‹ Le Nouveau Testament de N.S. Jésus-ChristChapitre 321 sur 364 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

^66 ni. EPITRE DE S. JEAN.

^ieanent dans le fond au même sens. Car si saint Jean ise sentait oblige, lorsqu'on lui apprenait que ses enfants étaient attachés à la foi . et menaient une vie conforme à l'Evangile, on ne peut douter qu'il n'en ressentit de la joie.

5. Charissime , fideliter facis quid- 5. Mod bien-aimé , vous agissez en quid operaris in fratres , et hoc in pe- fidèle dans tout ce que vous faites à l'éregrinos ; gard de nos frères , et même à l'égard des

étrangers ;

6. Qui testiroonium reddiderunt 6. Lesquels ont rendu témoignage de charitati tus in conspectu Ecclesi» : votre charité devant toute l'Eglise : et en quosbenefaciens» deduces digne Deo. usant bien comme vous faites, vous les

aiderez d'une manière digne de l>iea à continuer leur voyage.

Vous let aiderez d'une manière digne de Dieu d continuer leur voyage. Leur donnant des guides pour les conduire, et leur fournissant ce qui leur est nécessaire sur la route. En cela vous agirez d'une manière digne de Dieu : vous agirez en véritable enfant de Dieu, et vous lui rendrez un service agréable, qu'il ne manquera pas de récompenser.

7. Pro nomine enim ejus profecti 7. Car c'est pour son nom qu'ils se sont sunt, nihil accipieuies à geiilibus. mis eu chemin, sans rien prendre des

gentils.

Car e'eti pour ton nom qu'ils ie sont mis en chemin. Cela pput signifîer que la persécution leur fit quitter leur pays : mais cela signiiie plutôt qu'ils n'étaient sortis de chez eux , que pour aller prêcher l'Evangile , sans rien prendre des gefUils , â la conversion desquels ils travaillaient, de crainte de paraître s'appliquera un si saint ministère par esprit d'intérêt.

8. Nos ergo debemus suscipere S. Ainsi il est de nôtre-devoir que nous ejusmodi , ut cooperatores simus ve- recevions bien ces sortes de personnes ; rilatis. afin d'avoir part à ce qu'ils font pour la

vérité.

9. Scripsissem forsitan Ecclesiae : 9. Peut-être que j'eusse éerit à l'Eglise : sed is qui amat primatum gerere in mais Diotrephe, qui afTecte de dominer eis , Diotrephes , non recipit nos. parmi eux , ne nous reconnaît point.

Peut-être que j'eusse écrit à l'Eglise, 11 y a dans le grec d'aujourd'hui àypa-'pa r^ «xxAijffia, j'ai écrit à l'Eglise. Notre interprète a lu sans doute îypatj/a àv^f eusse écrit : on ne peut douter que cette leçon ne soit préférable à l'autre , puisque saint Jean ajoute aussitôt la raison pour laquelle il ne l'a pas fait. Erasme pour justifier le texte grec, l'explique ainsi : J'ai écrit à l'Eglise; mais c'a été inutilement : car , etc. Ce n'est pas là expliquer le texte, c'est le changer, en y ajoutant ce qui n'y est pas. — Mais Diotrej)he, qui affecte de dominer parmi eux^ ne nous reconnaît point. Il parait que ce Diotrephe était un homme puissant, qui de lui-même voulait s'ingérer dans l'Epia^ copat de cette E^^Iise. D'autres croient qu'il en était déjà évéque. De quoi l'on ne saurait douter, c'est que ce fut un homme superbe, qui affectait une domination despotique dans l'Eglise, qui était ouvertement révolté contre le saint apôtre , lequel il tâchait de décrier dans l'esprit des fidèles ; et dont il ne voulait recevoir , ni les ordres, ni les avis; et c'est pour cela que saint Jean n'écrivit pas à l'Eglise.

10. Propter hoc si venero, commo- 10. Pour ce sujet , si je vais là , je ferai nebo ejus opéra, qus facit, verbis ma* voir quelle est sa conduite, tandis qu'il lignis garriens in nos : et quasi non tient inconsidérément des discours malins ei istfl sufiieiaut , neque ipse suscipit contre nous : et comme si cela ne lui suffifratres ; et eos , qui suscipiunt , pro- sait pas , lui-même il ne reçoit poÎDt nos hibet, et de Ecclesiâ ejicit. frères ; et ceux qui les reçoivent, il leur

défend de le faire, et les chasse de l'Eglise.

