qui nous assure que nous sommes les enfants de Dieu, et les cohéritiers de Jésus-Christ. C'est la divinité même , le Père, le Verbe , le Saint-Esprit qui nous rendent ce témoignage, c'est-à-dire qui le produisent comme cause physique dans nos âmes. — Et ces trois sont une même chose. Ces trois personnes, quoique réellement distinguées entr'elles , n'ont que la même nature numérique , par la vertu de laquelle elles produisent indi visiblement ce témoignage en nous. Comme ce verset prouve invinciblement et la divinité de Jésus-Christ , et la trinité des personnes dans la parfaite unité de nature; les ennemis de ces deux grands mystères n'ont rien épargné pour le rendre suspect, ou en prouver la supposition..Us disent en premier lieu , qu'il ne se trouve pas dans plusieurs manuscrits. C'est ce qu'on ne conteste point : mais il n'est pas moins vrai qu'il se trouve dans plusieurs autres , qui sont en plus grand nombre , et plus anciens et plus corrects. Saint Jérôme dans son prologue sur les épitros canoniques, marque que de son temps on le lisait dans tous les exemplaires grecs ; et il se plaint que des interprètes infidèles l'avaient omis dans leurs versions. IVous savons bien que quelques critiques ont voulu révoquer en doute que ce prologue fût de saint Jérôme ; mais nous n'ignorons pas non plus que leurs raisons sont si frivoles, qu'elles ne méritent pas d'élre réfutées. Ils disent en second lieu , qu'il faut que les anciens Pères n'aient point connu cet endroit , et qu'ils ne l'aient pas lu dans leurs exemplaires , puisqu'ils ne l'ont pas cité contre les Ariens. Qu'ils ne l'aient pas connu , c'est une fausseté démentie par Tertullien et saint Cyprien , qui le citent contre les ennemis de la divinité de Jésus-Christ. L'auteur du livre de unicA Deitate triniiatis parmi les ouvrages de saint Athanase , l'objecte aux Ariens. Idaoe , Victor d'Utique, saint Fulgence et tous les évoques d'Afrique réunis dans un concile , Vont employé contre les mêmes hérétiques. Si saint Athanase, saint Hilaireet quelques autres ne l'ont pas cité, c'est qu'il ne l'ont pas jugé nécessaire après avoir employé celui-ci , Joan. 10, 30 : Ego et Pater unum sumus , qui dit précisément la même chose. Le silence de quelques Pères ne prouve donc rien ; et le témoignage positif des autres demeure dans toute sa force , et forme une démonstration suffisante. Mais indépendamment de tout cela , si ce verset n'avait pas été de l'auteur sacré, peut-on supposer sérieusement que l'Eglise entière l'eût jamais adopté? On comprendra sans peine que la chose serait maintenant impossible; c'estrà-dire qu'il ne serait pas possible d'insérer maintenant dans la Bible un verset entier , sans que qui que ce soit s'en aperçût , et osât se récrier. On ne viendrait même jamais à bout d'insérer quelque chose de semblable dans l'Alcoran , et de le faire recevoir aux roahométans. Pensons-nous donc que nos Pères aient été moins attentifs à conserver le dépôt sacré qu'ils avaient entre les mains? On peut donc bien supposer que des particuliers, ou par négligence, ou par malice, auront omis ce verset dans leurs manuscrits, lesquels auront ensuite été adroitement placés dans des bibliothèques. Mais il faut bien distinguer ces manuscrits d'avec ceux dont l'Eglise se servait , et sur lesquels ont été faites les premières éditions de la Bible ^ qu'elle a autorisées et reçues à son usage. Cela étant de la sorte , il faut bien se donner de garde d'avouer avec le nouvel interprète français , que hors V Eglise d'Afrique , les anciens Pères grecs et latins ne paraissent pas l'avoir connu (ce verset) ni lu dans leurs exemplaires; et que jusqu'aux septième et huitième siècles, il est rare de le trouver dans les Pères et dans les manuscrits : comme si nous avions bien des manuscrits plus anciens que le huitième et le septième siècles , ou qu'on en pût même citer un seul qui fût incontestablement d'une date si reculée. Pour ce qui est des manuscrits postérieurs, ceux d'Etienne , de Laurent Valle^ du cardinal Ximer ez, et plusieurs autres que notre auteur cite lui-même, prouvent
