CHAPITRE XII
Quoique le Saint-Esprit ne soit qu'un, ses dons différents sont partagés entre les homoies ; aûn que chacun d'eux s'acqaiite de sa fonction , comme font les membres dans le corps humain , et qne reconnaissant qu'ils ont besoin les nns des antres, ils s'assistent réciproquement. C'est ainsi que Jésus-Christ a réglé dans son Eglise la différence des étals.
1. De spiritualibus autem , nolo vos 1. Pour Ce qui est des dons spirituels , ignorare , fratres. je ne veux pas, mes frères, que vous
soyez sans instruction là-dessus.
Pour ce qui ett det dont tpiriiuelt. Il parait qu'uoe des causes des divisions qui troublaient l'Eglise de Cioriothe , venait de ce qu'ils se préféraient les uns aui autres
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pat irapport aux diÔîérenis dons du Saint-Esprit qu'ils avaient reçus , et particulièrement par rappoK à ces dons qu(d les théologiens appellent grâces gratuites, graliœ gratis datœ y qui sont données en vue du prochain , comme le don de prophétie ^ de la prédication f des langues , des miracles , etc. C'est sur quoi l'apôtre les instruit dans ce chapitre et dans les deux suivants.
2. Scitis quoniàm cùm gentes esse- 2. Vous savez que lorsque vous étiez tiSy ad simulacra muta, prout duce- gentils, vous alliez après les idoles bamini , euutes. muettes , selon qu'on yous faisait aller.
3. Ideô notum vobis facio , quôd 3. C'est pourquoi je vous apprends que nenao in Spiritu Dei loquens , dicit nulle personne qui parle inspirée de i'Ësanathema Jesu. Et nemo potest di- prit de Dieu , ne ait anathème à Jésus, cere , Dominus Jésus , nisi in Spiritu Personne non plus ne peut dire , Jésus est sancto (1). le Seigneur, sans être inspiré de l'Esprit
saint.
2. 3- PeriOHfie ne peut dire, ete^ Cette expression, dieere Dominus Jesu, qui est opposée é ce qui avait précédé, dieere anathema Jesu» signifie reconnaître Jésus-Christ pour le Messie, pour le Sauveur des hommes, et le Seigneur de toutes choses, l'adorer et le servir en cette qualité. •— Vous savez , etc. Avant que d'entrer dans la division des dons du Saint-Esprit, saint Paul déclare d'abord qui sont ceux qui ont l'esprit de Dieu , et qni sont ceux qui ne l'ont pas. Vous savez, leur dit-il , que tandis que vous avez été dans les ténèbres du paganisme, vous vous laissiez conduire comme des aveugles par ceux qni vous menaient aux idoles. Je vous apprends donc que vous n'aviez point alors l'Esprit de Dieu. Ceux qui disent anathème d Jésus-Christ, comme font les idolâtres et comme tous faisiez vous-méfnes autrefois, n'ont point ce divin Esprit. Ceux au contraire qui reconnaissent le Seigneur Jésus, qui professent son nom, comme ils ne peuvent faire cela sans être inspirés de Dieu , ceux-là ont l'Esprit de Dieu. Cette explication ôte la difficulté que trouvent plusieurs interprètes à montrer la liaison de ces deux versets avec la suite du discours.
4. DIvisiones Terô gratiarum sunt, 4. Or , les grAces sont différentes ; mais idem autem spiritus. c'est le même Esprit.
Or îen grâces sont différentes. Or parmi ceux qui reconnaissent le Seigneur Jésus , quoiqu'ils aient tous part à l'inspiration du même Esprit, cependant le partage que Dieu leur fait des dons de cet Esprit saint n'est pas le même pour tous.
5. Et divisiones ministrationum 5. Les ministères sont différents ; mais sunt , idem autem Dominus. c'est le même Seigneur.
6. Et divisiones oçerationnm sunt , 6. Les opérations sont différentes ; mais idem verô Dcus , qui operatur omnia c'est le même Dieu , qui opère toutes in omnibus. choses en tous.
5. ^, Les ministères sont différents.,.Les opérations sont différentes. Par les ministères on peut entendre les fonctions et les emplois différents auxquels chacun est destiné dana l'Eglise de Jésufi-Christ ; par les opérations , le pouvoir d'opérer en diverses manières des choses miraculeuses. Cependant quelques-uns ne distinguent point ici les ministères des opérations, ni les ministères et les opérations des dons du Saint-Esprit en général.
7. Unicuique autem datur manifes- 7. Or, c'est pour un bien que le don visitatio Spiritus ad utilitatem. ble de l'Esprit s'accorde à un chacun.
Cesl pour un bien. Pour l'utilité et l'avantage des autres.