Pour ce sujet si je vais là. Si mes affaires me permettent de visiter votre Eglise, je ferai voir quelle est sa conduite. J'exposerai aux yeux des fidèles la malignité des médisances , dont il lâche de noircir notre réputation , et la dureté dont il use enven les fidèles étrangers . qu'il ne veut pas recevoir, et auxquels il défend méitie qu'où donne aucun secours.

m. EPITBB DE S. JEAN. 567

11. Charissime, noii imitari ma- 11. Mon bien-aimé» gardez-vous d'n lum , sed quod bonum esl. Qui bcne- miter les mauvaises actions , mais imitez facit, ex Deo est : qui malefacit, non les bonnes. Celui qui fait bien , est enfant vidit Deum. de Dieu : celui qui fait mal, ne connaît

point ce que c'est que Dieu.

Celui qui fait bien , est enfant de Dieu ; celui qui fait mal , ne connaît point ce que c'est que Dieu. Toutes ces expressions ont déjà été expliquées dans les notes sur la première épitre, chap. 3. \erset 6 , 10 , chap. 5 , verset 19.

12. Demetrio testimonium redditur 12. Tout le monde et la vérité même ab omnibus, et ab ipsâ verilale : sed rend témoignage en faveur de Démétrius : et DOS testimonium perhibemus ; et nous le faisons aussi de notre côté ; et nosti quoniàm testimonium nostrum vous savez que notre témoignage est converum est. forme à la vérité.

Tout le monde et la vérité même rend témoignage en faveur de Démétrius. Tout le inonde rend témoignage à sa probité, à sa charité et é toutes ses autres vertus chrétiennes II est probable que ce Démétrius était on prêtre de la même Eglise, que saint Jean voulait faire évêqne pré fera blement à Diotrephe.

13. Multa habui libi scribere : sed 13. J'avais bien des choses à vous maunolui per atramentum et calamum der : cependant je n'ai point voulu le faire scribere tibi : par la voie de l'encre et de la plume :

14. Spero autem protinùs te videre , 14. Mais j'espère vous voir dans peu de et os ad os loquemur. Pax tibi. Salu- temps ; et nous nous entretiendrons de tant te amici. Saluta amicos nomi- bouche. La paix soit sur vous. Vos amis natim. vous saluent. Saluez les nôtres chacun eu

particulier.

EPITRË CATHOLIQUE

BB

SAINT JUDE

S^S^S!œ$!^ISit^il$Jl^9il^^

Il averlit les fidèles , qu'après avoir reçu la foi , il faut tenir ferme conlre les impies et les impudiques qui la combaltent. Il ajoute que ces gens-là seront punis comme Tout été les Juife et ceux de Sodome : parce que, sang respecter personne, ils s'abandonnent à toutes les convoitises de la chair. Il les dépeint par diverses comparaisons , et il rappelle les fidèles à ce qu'Enoch et les apâlres ont dit prophétiquement de tels gens.

1. Judas Jesu Cbrisli servus, fra- 1. Jude , serviteur de Jésus-Christ et

ter autem Jacobi . his qui sunt in Deo frère de Jacques , à nos bien-aimés en

Pâtre dilectis, et Chrislo Jesu conser- Dieu le Père, conservés et appelés de

vaiis, et vocatis. Jésus-Christ.

Jude servileur de Jésut- Christ. De ce que saint Jude ne prend pas ici le titre d'apôtre, Grotios en lire une preuTe, pour l'attribuer à Jude, quinzième évêque de Jérusalem. Si cette raison avait quelque solidité, il faudrait rejeter aussi l'Epîtreaux Philippiens, les deux aux Thessaloniciens, l'Epître aux Hébreux, comnne n'étant pas de saint Paul. Saint Jean dans ses Epitres n'a pas pris non plus la qualité d'apôtre; et cependant personne n'a jamais douté que la première au moins ne fût incontestablement de lui.

