CHAPITRE XV
Il enseigne que Jésos-Christ est ressuscité , qu'il a apparu à plusieurs , et enfin à Paul luinéme qui se dit le plus petit des apôtres. Il établit ici notre résurrection , Tordre et la manière dont elle se fera , et les différents degrés de gloire de ceux qui ressusciteront , non-seulement par rapport à Tàme , mais aussi par rapport au corps. Que la mort sera yaincue et anéantie à la résurrection.
1. NoruM autem vobisfacio, fratres, i. Or, mes frères , je vais vous remettre Evang^elium , quod prjedicavi vobis , devant les yeux l'Evangile que je vous ai quod et accepistis , in quo et statis (1) ^ prêché , que vous avez reçu , dans lequel
vous vous maintenez ,
L'Evangile. Un des points capitaux et des plus importants de l'Evangile. Parmi le» chrétiens de Gorinthe, il y en avait qui n'avaient pas des sentiments assez orthodoxes touchant la résurrection. Cet article étant comme le fondement de tout lechristionisme, saint Paul s'applique à en établir la vérité dans ce chapitre par toute sorte de raisons*
2. Per quod et salvamini : Quâ ra- 2. Et par lequel vous êtes sauvés : Si tione praedicaverim vobis , si tenetis , vous vous souvenez de quelle manière je nisi frustra credidistis. vous ai prêché, à moins que vous n'ayez
cru en vain.
3. Tradidi enlm vobis in primis, 3. Car je vous ai appris avant toutes qood et accepi : Quoniàm Cbristus choses , ce qui m'a été enseigné à moiiDortuus est pro peccatis nostris secun- même ; que Jésus-Christ est mort pour dum Script uras (2) ; nos péchés , conformément aux Ecritures,
4. Et ^uia sepultus est , et quia 4. Et qu'il a été enseveli : qu'il est res* resurrexit tcrliâ die secundum Scrip- suscité le troisième jour conformément tu ras (3) : aux Ecritures :
5. Et quia visusest Cephae, et post 5. Qu'il a apparu ensuite à Céphas, et hoc undecim (4) : après aux onze :
A Céphas, A Pierre , apparuit Simoni, Luc. 24. 34. Et après aux onze. On lit dans le texte grec , aux douze. S'il n'y a point de faute dans ce texte, on doit dire que le mot de dauze est mis pour marquer le collège des douze apôtres ; quoiqu'au temps de l'apparition , et depuis la mort de Judas , leur nombre fût réduit à onze.
6. Deindé visus est plus quàm 6. Qu'il a apparu depuis à plus de cinq quingentis fratribus simul : Ex qui- cents frères en même temps , dont plubus multi manent usque adhuc, qui- sieurs sont encore au monde, et queldam autem dormierunt : ques-uns sont morts :
7. Deindè visus est Jacobo, deindè 7. Qu'après cela il a apparu à Jacques, apostolis omnibus : puis à tous les apôtres :
Il a apparu à Jacques, Il n'est point parlé ailleurs de cette apparition , non plus que d^ la précédente. Le Jacques dont il est ici fait mention, c'est vraisemblablement Jacques surnommé le mineur, et le frère du Seigneur, fils de Cléuphas et de Marie, et évêque de Jérusalem. Saint Paul ajoute que Jésus-Christ se fît voir ensuite à tous les apôtres ; et sous le nom à'apôlres , il semble qu'on doit comprendre tous les disciples , qui se trouvèrent sur la montagne des Oliviers , lorsque le Sauveur monta au ciel.
8. Novissimè autem omnium tan- 8. Qu'enfîn en dernier lieu il m'a aussi quàm abortivo, visus est et mihi (5). apparu, à moi qui ne suis qu'un avorton.
(i)Gal. l. 11. — (2)ls.53. 5.--(3) Jon.2. 1. — (4) Joan. 20. 19. — (5) Vct, 9.5,
142 I. fiPITRG DE S. PÂUt AUX COBIlKTIIIËItS.
Qui ne suis qu'un avorton. L'apôtre veut marquer par là qu'en égard à sa naissance au christianisme et à sa vocation à l'apostolat, il ne doit être regardé par rapport aux autres apôtres , que comme on regarderait par rapport aux enfants ordinaires, un avorton venu au monde avec peine, avant que d'avoir pu recevoir la nourriture et la forme convenable.
9. Ego enim sum minirous aposto- 9. Car je suis 1c moindre des apôtres , lorum, qui non sum dignus vocari qui ne mérite nas le nom d'Apôtre , ayant apostoins, quoniàm persecutus sum persécuté l'Eglise de Dieu.