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qu'il n'ctt pai rare d'y trooTCr le venei en question, lui maoière dont le même auteur •uppofe que œtCe omission s'est faite et introiduite dans toute l'Egliae, n'est pas mieux fondée que l'omission même. Car il prétend que e'etl apparemment que quiique§ une des premiers exemples copiés sur l'original , s' étant trouvés défectueux par la négligemee ou la préfipUalûm des copistes ; la plupart des copies qu'on en lira » el ensuite les traductions que l'on fit sur ces copies imparfaites , se répandirent partout ; et que le respect qu'on axait pour l'antiquité , et l'impuissasu^e où l'on était de confronter les €xemfdaires avec les originaux , firent qu'on se défia même des exemplaires plus corrects, où il Uait : en sorte que plusieurs siècles s'écoulèrent araiU que l'on pût reconnaitre le défaut el Verreur. Cette supposition n'a nul fondement, et se trouve même destituée de toute vraisemblance. Car enfin comment ces copies impar&ites se sont-tlles répandues partout, sans qu'on s'en soit aperçu ? Comment le respect qu'on avait pour l'antiquité a-t-il pu porter l'Eglise à recevoir ces exemplaires nouveaux et imparfaits , et à se défier des exemplaires plus corrects et plus anciens dont elle tétait en possession ? Il ne fallait point d'autre confrontation que celle-là, pour faire préférer les anciens aux nouveaux ; et c'est é quoi devait naturellement porter le respect quon avait pour l'antiquité Ou ajoute que parler de la sorte, c'est évidemment détruire la vérité du texte, qu'on parait vouloir établir. Car si ces exemplaires imparfaits se sont répandus partout, si plusieurs siècles se sont écoulés sans qu'on ait pu reconnaitre le défaut et l'erreur y comment a-t-on pu les reconnaître dans la suite? L'impuissance où J'on était dans les sept ou huit premiers siècles de confronter les exemplaires avec les originaux, n'a-i-elie pas dû augmenter dans les sièck» suivants au lieu de diminuer? Pour rétablir ce passage dans les siècles postérieurs, a-t-on pu tirer quelques lumières des anciens Pères grecs et latins , qui ne paraissent pas l'avoir r4mnu ? Où est donc la règle certaine que les deux églises , la grecque et la latine ont pu suivre depuis près de deux ceiU cinquante ans, pour fixer leur créance sur cet article, et corriger l'erreur des siècles précédents? Enfin , ce verset est si incontestable, que tous les protestants l'oot mis dans leurs Bibles , aussi bien que tes catholiques. Erasme l'avait supprimé dans ses premières éditions , mais il s'est cru obligé de le restituer dans les postérieures. Luther l'avait omis dans sa traduction allemande, et ses sectateurs se sont cru indispensable— ment obligés de le rétablir. ]V'est-il pas surprenant af>rês cela, qu'il se trouve encore des catholiques, qui osent affaiblir ou douner atteinte à une vérité si généralement reconnue ?
8. Et très sunt, qui testimonium 8. Il y a aussi trois témoins qui rendent dant ÎQ terra : Spiritus , et aqua , et témoignage sur la terre : l'esprit , l'eau sanguis : et hi très unum sunt. et le sang : et ces trois choses n'en sont
qu'une.
Il y a aussi iro's témoins , qui rendent témoignage sur la terre. Ce témoignage est le méiue dont il e»t pailé au verset piécédent : et les trois qui le rendent ou qui le pn)duisent sur la terre, sont Tesprit, l'eau et le sang. Comme il y a une antithèse manifeste entre ce verset et U'. septième , il faut distinguer Vesprit dont il pst ici parlé, du Saint'Esprit dont il est fait mention au verset précédent. \Jesprit se preud donc ici pour le don du Sahit-Esprit , pour l'esprit de foi que Dieu nous donne et qui est la cause efficiente et prochaine de ce fémoiguage, comme Veau du baptême en est la cause instrumentale , et le sang de Jésus-Christ la cause méritoire. Car il est évident que Vesprit , l'eau et le sang dont saint Jean parle ici , sont les mêmes dont il avait parlé au verset 6. Or il est manifeste que lorsque saint Jean dit , v. 6 . que JésuS'Chri&t ett venuavec Veau elle sang, cela ne peut s'entendre que de Teau du baptême, et du sang de Jésus-Christ dont elle tire foute sa vertu , et non pas de Peau et du sang qui coulèrent de son t l'iU' r;.rc's sa moi t. — Et ces trois choses n'en sont qu'une. Elles ont la même force , pour rendre ce témoignage et pour le produire. Le don du Saint-Esprit , l'eau du baptême et le sang de Jésus-Christ produihcnt conjointement ce témoignage dans nous , et n^agissent point indépendamment l'un de l'autre.
9. Si testimonium bominum acci- 9. Que si nous recevons le témoignage .pimus, testimonium Del majusest: des hommes, le témoignage de Dieu est quoniàm hoc est testimonium Dei , d'un plus grand poids : car voilà le téquod majus est , quoniàm tcslifîcatus moignage de Dieu , lequel a d'autant plus €st de Filio suo. de poids , que c'est de son propre Fils
qu'il rend témoignage.