A nos bien-aimés en Dieu le Père , conservés et appelés par Jésus-Christ. C'est-à-dire à tous les fidèles que Dieu le Père a aimés, et qui se sont conservés dans la foi par la grâce de Jésus-Christ. Il y a dans le grec d'aujourd'hui , ^yiatj/jLivoiç , à ceux qui ont été sanctifiés : mais dans le manuscrit d'Alexandrie et dans plusieurs autres très-anciens, il y a rtyccnnfxévotç , à ceux qui ont été aimés. Le syriaque, l'éthiopien, Origène et OEculuénius même ont lu comme l'auteur de la Vulgate.

(1) EPITRE CATHOLIQUE DE SAIITT JUDE. Eusëbe et saint JérAme rapportent que quelqneauns ont autrefois douté de la canonicité de cette épitre : et c'est principalement sur ce doute de quelques inconnus , que Luther , Kemnitius et les centuriateurs de Hagdebourg se sont fondé* pour le rejeter du catalogue des livres saints; ne comptant pour rien le témoignage positif que lui rendent presque tous les autres Pères , comme Tertullien , saint Cyprien , Clément d'Alexandrie , saint Grégoire de IVananze , et tous les autres qu'oc peut Toir cités dans Bellarmin , l. 1. ni tikbo Dbi , c. 18. Pour ce qui est de l'auteur do cette épitre , Grolius a cru que c'était un Jude , quinzième érëqae de Jérusalem, qui vivait du temps d'Adrien. Mais cette opinion n'a pas la moindre vraisemblance, et se trouve même clairement réfutée par les propres termes de cette épitre , où le Jude , dont il est ici quitstion , s'appelle ls rR^as n» Jacqvbs. Ces paroles sont si décisives contre l'opiuion do Grotius, que ce témérairo critique est obligé de les retrancher comme supposées ; quoiqu'il ne soit en cela appuyé , ni du témoignage d'aucun Père , ui d'aucun manuscrit. Tous les autres interprètes , tant protestants que catholiques , conviennent qu'elle est l'ouvragn de saint Jude, l'apôtre, fils d'Alpbée , et frère de saint Jacques le mineur , premier évéque de Jérusalem. Saint Jude combat dans cette épitre le* mêmes hérétiques que saint Pierre dans sa seconde lettre , et emploie pour les combattre presque leamènm expressions et les mêmes autorités. II exhorte les fidèles i demeurer fermement attachés à la foi qu'ils ont embrassée , à travailler soigneusement au salut do leurs frères, et à s'appliquer constannnent i la pratique des bonnes œuvres.

SPITRE CATHOLIQUE DE S. JUBE. 569

2. Miserîcordia vobis, et pax, et 2. Que la miséricorde , la paix, et ]a charitas adimpleatur. charité se répande sur vous avec abondance.

3. Charissimi , omnero sollicitudi- 3. Mes bien- aimés, comme je prends nem faciens scribendi vobis de com- tous les soins possibles de vous écrire sur muni vestrft salute , necesse faabuî l'affaire commune de votre salut, je me scribere vobis : deprecans supercer- suis trouvé dans la nécessité de le faire , tari serael tradits sanctis fidei. en vous conjurant de combattre pour la

foi qui a été d'abord confiée aux saints.

En vont conjurant de combattre pour la foi, qui a été d'abord confiée aux Saints, C est comme si saint Jude disait : ce qui m'oblige indispensablement à vous écrire, c'est le péril où votre foi est exposée. Elle est attaquée visiblement ; et je ne dois pas manquer de vous prémunir contre les artifices des faux docteurs qui la combattent, et qui n'épargnent rien pour vous l'enlever. Cette foi a été d'abord confiée aux iaints , c'est-à-dire aux apôtres qui en ont été les premiers maîtres. Ce mot , semel , marque qu'il ne faut point s'attendre que Dieu change la doctrine qu'il nous a une fois révélée, et qu'il n'y a que les hérétiques qui s'efforceront de l'affaiblir et de la corrompre. Supercertari , chez notre interprèle, est un verbe déponent. On en trouve encore des exemples, Eccli. 1 1 . 9. 3S, 39. Sap, 15, 9, et dans quelques auteurs d'une bonne latinité. Supertari fidei signifie donc la même chose que certarepro fide, combattre pour la foi. Car iupercertari doit se rapporter à fidei , et non pas tanctit^ comme Gatharin et £rasme l'ont pensé.