Kcclesiam Dei (1).
10. Gratià autem Dei sum id , quod 10. Mais ce que je suis je le suis par la sum , et gratia ejus in me vacua non grâce de Dieu : Et la grâce qu'il m'a faite , fuit ; n'a point été sans effet ;
Sed abundanliùs illis omnibus la- Mais j'ai plus travaillé qu'eux tous :
boravi : Non ego autem , sed gratia Non pas moi néanmoins, mais la grâce de
Dei mecum. Dieu avec moi.
11. Sive enim ego, sive illi; sic 11. Car que ce soit moi , ou que ce soit praidicamus, et sic credidistis. eux : C'est là ce que nous prêchons, et
c'est là ce que vous avez cru.
10. 11. Non pas moi néanmoins , mais la grâce de Dieu avec moi. Ces paroles ne signifiant pas, dit saint Augustin , que l'apôtre n'ait fait aucun bien; mais fseulemeut qu'il n'eût point agi , si la grâce ne l'eût aidé. Non quia nihilboni agehat, sed quia non ageret, si gratia non adjuvaret. Telle est donc , selon l'apôtre , la nature de la grâce avec laquelle nous agissons. Quoiqu'elle soit la cause principale de notre bonne œuvre, elle n'en est pas la cause unique : loin d'exclure la libre coopération de notre volonté, elle la suppose au contraire. Le texte grec ordinaire ne présente point un sens différent de la Vulgate : oux iyù Si olW ^ X^pt-i toO dsou h 9uv lixol^ non ego, sed gratia Dei quœ mecum, où il faut sous-entendre /a&ora< ou o/)<!ra(ur. — Mais ce que je suis, etc. C'est comme s'il disait : Quelque indigne que je sois de l'apostolat, et quoique je sois le moindre des apôtres, si l'on considère le commencement de ma vocation et le temps qui l'a précédé ; cependant je puis dire qu'avec le secours de la grâce , j'ai plus travaillé qu'eux tous. Mais enfin , qu'il en soit ce qu'on voudra d'eux ou de moi , nous ne vous avons tous enseigné que la même chose. Ce que je vous ai proposé à croire touchant la résurrection de Jésus-Christ , c'est ce qu'ils prêchent eux-mêmes , et ce que tout autre que moi vous aurait prêché. Quand saint Paul dit qu'il a plus travaillé que tous les apôtres , cela se doit entendre de chacun des apôtres en particulier , et non de tous en général.
12. Si autem Christus prsdicalur 12. Or, si l'on prêche que Jésus-Christ quôd resurrexit à mortuis , quomodô est ressuscité , comment quelques-uns quidam dicunt in vobis, quoniàm re- disent-ils parmi vous qu'il n'y a point de surrectio mortuorum non est? résurrection ?
13. Si autem resurrectio mortuo- 13. Mais s'il n'y a point de résorrccrum non est : Neque Christus resur- tion , Jésus-Christ même n'est pas resrexit. suscité.
14. Si autem Christus non resur- 14. Que si Jésus-Christ n'est pas resrexit . inanis est ergo prœdicatio nos- suscité , c'est donc en vain que nous prétra , inanis est et fîdes vestra. chons , et c'est aussi en vain que vous
croyez.
15. Invenimur autem et faisi testes 15. II se trouve même qu'étant les té- Dei : Quoniàm testimonium diximus moins de Dieu , nous sommes de faux adversus Deum , quôd suscitaverit témoins : Puisque c'est contre Dieu que Christum , quem non suscitavit , si nous avons rendu témoignage qu'il a resmortui non resurgunt. suscitéJésus-Christ, lequel il n'a point ressuscité , si les morts ne ressuscitent point.
16. Nam si mortui non resurgunt , 16. Car si les morts ne ressuscitent neque Christus resurrexit. point , Jésus-Christ n'est poini non plus
ressuscité.
17. Quôd si Christus non resur- 17. Et si Jésus-Christ n'est point resrexit, vana est fîdes vestra; adhuc suscité, c'est en vainque vous croyez : enim estis in peccatis vestris. car vous êtes encore dans le péché.
(1) Eph. 3. 8.
cn^riTRE XT. 143
Si Jésus-Christ n'est point ressuscité, e*est en vain que vous eroyex. Saint Paul en rend la raison dans son épitre aux Romains, ch. 4. ▼. 25, lorsqu'il dit que Jésus-Christ est ressuscité pour notre justification. En effet, c'est par sa résurrection glorieuse qu'il a mis le sceau à l'ouvrage de notre sanctification. Sa mort ne sera point le principe ni le modèle de notre mort spirituelle au péché , si sa résurrection n'est pas le principe et le modèle de notre résurrection spirituelle à la vie de la grâce : l'un est inséparable de l'autre.
