CHAPITRE IL
Saint Paul montre qu'il a prêché aax Corinthiens Jésns-Christ et Jésus-Christ crnciiié, avec une grande modestie et dans des termes très-simples; quoiqu'il parlât aux parfauti d'nie sagesse cachée au monde , qui ne peut être connue que par TEsprit de ftieu , parce que rhomme animal ne confoil point les choses de Dieu.
1. Et ego, cùm venissem ad vos, 1. Avssi , mes frères, lorsque je vins fratres , veni non in sublimitate ser- chez vous, ce ne fut point avec la sublimité raonis aut sapienti» , annuntians yù- du langage ou de la sagesse , que je vins bis testimonium Christi (2). vous faire part du témoignage qu'a rendu
Quand je suit venu vout faire part du témoignage qu'a rendu Jésus-Christ. Annuti" tiansvohis testimonium Christi, On pourrait aussi traduire : Quand je suis venu vous rendre témoignage de Jésus-Christ c'est-à-dire ^ous prêcher la loi et l'Evangile de Jésus-Christ.
2. Non enim judicavi me scire ali- 2. Car je n*ai point fait état parmi vous quid inter vos , nisi Jesum Christum , de rien savoir , sinon Jésus-Christ , et et hune crucifiium. Jésus-Christ crucifié.
3. Et ego in infirmitate , et timoré, 3. Et tandis que j'ai été chez vous , j'ai et tremore muUo fui apud vos (3). été dans l'humiliation , dans de grandes
craintes et de grandes inquiétudes.
J'ai été dans l'humiliation, dans de grandes craintes. In infirmitate, et timoré ^ et tremore multo fui. Plusieurs entendent par ces paroles les persécutions et les dangers continuels, auxquels saint Paul avait été exposé pendant son séjour à Corinthe. D'autres les expliquent par rapporta la conduite humble et modeste, que Tapôtre avait gardée en préchant r£vangile. Loin de chercher, dit l'apôtre, de passer pour éloquent ou savant aux yeux des hommes , vous savez que tandis que j'ai été parmi vous, il n'a rien paru que de faible et de simple dans ma conduite et dans mes discourt; vous ra'aves vu dépourvu detoua les secours humains, me conduisant avec retenue et avec une crainte respectueuse. Cette dernière explication parait très-conforme au dessein que se propose saint Paul . d'apprendre aux Corinthiens à ne regarder dans les ouvriers évangéliques que la qualité de ministres d'un Dieu crucifié.
4. Et sermo meus , et prœdicatio 4. Au reste , mes discours et mes prémea , non in persuasibilibus humans dications n'avaient rien des discours iusisapienti» verbis, sed in ostensione nuants de la sagesse humaine ; mais Spiritûs et virtutis (4) : l'Esprit saint et sa vertu y étaient visibles :
tf. Ut fides vestra non sit in sapien- 5. Afin que la sagesse humaine ne soit tià hominum , sed in virtule Dei. pas le fondement de votre foi ; mais que
ce soit la vertu divine.
(1) Jerem. 9. Î53. 24. - 2. Cor. 10. 17. — (2) Sup. I. l7. — (3) Act, 18. I. — (4) 2. Pet. 1. 16.