4. Subintroierunt enim quidem ho- 4. Car quelques gens se sont insinués mines (qui olim prœscripli sunt in par adresse , marques il y a long-temns hoc judicium) impii : Dei nostri gra- dans les Ecritures , comme étant par là tiam transferentes inluxuriam ,etso- dignes de condamnation: des gens imlum dominatorem , et Dominum nos- pies , qui font de la grâce de notre Dieu trum Jesuni Christum negantes. un sujet de dissolution , et qui ne veulent

point reconnaître Jésus-Christ notre seul mettre et notre seul Seigneur.

Mfarquét il y a longtemps dans les Ecritures , comme étant par là dignes de condamnation. C'est comme s'il disait : Il vous sera aisé de reconnaître ces sortes d'hérétiques : les apôtres de Jésus-Chriiit lui-même vous les ont représentés sous les plus vives couleurs, et vous ont avertis de les éviter : Matth, 24, 24. 2. Timoth, 3,1. Saint Jude paraît surtout dénoter ici ce qu'en avait écrit saint Pierre dans tout le second chapt(i-e de sa seconde Epître. Calvin , Bèze et leurs sectateurs expliquent cet endroit du décret immuable de Dieu, qui a poussé ces hérétiques à combattre la doctrine évangélique, et qui est la cause de leur éternelle damnation. C'est un blasphème qui fait horreur. — Qui font de la grâce de notre Dieu un sujet de dissolution. Qui abusent de la religion chrétienne , pour se plonger dans toutes sortes de désordres ; enseignant que la loi évangélique est une loi de liberté, qui permet à un chacun de suivre ses penchants. C'est ce que saint Pierre reproche aux mêmes hérétiques : 2. Petr. 2, 19. Voyez saint Epiph, HcBres, 27. Saint Irénée L 1. c. 20.

5. Commonere autem vos volo , 5. Or, quoique vous soyez déjà instruits scientes semel omnia , quoniàm Jésus sur toutes choses, je veui vous remettre populum de terra Egypti salvans , se- devant les yeux comme Jésus, ayant sauvé cundô eos qui non crediderunt, per- le peuple de la servitude d'Egypte, fît didit (1) : périr dans la suite ceux qui n'eurent point

de foi ;

Comme Jésus ayant sawoé le peuple de la servitude d'Egypte. Quelques-uns entendent par là Josué , qui introduisit les Israélites dans la terre promise , et qui est appelé Jésus par les LXX. Mais ce fut Moïse , et non pas Josué qui délivra les Israélites de la servitude d'Egypte. Cela ne peut donc s'entendre que de Jésus-Christ , lequel , comme Dieu , sauva d'abord son peuple de la tyrannie des Egyptiens , et dans la suite fit périr ceux des Israélites qui avaient été incrédules : Exod. 32, 27. Numer, 11 , 33. 14, 29.

(l)Num. 14.37.

570 EPITRE CATHOLIQUE DE S. JtDE.

6. Angeles verô , qui non servave- 6. Et que pour les anges qui ne se runt suum principatum , sed dereli- mainlinrent point dans le degré d'éléyaquerunt suum domicilium , in judi- tion où ils étaient , mais qui abandonnécium magni diei , vinculis œternis rent leur propre demeure , il les a réservés sub caligine reservavit (1). pour le jugement du grand jour , liés de

chaînes éternelles dans un lieu de ténèbres.

Et que pour les anges, elc. Tout ceci est tiré de la seconde £pî(re de saint Pierre, cil. 2. V. 4. Voyez ce que nous avons dit sur cet endroit. Les deux versets suivants sont encore pris du même endroit, v. 6. et 10.

7. Sicut Sodoma , et Gomorrha , et 7. De même que Sodome et Gomorrhe finitimae civitates simili modo eifor- et les villes voisines qui en avaient suivi nicatae, et abeuntes post carnem al- les débordements . jusqu'à aller chercher teram , tactœ sunt exemplum ignis un autre se&e qu'il ne convient , sont deœterni pœnam sustinentes. venues un exemple par la peine du feu

éternel qu'elles souffrent :

8. Similiter et hi carnem quidem 8. De la même manière ceux-ci souilmaculant, dominationem autem sper- lent leur chair, méprisent l'autorité léginunt , majestatcni autem blasphe- time , et blasphèment contre la majesté mant. souveraine.