18. Ergo et qui dormierunt in IS. Et ainsi ceux qui sont morts en Chrlsto , perieruDt. Jésus-Christ , ceux-là môme sont perdus.
Ceux qui sont morts en Jésus-Christ. Ceux qui sont naorts ayant la foi en Jésus^ Qirisl, ou qui ont donné leur vie pour la défense du christianisme.
19. Si in bâc vitâ tanlùm in Christo 19. Si l'espérance que nous avons en sperantes sumus, miserabiliores su- Jésus-Christ se borne toute à cette vie, mus omnibus homiuibus. de tous les hommes nous sommes les plus
malheureux.
Noussomtnes les plus malheureux, Puisqu'après nous êtres privés pendant cette vie (ie tous les plaisirs , et n'avoir eu pour partage que les peines et les afflictions, nous n'aurions aucune espérance d'être récouipensés après la mort. Il faut remarquer que plusieurs de ceux qui niaient la résurrection des curps, uiuicnt aussi l'immortalité de l'âme. Tels étaient, par exemple, les sadducéens, qui conséquemment ne laissaient aucune espérance d'un bonheur futur, soit pour le corps soit pour l'âme. D'ailleurs, dans les principes de la foi , selon lesquels saint Paul parle ici , l'espérance d'un bonheur dans l'autre vie , soit pour le corps soit pour l'âme, étant uniquement fondée sur la résurrection de Jésus-Christ , qui doit être le modèle de la nôtre; s'il n'y a point do résurrection, il s'ensuit que notre espérance est vaine en toute manière.
20. Nunc autem Christus resurrexit 20. Mais, au contraire, Jésus-Christ à niortuis primitif dormientium. est ressuscité, et il est les prémices des
morts.
Il est les prémices des morts. C'est le premier de tous les justes morts dans la grâce de Dieu, qui soit ressuscité à une vie glorieuse et immortelle. C'est ce fruit nouveau présenté au Seigneur, et par l'oblation duquel toute la moisson e^t sanctifiée. C'est ce graio mystérieux de froment , qui après être sorti du sein de la terre où on l'avait jeté, devient le principe d'une infinité d'autres grains semblables. Dans tout ce chapitre l'apôtre ne fait proprement mention que de la résurrection des justes : celle des impies est ici comptée pour rien , comme n'ayant aucun rapport à la résurrection de Jésus-Chri»t.
21. Quoniàm quidem per hominem 21. Car c'est par un homme que la mort mors, et per hominem resurrectio est venue ; c'est aussi par un homme que moriuorum (1). vient la résurreclion.
22. Et sicut in Adam omnes mo- 22. Et comme tous meurent par Adam, riuntur, ita et in Christo omnes de même tous recouvreront la vie par >ivi6cabuntur. Jésus-Christ.
23. Unusquisqoe autem in suo or- 23. Mais chacune son rang : Jésusdine, primitif Chrislus : deinde ii, Christ le premier; ensuite ceux qui appar- (jui sunt Christi , qui in adventu ejus tiennent à Jésus-Christ, lesquels ont cru crediderunt (2). qu'il était venu ;
Chacun à son rang. Cela ne veut pas dire que les justes ressusciteront à différenls temps, mais seulement que la résurrection du chef a dû précéder celle des menibres. l'apôtre fait allusion â ce qui se pratiquait sous la loi. On offrait d'abord à Dieu une Rerbe de la nouvelle moisson : ensuite on laissait mûrir le reste jusqu'au temps de l'entière récolte. Ainsi Jésus-Christ est allé d'abord prendre po^essiun du ciel ; et tous lc&jus;es ressusciteront ensemble au temps marqué pour s'aller joindre à lui.
24. Deiodè finis : ciim tradiderit 24. El la fin après : lorsqu'il aura rercgnum Deo , et Patri , ciim évacua- mis le royaume entre les mains de Dieu veritomnem principatum et potesta- son Père, qu'il aura anéanti toute domilem, et virlutem. nation , toute puissance , toute autorité.
{^)Ui>u». 1. 18. - 4poc. l. 5. — (2) l Thesf.4. 15.
25. Oportet autem illura regaare, 25. II faut au reste qu'il règne jusqu'à douée ponat omnes inimicos sub pe- ce que Dieu lui mette tous ses euiieinis dibus ejus (1). sous les pieds.