8. Alii quidem per Spiritum datur 8. Car l'Esprit accorde à l'un de parler serroo sapientiœ : alii autem sermo le langage de la sagesse : et le même Esscientiœ sscundCim eumdem Spiri- prit accorde à l'autre de parler le langage tum ; « de la science ;
Dieu accorde à Vun , etc. Parler le langage de la sagesse , c'est , selon l'explication la plus commune , avoir le don de parler des choses de la religion les plus relevées d'une manière sublime et profonde. Parler te langage de la science, c'est expliquer les mystères du christianisme d'une manière plausible, les développer et les établir par des
(1) Marc. 9, 38.
ISO I. EPITRE DE S. PAUL kVX CORIIYTHIENS.
compnraisons et des arfçnments tirés des scicnoes humaines. D'autres entendent simplement par sermo sapientiœ, le don de parler avec sagesse et discrétion, par sermu sdentiœ le don de parler savamment et éloquemment.
9. Aheri fîdes in eodem Spirltu : 9. A un autre le même Esprit lui donne alli gratia sanitatum in uno Spirltu ; la foi : et le même Esprit donne à un autre
la grâce des guérisons ;
Lui donne la foi. La foi dont il est ici question, ce n*est pas cette vertu théologale par luquelle nous croyons ce que Dieu a révélé. Cette vertu est commune à tous les chrétiens. Par le don de la foi, Tapôtro entend une ferme confiance en Dieu, par laquelle on se tient assuré qu'il ne nous refusera point dans le besoin son assistance pour opérer les choses les plus merveilleuses.
10. Alii operalio virtutum , alii 10- A un autre le pouvoir d'opérer des prophetia , alii discretio spirituum , miracles, à un autre le talent de prophète, alii gênera linguarum , alii interpre- à un autre le discernement des esprits , tatio sermonum* à un autre le don des langues , à un autre
celui d'interpréter.
Le talent de prophète, Prophetia en cet endroit et dans les deux chapitres suivants signifie le don de prêcher la parole de Dieu, et d'expliquer au peuple l'Ecriture, et surtout les oracles des firophètes. Le discernement des esprits marque le don de distinguer les inspirations divines d'avec les illusions du malin esprit. Le don d'interpréter, c'e^'t le don de rendre le sens des paroles de TEcriture. On lit dans le texte grec, tnferprefatix) linguarum, le don d'interpréter et d'expliquer en une langue connue ce qui a été prononcé en une langue étrangère.
11. H»c autem omnia operatur 11. Or, le même Esprit opère toutes ces unus atque idem Spiritus , dividens choses , partageant chacun comme il lui singulis prout vult (1). plaît.
12. Sicut enim corpus unumest, et 12. Car ainsi qu'un seul corps a plumembra habet multa , omnia autem sieurs membres, et que tous les membres membra corporis ciim sint multa , du corps étant plusieurs , sont néanmoins unum tamen corpus sunt : ita et un seul corps; c'est la même chose de Christus. Jésus-Christ.
C. 8t la même chose de Jésus-Christ. Il en est de même du corps mystique de Jésus- Christ, c'est-à-dire, de TEgliise et des différents membres qui la composent.
13. Etenim in uno Splritu omnes 13. En effet, c'est par un même Esprit nos in unum corpus baptizati sumus, que nous avons tous été baptisés , pour sive Judffii , sive gentiles , sive servi , être un même corps ; soit Juifs ou gensive liberi : et omnes in uno Spiritu tils, soit esclaves ou personnes libres : et potati sumus. nous avons tous été comme abreuvés du
même Esprit.
yous avons tous été comme abreuvés du même Esprit. C'est une expression métaphorique pour marquer l'infusion de la grftce sanctifiante dans le baptême. Quelque»-ans croient que saint Paul a voulu parler du breuvage du sang de Jésus<Christ dans l'Eucharistie ; mais cette explication est moins naturelle.
14. Nam et corpus non est unum 11. Aussi , le corps ce n'est pas un seul membrum , sed multa. membre , mais c'en est plusieurs.
15. Si dixerit pes : quoniàm non 15. Si le nied venait à dire : comme je sum ihamis ^ non sum de corpore ; ne suis pas la main , je ne suis point du num ideô noii est de corpore ? corps ; est-ce que pour cela il n'est point
du corps ?
16. Et si dixerit auris : quoniàm 16. Et si l'oreille venait à dire : comme non sum oculus, non sum de cor- je ne suis pas l'oeil, je ne suis pas du pore ; num ideô non est de corpore ? corps ; est-ce que pour cela elle n'est pas
du corps ?
(l)Rom. 12.3. 6. -Eph. 4. 7.