9. Ciim Michaël archangelus cura 9. Lorsque l'archange Michel contesdiabolo disputans altercaretur de tait avec le démon au sujet du cor^ de Moysi corpore , non est ausus judi- Moïse , il n'osa pas porter contre lui une cium inferre blasphemis : sed dixit : sentence de malédiction : il dit seulement : Imperet tibi Dominus (2). Que le Seigneur exerce sur toi son empire.

Lorsque l'archange Michel contestait avec le démon au sujet du corps de Moïse, Cette histoire de la contestation de l'archange Michel avec le démon , n'est rapportée dans aucun endroit de l'Ecriture. On trouve une dispute semblable dans le prophète Zacharie , ch. 3, mais dans Zacharie, il n'est fait aucune mention du corps de Ûolse. Il faut donc que saint Jude ait tiré ce fuit de quelque livre qui subsistait alors , et que nous n'avons plus, ou qu'il l'ait appris par la tradition ; de même que saint Paul avait su par le même canal les noms de Jannès et de Mambrès , 2 Timoth, '6 , 8. Comme saint Jude n'explique point sur quoi roulait cette dispute entre saint Michel et le démon touchant le corps de Moïse , les interprètes sont sur cela très-partages. Ceux qui souhaiteront s'instruire des différentes opinions , n'ont qu'à lire Serrarius qui en a recueilli jusqu'à dix , auxquelles il serait aisé d'en ajouter encore d'autres. La plus plausible de toutes est que le démon voulait que le tombeau de Moïse fût publiquement exposé ; au lieu que saint Michel avait reçu ordre de Dieu de le cacher tellement qu'il ne fut connu de personne, de peur que les Hébreux n'en prissent occasion de se porter à l'idolâtrie. Aussi est-il marqué au Deutéronome , ch. 3. v. 6, que personne n'a connu jusqu'à ce jour le lieu de sa sépulture : Et non cognovit homo sepulcrum ejus usque in prœsentem diem, — Il n'osa pas porter contre lui une sentence de malédiction. Ce que saint Pierre dit en général des anges (2. Petr. 2, IL), saint Jude le dit en particulier de saint Michel. Il ajoute seulement que saint Michel n'osa pas porter contre Satan une sentence de malédiction ; non pas qu'il redoutât le démon , mais parce qu'il ne crut pas que ces imprécations fussent convenables à sa dignité. Voyex ce que nous avons dit sur cet endroit de saint Pierre.

10. Hi autem , quaecumque quidem 10. Pour eux ils blasphèment contre tout ignorant, blasphémant : quxcumque ce qu'ils ignorent ; et tout ce qu'ils couautemnaturaliter, tanquàm mutaani- naissent naturellement , comme les animalia noruni , iu his corrumpuntur. maux qui n'ont point l'usage de la parole »

ils s'en servent pour leur propre corruption.

Pour eux ils blasphèment , etc. Ceci est encore tiré de saint Pierre , ibid. v. 12.

li. Vœ illis , quia in via Gain abie- 11. Malheur à ces gens-là : parce qu'ils runt , et errore Balaam mercede effusi se sont jetés dans la voie de Caïn, que pour

(1)2. Pet. 2. - Gen. 19. 24. — (2) Zach. 3. 2.

CFITBS CATHOLIQrE DE S. JVDS. K71

sunt , et in contradictione Core pe- l'amour du gain ils sont tombés dans Térierunt (1). garement de Balaam , el qu'ils ifont périr

dans une révolte comme celle de Coré.

Malheur à cei gens-là , parce qu'ils se sont jetés dans la voie de Cain. Ils imitent la conduite de Caïii : comme ce premier parricide, ils portent une haine mortelle aux fidèles, qui sont leurs frères, et leur procurent la mort de l'âme par le poison des erreurs dont ils les infectent. ~- Que pour Vamour du gain ils sont tombés dan» l'égch r&nent de Balaam. C'est l'amour désordonné d'un gain sordide, qui les porte à séduiro le peuple fidèle, comme il avait porté Balaam à le maudire : Num. 22, 23. Voyez ce que nous avons dit sur la seconde Épitre de saint Pierre, ch. 2. v. 15. — El qu'ils vont périr dans une révolte comme celle de Coré, La révolte qu'ils excitent dans l'Eglise, ne peut manquer d'être sévèrement punie, comme le fut celle de Coré : Num. 16 32.