// faai qu'il règne jusqu'à ce que, etc. Le règne de Jésus-Christ pris pour Tadministration et le gouvernement de l'Eglise militante, ne durera que jusqu'à la fin du monde : mais ce règne ne finira que pour être suivi d'un autre plus durable ei plus tranquille sur l'Eglise triomphante, dont Jésus-Christ ne cessera jamais d'être le chef. El regni ejus non erit finis,
26. Novissima autem inimica des- 26. El la mort est la dernière ennemie truetur mors. qui sera détruite.
Omnia enim subjecit sub pedibus Car il lui a tout mis sous les pieds. Or,
ejus. Cùm autem dicat (2) : quand il dit :
27. Omnia subjecta sunt ei : sine 27. Toutes choses lui ont été assujetties; dubio praeter eum , qui subjecit ei sans doute c'est en exceptant celui qui lui omnia. a assujetti toutes choses.
28. Cùm autem subjecta fuerint illi 28. Mais quand toutes choses lui seront omnia, tune et ipseFilius subjectus assujetties, alors le Fils sera aussi luierit ei , qui subjecit sibi omnia , ut sit même assujetti à celui qui lui a assujetti Deus omnia in omnibus. toutes choses , afin que Dieu soit toutes
choses en tous.
24. 25. 26. 27. et 28. Pour l'intelligence de ces cinq versets , et pour entrer dans la pensée de l'apôtre , il faut se souvenir de ce que dit Jésus-Christ lui-même dans l'Evangile, l'orsqu'il se compare à un prince, qui est allé prendre possession d'un royaume éloigné, et qui ensuite s'en retourne chez lui. Ce royaume c'est l'Eglise que Jésus-Christ a acquise au prix de son sang Quoiqu'il s'en soit rais en possession avant que de monter au ciel, ses ennemis et ceux de son peuple, tout vaincus qu'ils sont, ne laissent pas de se soulever encore et de se révolter. C'est pourquoi l'Eglise n'est icibas que dans l'état d'Eglise militante. Il reste encore des combats à donner et des victoires à remporter , pour que le triomphe soit complot : c'est-à-dire pour qu'on voie cesser entièrement ces restes de tyrannie , que le péché, le démon , la mort , les ennemis du nom chrétien exercent encore dans l'Eglise. C'est-à Jésus-Christ qui a fait Pauquisition de ce royaume , à le conserver , à le défendre et à le gouverner , jusqu'à ce qu'il ait entièrement détruit toute puissance rebelle , et mis son Eglise dans une tranquillité parfaite. C'est ce qu'on verra exécuté à la fin du monde. Quand Jésus-Christ aura missnus ses pieds tout ce qui s'opposait à ses volontés, il triomphera de la mort comme du dernier ennemi qui lui restait à vaincre, par la résurrection glorieuse des élus. Alors l'Eglise passant à l'état d'Eglise triomphante , n'ayant plus rien à craindre, elle n'aura plus besoin de défenseur. Jésus-Christ la présentera alors à son Père comme une conquête qu'il lui a faite. Et ayant exécuté tout ce qui regarde son emploi de Messie , tous les membresétantparfaitementunisà leur chef, il demeurera lui-même en tant qu'homme soumis à Dieu pendant toule l'éternité ; afin que la divinité règne seule à jamais , et que tous les justes régnent en elle et par elle.
29. Alioquin quid facient qui bap> 29. Autrement , que sera-ce de ceux qui tizantur pro mortuis , si omninô reçoivent un baptême pour les morts , si mortui non resurgunt ? ut quid et les mcu'ts ne ressuscitent point ? A quoi baptizantur pro illis ? ' bon même recevoir un baptême pour les
morts ?
Que sera-ce de ceux qui reçoivent un haplême pour les morts ? Il n'y a guère de passages dans l'Ecriture qui aient donné plus d'exercice que celui-ci aux commentateurs. Oïl pourrait rapporter plus de vingt explicationsdifférentes qu'on en a données. Conioie il ne nous est pas possible d'entrer dans un si long détail, nous nous contenterons d'ex* poser le sentiment qui nous a paru le plus vraisemblable, Nous croyons donc que le moi de baptême t baptizarij et celui de morts, pro mortuis f se doivent prendre ici comme en plusieurs autres endroits de l'Ecriture dans un sens métaphorique. Le premier pour signifier les peines, les dangers, les persécutions qu'ont à essuyer ceux (fui travaillent à la propagation de l'Evangile : Potestis haptismuquo ego baptizor , baptisari. Marc, 10. 39. etc. Et le second pour marquer l'état où se trouvent les infidèles , qui est
(I) Ps. 109. - Ileb. 1. 13. et 10. 13. — ^2) Ps. 8. 8. - lleb. 2. 8.