CHAPITRS II. 87
6. Sapientiam autem loquimur in- 6. Nous ne laissons pas de prêcher la ter perfectos : Sapientiam verô non sagesse parmi les parfaits : Et cette sabujus saeculi , neque principum hujus gesse n'est point de ce monde ni des saecali , qui destruuntur : princes de ce monde ; lesquels périssent :
Nouine laissons pas de prêcher la sagesse parmi les parfaits, Ku reste ce que nous prêchons et ce que les faux sages du siècle traitent de folie, est regardé commQ la seule véritable sagesse par les fidèles. Plusieurs autres interprètes entendent ici par la sagesse, ce qu'il y a de plus profond et de plus caché dans la doctrine évangélique ; et par les parfaits , ceux des chrétiens qui sontasset instruits pour pouvoir entrer dans la connaissance des plus sublimes mystères de la religion. Selon ces interprètes, voici ce que veut dire l'apôtre : IVous ne vous avons fait jusqu^ici que des instructions les plus simples, proportionnées à votre faiblesse; mais quand nous avons affaire à des personnes plus parfaites , nous nous accommodons à leur capacité, et nous savons leur {larler de ce qu'il y a de plus relevé dans le christianisme d'une manière proportionnée au sujet. Une chose peut faire peine dans cette explication , c'est que la sagesse dont parle ici saint Paul , n'est, comme il parait par la suite, que la connaissance du Fils de Dieu fait homme, et attaché à la croix pour le salut des hommes. Or l'apôtre ne pouvait manquer d'annoncer aux moins parfaits d'entre les fidèles , le mystère de l'Incarnation , celui de la mort et de la résurrection de Jésufr^hrbt. Et c'est pour cela qu'il vaut peutêtre mieux s'en tenir au premier sens que l'on a donné. •— Ni des princes de ce monde. Selon plusieurs, les princes de ce monde, principum hujus sœcuti^ se doivent prendre ici pour les démons , dont l'empire était renversé par la prédication de l'Evangile , suivant ces paroles , nunc princeps hujus mundi ejicietur foras. Joan. 12. 31. Selon d'autres, il faut entendre ici les philosophes , les poètes, les orateurs distingués dans le nimde par leur éloquence profane. Ces deux explications ne peuvent guère s'accommoder avec ce qui est dit au verset 8. Sienim cognovissent , numquam Dominum gloriœ ''mcifixissent : Ce qui évidemment se doit entendre des chefs de la nation juive, et de ceux qui contribuèrent le plus à la mort de Jésus-Christ , conformément à ces autres paroles de saint Pierre : Fraires , scio quia per ignoranliam fecislis sicut et principes vettri. Il parait que l'apôtre veut marquer ici les chefs de la nation , lesquels pour s'être rendus indignes d'entrer dans le secret des desseins de la sagesse divine au sujet de Tlncarnation , et de la Rédemption des hommes , commirent un véritable déicide , en faisant mourir Jésus-t^hrist leur Dieu et leur Messie. Si l'on en croit même de savants critiques, ce siècle, sceculi hujus dont saint Paul oppose la sagesse à la foi chrétienne, signifie le temps qui a précédé le règne du Messie, que les docteurs Juifs appelaient he sœculum , pour le distinguer du règne du Messie , qu'ils appellent le siècle à venir, idculum fulurum. Quoi qu'il en soit , il est constant que le dessein de l'apôtre est de niarqner, que le mystère de l'Incarnation et la divinité de Jésus-Christ ont été inconnus anx principaux membres de la synagogue , et que s'ils avaient reconnu le Sauveur pour ie Messie qu'ils attendaient, ils ne t'auraient pas crucifié. Au reste , cette ignorance ne les disculpe pas après tant de preuves que le Sauveur leur avait données de sa divinité.
7. Sed loquimur Bei sapientiam in 7. Mais nous parlons comme d'un m^sroysterio, qus abscondita est, quam tére , de la sagesse divine qui est cachée, prsdestinaTit Deus ante sœcula in et que Dieu avant tous les siècles a destigloriam nostram. née pour notre gloire ;
Nous parlons comme d'un mystère de la sagesse divine qui est caché, Loquimur Dei iefiintiam in mysterio quœ abscondita est. L'expression du texte sacré peut faire rtaitre un double sens. Les uns font rapporter in mysterio à loquimur , supposant que l'apôtre parlait secrètement et en particulier aux parfaits, des mystères les plus relevés. Les autres peut-être avec autant de vraisemblance , font rapporter in mysterio à obseondita : Nous développons ce mystère caché de la sagesse de Dieu , qui avait résolu avant tous les temps de procurer noti« salut par la mort de son Fils incarné et crucifié pour nous , et de nous ouvrir par là le chemin à la gloire.
8. Quam neroo principum hujus 8. Sagesse que nul des princes de ce sccali cognovit : Si enim cognovis- monde n'a connue. Car s'ils l'eussent consent, numquam Dominum gloriœ cru- nue , ils n'auraient pas crucifié le Seigneur cifiiissent. de la gloire.
9. Sed sicut scriptum est : Quod 9. Mais comme il est écrit : Ce que oculus, non vidit, nec auris audivit , l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point
88 I. EPITRE DE S. PAUL kVlL CORINTHIENS.
nec in cor hominis ascendit , qu» prx- entendu , ce qui n'est point venu dans Fes^ paravit Deus iis, qui diligunt illum (1). prit de l'homme , c'est ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.