12. Hi sunt in epulis suis maculs , 12. Ce sont des gens infâmes dans leurs couYivantes sine timoré , semetipsos festins , qui \ivent dans la bonne chère pascentes : nubes sine aquâ quœ à sans rien craindre, qui ne songent qu'à ventis circumferunlur , arbores au- se bien traiter eux-mêmes : ce sont des tumnales , infructuoss , bis mortuae , nuées sans eaux , que les vents emportent eradicats (2}. de tous côtés; des arbres qui ne poussent

qu'en automne , qui ne portent point de fruit , qui sont morts doublement, et qui n'ont point de racines.

Ce sont des gens infâmes dans leurs festins. Les siraoniens et les gnostiques que saint Jude a ici principalement en vue, s'abandonnaient dans leurs festins aux saletés les plus abominables, avec une impudence étonnante. Saint Epipbane, Hœr. 26, a conservé à la postérité le souvenir de toutes ces ordures , qu'on ne peut lire sans horreur. Saint Pierre leur fait le même reproche : 2. Pelr. 2. 13. Us appelaient ces festins des AgapeSf c'est-à-dire, festins de charité, se servant du même nom que les vrais chrétiens donnaient aux repas qu'ils prenaient ensemble après la célébration des divins mystères. Kais ces repas des vrais fidèles étaient toujours assaisonnés par la tempérance, la fru* galité, la modestie, et toutes les autres vertus chrétiennes. Tertullien en fait une très- Jbelle description dans son apologétique. Il y a dans le texte grec, gv àyinaiç ùfi&v, dans vos agapes. Bèze et Grotius appuient cette leçon , prétendant qu'il y a une erreur manifeste dans la Vulgate. Mais il parait au contraire évidemment que c'est dans le grec qu'on doit reconnaître l'erreur. Car ce n'était pas dans les assemblées publiques des fidèles, mais dans leurs assemblées particulières , que ces hérétiques commettaieut tant d'abominations. Aussi le manuscrit d'Alexandrie, le syriaque, et le vénérable Bède s'accordent avec la Vulgate. Ce qui suit est encore pris de saint Pierre, au mêmech. V. 17. — Qui sont morts doublement. C'est comme si saint Jude disait : je leur ferais trop d'honneur en [es comparant à drs arbres qui ne poussent que des fleurs en automne, et qui ne peuvent porter de fruit. Ils sont plutôt semblables à des troncs d'arbres entièrement morts et desséchés, qui n'ont plus aucun principe de vie.

13. Fluctus feri maris, despuman- 13. Ce sont des flots de la mer tout fûtes suas confusiones , sidéra errantia : rieux, qui se tournent en écume à leur quibus procella tenebrarum servata confusion, des étoiles errantes, auxquelles est in sternum. un orage ténébreux est réservé pour toute

l'éternité.

14. Propbetavit autem et de bis 14. C'est d'eux encore qu'Enoch , qui septimus ab Adam Enoch, dicens : est le septième depuis Adam , a dit pro- Ecce venit Dominus in sanctis milli- phétiquement : Voilà que le Seigneur bus suis (3) , vient avec des millions de ses saints,

Ju reste , c'est d'eux encore qu'Enoch , qui est le septième depuis Adam , a dit prophétiquement, Tertullien , Clément d'Alexandrie, saint Irénée, saint Athanase, saint Jérôme, et plusieurs autres Pères font mention d'un livre d'Enoch: mais il renferme tant d'erreurs, qu'on ne peut l'attribuer an saint patriarche dont il porte le nom. Il faut donc plutôt dire que saint Jude a su , par une tradition générale et constante , la prophétie dont il est ici question. Ainsi, c'est en vain que Luther, et même Cajetan, se

(l; Gen. 4. - S.Num. 22. 23. ot l6. 32. — (2, 2. Pet. 2. 17. — (3) Apoc. 1. 7.

372 SPITRE CATHOLIQUE DE S. JUBE.

9€rvent'de cetfe citation pour rendre Tépître de saint Jiide suspecte : car saint Jude ne cite point le livre, mais la prophétie d'£noch. Quand même il aurait pris cette pro» pViétie du livre apocriphe d'Enoch ; il ne s'ensuivrait pas qu'elle fût apocriphe ellemême , et que l'apôtre n'eût pu par d'autres voies en connaître l'iucontestable vérité.

15. Faccre judicium contra omnes, 15. Pour faire justice de tous , et pour cl arguere omnes impios de omnibus convaincre tous les impies de toutes les operibus impietatis eorum , quibus impiétés qu'ils ont commises , et de toutes impie egerunt , et de omnibus duris , les paroles outrageuses que ces pécheurs qu£ locuti sunt contra Deum pecca- impies ont proférées contre Dieu.

tores impii.

16. Hi sunt murmuratores queru- 16. Ce sont des gens qui ne font que losi , secundum desideria sua ambu- murmurer, que se plaindre; qui mariantes , et os eorum loquiiur superba , chent au gré de leurs passions ; qui n'ont mirantes personas quœstûs causa (1). à la bouche que des paroles d'orgueil , admirateurs des personnes par un principe d'intérêt.

17. Vos autem , charissimi , mémo- 17. Pour vous , mes bien-aimés , soures estote verborum , quœ prsedicta venez-vous des choses qu'ont déjà annoiw sunt ab apostolis Domini nostri Jesu cées les apôtres de Jésus-Christ ^utre- Christi (2), Seigneur ,

Pour vous, mes bien-'aimés, souvenez-vous des choses qu'ont déjà annoncées les apôtres avec grai

après les autres apôtres, auxquels il a survécu; mais non pas que l'auteur de cette épitre n'ait pas été apôtre lui-même, comme Grotius l'a faussement pensé. Autrement, on prouverait par la même raison que saint Paul n'a pas été apôtre; puisqu'il dit de même , Hehr» li , 7 : Mementoie prœposilorum veslrorum , qui volts locuti sunt verhum Dei,

18. Qui dicebant vobis , quoniàra 18. Qui vous disaient qu'au dernier in novissimo tempore venient illuso- temps il viendra des séducteurs marchant res , secundtim desideria sua ambu- au gré de leurs passions dans les voies de lantes in impietatibus. l'impiété.

19. Hi sunt, qui segregant semé- lU. Ce sont des gens qui se séparent tipsus, animales, spiritum non ha- des autres; gens d'une vie animale, qui bénies. n'ont point celle de l'esprit.

Ce sont des gens qui se séparent des autres. Il y a seulement dans le grec d'aujourd'hui , qui séparent : mais Bèze lui-même dans son édition du nouveau Testament s'est cru obligé d'ajouter, laurovs, sur la foi de la Vulgate et de trois anciens manuscrits, auxquels on pourrait en ajouter plusieurs autres. Les simoniens, les goostiquea et les autres hérétiques dont parle saint Jude , se séparaient du commun des fidètes : ils se donnaient pour gens bien plus éclairés et bien plus unis à Dieu que les pasteun de l'Eglise : et ils en inspiraient du mépris aux fidèles, qu'ils tâchaient par là de s'attacher. Il n'est pas mal aisé de reconnaître à ce caractère les novateurs des derniers siècles.

20. Vos autem , charissimi , super- 20. Vous au contraire , mes bien-aimés , sdificantes vosmetipsos sanclissimas faisant de vos personnes un édifice qui soit vestrs fidei, in Spiritu sancto orantes, fondé sur votre foi toute sainte , et priant

par le mouvement de l'Esprit saint ;

Faisant de vos personnes un édifice qui soit fondé sur votre foi toute sainte, La foi est le fondement du salut. Saint Jude veut que sur ce fondement solide les fidèles élèvent l'édifice spirituel par la pratique constante de toutes les vertus chrétiennes. On trouve la même métaphore , Èph» 2, 21. 1. Petr, 2,1. Voyez la note sur ce dernier endroit.

(l)Ps. 16. 10. — (2) l.Tim.4. l.-2.Tim.3. l.-2.Pet. 3. 3.

EPITRE CilTHOUQUE DE S. JUDE. Wi

21. Vosmetipsos in dilectione Dei 21. Maintenez-vous dans l'amour de servate , expectantes misericordiam Dieu , et attendez la miséricorde de Jésus- Domini nostri Jesu Christi in vitam Christ Notre-Seigneur pour vivre éternelsternam. lement.