Comme il est écrit : Ce que Vœil n'a point vu , etc. L'apôtre se contente d'exprimer le Kens du prophète , sans s'assujettir à ses paroles. Ceux qui prétendent que ce que l'œil n'a point tu ni l'oreille entendu, etc. n'est autre chose que la gloire des Bienheureux, paraissent borner trop le sens de saint Paul, et ne pas mettre assez de liaison dans son discours. On ne peut guère douter que ce que l'œil n'a point vu , eic, ue comprenne le my8tère de Tlncarnution , et tout ce qui regarde l'économie de notre salut et de notre sanctification par les mérites d'un Dieu crucifié. Voilà le mystère que l'apôtre dit avoir été inconnu aux sages du siècle, et n'avoir été révélé que par l'Esprit de Dieu. Ces pBTo\e8 quœ prœparavit , efc. , prouvent seulement que l'adoption divine et la gloire éternelle , qui sont les principaux fruits de la Rédemption , ne seront que pour ceux qui aiment Dieu. D'ailleurs, quoique Jésus-Christ soit mort pour le salut éternel de tous les hommes, il s'est offert particulièrement pour les élus; c'est pour eux qu'il s'est sanctifié d'une manière spéciale , ainsi qu'il le déclare lui-même, afin qu'ils soient aussi sanctifiés par la vérité. Joan. 17.19.
10. Nobis autem revelavit Deus per 10. Et c'est ce que Dieu nous a révélé par Spiritum suum : Spiritus enira omnia son Esprit. Car l'Esprit pénètre tout jusscrutatur, etiam profunda Dei. qu'aux secrets de Dieu les plus profonds.
Car VEsprit pénétre tout. Car c'est le Saint-Esprit , qui par le don de la foi nous fait pénétrer et connaître ce qu'il y a de plus caché en Dieu.
11. Quis enim hominum scit qu» 11. Car qui des hommes sait ce qui est sunt hominis , nisi Spiritus hominis , dans l'homme , sinon l'esprit de l'homme qui in ipso est ? Ita et qus Dei sunt , qui est en lui ? De même , personne ne nemo cognovit , nisi Spiritus Dei. connaît ce qui est dans Dieu , sinon l'Esprit de Dieu.
Personne ne connaît Dieu, sinon VEsprit. Il faut sous-entendre , et ceux à qui ce divin Esprit veut bien le révéler^ en leur communiquant le don de la fui.
12. Nos autem non spiritum hujus 12. Pour nous , nous avons reçu , non mundi accepimus , sed Spiritum qui l'esprit de ce monde , mais l'Esprit divin , ex Deo est , ut sciamus qus à Deo afin de connaître les dons que Dieu nous donata sunt nobis : a faits :
Pour nous, nous avons reçu, non VEsprit du monde, etc. Ce n'est pas par les lumières et par la science du siècle, mais par l'Esprit de la foi , que nous connaissons les dons de Dieu , c'est-à-dire le mystère de notre Rédemption par la mort de Jésus-Christ.
13. Quae et loquimur , non in doctis 13. Et c'est de quoi nous parlons , non humanœ sapientis verbis , sed in doc- avec le langage qu'enseigne la sagesse hutrinà Spiritus , spiritualibus spiritua- maine , mais avec celui qu'enseigne l'Eslia comparantes (2). prit ; accommodant les choses spirituelles
aux hommes spirituels.
Accommodant les choses spirituelles aiuc hommes spirituels, Spiritualia spiritualibus comparantes. On a suivi dans la version française l'explication de quelques interprètes, qui supposent que spiritualibus est au masculin , et qu'il se rapporte à hominUms qui doit être sous-entendu. Dans ce sentiment, l'apôtre veut marquer, qu'il ne découvre les mystères de la religion , et qu'il ne parle des choses spirituelles qu'à des hommes spirituels capables d'en connaître l'excellence. Saint Chrysostôme, et après lui plusieurs autres commentateurs, supposant que spiritualibus est au neutre, expliquent cet endroit de cette autre manière qui ne paraît pas moins vraisemblable. L'apôtre après avoir montré qu'il n'y a que l'Esprit de Dieu, qui nous donne l'intelligence des mystères, ajoute que ce n'est aussi qu'avec le langage qu'enseigne l'Esprit do Dieu , qu'il entreprend d'en parler, proportionnant son discours à la matière qu''il traite, spiritualia spiritualibus comparantes, accommodant ce qui est spirituel à des choses spirituelles , c'est-à-dire se servant pour expliquer des choses spirituelles, du même Esprit qui peut seul les faire connaître.
(I) Is. 64. 4. — (2) Pet. 1. 16. -Sup. 1. 17, et 2. 1. 4.