22. Ft hos quidem arguite judi- 22. Reprenez les uns, après les avoir catos : convaincus ;

Reprenez les uns, après les avoir convaincus. C'est comme si saint Jude disait : votre charité ne doit pas seulement s'étendre sur les fidèles , mais encore sur les apostats et les hérétiques. Keprenez-lex aven force, et appliquez-vous à les convaincre de leurs erreurs; afin de les faire rentrer dans eux«mémes, ou du moins d'arrêter la séduction. Le grec ordinaire est ici fort différent de la Vulgate. II y a dans le grec, xaj ouç /ik* ileeïrt iiaxpivà/Jigvoi : ce que Bèze traduit ainsi , et alias quidem habita deleciu commis seramini. Mais dans ses notes il avoue qu'il a trouvé trois manuscrits conformes à la Vulgate; et le Père Amelotte en cite encore plusieurs autres.

23. nios verô salvate . de igné ra- 23. Et sauvez les autres, en les enlepientes. Âliis autem miseremini in ti- vaut du milieu des flammes. Usez enfin more : odientes et eam , quse carnalis de miséricorde à l'égard des autres , non est , maculatam tunicam. sans précaution : ayez même en aversion

celte robe souillée, qui est toute charnelle.

Et sauvez les autres, en les enlevant du milieu des flammes. Pour ceux qui ont été séduits par les artifices des hérétiques , travaillez efficacement é leur salut ; et tâchez, en les retirant de l'hérésie, où ils se sont précipités, de les enlever aux JËammes de l'enfer, où ils sont prêts de tomber. Le grec ajoute ici fo^a , terrare. Sauvez-les par la crainte, en leur faisant craindre le malheur dont ils sont menacés. Mais ce mot ne se trouve point dans les manuscrits que nous venons de citer. — Usez enfin de miséricorde à l'égard des autres, non sans précaution. Pour les autres , qui témoignent de la douleur de leur chute, recevez-les avec bonté et tendresse, et n'épargnez rien pour les faire rentrer dans le sein de l'Eglise. Mais en voulant sauver vos frères, soyez bien sur vos gardes, et n'allez pas vous laisser séduire vous-mêmes. Toutes ces paroles ne se lisent point dans le grec d'aujourd'hui : mais on les trouve dans les mêmes manuscrits qu'on vient de citer. — /4yez même en aversion cette robe souillée, qui est toute chamelle. Par cette robe souillée , il funt entendre les mœurs charnelles et corrompues des hérétiques dont saint Jude veut que les fidèles aient un extrême soin de se garantir; non pas par leurs propres forces , mais par la grâce de celui qui a le pouvoir de les préserver du péché f comme il ajoute au verset suivant.

24. Ei autem , qui potens est vos 24. Bu reste , à celui qui a le pouvoir conservare sine peccato, et constituere devons préserver du péché, et devons ante conspectum gloris sus immacu- présenter à lui dans l'appareil de sa gloire latos in exultatione inadventu Domini sans aucune tache , et comblés de joie à nostri Jesu Christi ; Tavènement de Jésus-Christ Notre-Sei-

gneur;

25. Soli Deo Salvatori nostro , per 25. A Dieu seul l'auteur de notre salut Jesum Christum Dominum nostrum , par Jésus-Christ Notre-Seigneur , appargloria et magnificentia , imperium et tient la gloire, la grandeur , l'empire, et potestatem ante omne ssculum , et le pouvoir avant tous les siècles , et main- Dunc et in omnia sœcula ssculorum. tenant , et dans tous les siècles des siècles. Amen. Amen.

A Dieu seul V auteur de notre salut par Jésus-Christ Notre-Seigneur, Ces paroles par Jésus-Christ Notre-Seigneur, ne se trouvent point dans le grec, quoiqu'elles soient très-essentielles: mais on les trouve dans deux manuscrits du roi, dans celui du Vatican , dans l'Alexandrin , dans un de Lincoln , et dans un autre d'Oxford , aussi bien que dans le syriaque, dans l'arube et dans tous les exemplaires latins. A Dieu seul donc l'auteur de notre salut par Jésus-Christ , appartient la gloire , la grandeur, Vempire et le pouvoir avant tous les iiècles, et maintenant, et dans tous les siècles des siècles. Amen.

L'APOULYPSB

DE SAINT JEAN

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