CHAPITRE III
iapitre n'a pas besoin de la recommandation des hommes , étant assez recommandable par le fruit de son discours ; parce qa'oo doit beaucoup plus honorer les ministres du nouveau Testameul et du nouvel Esprit que ceux de Tancieu et de la lettre. Que les Juifs eu lisant les écritures , avaient encore sur Tesprit un voile, qui n'est levé que par la foi en Jésus- Christ.
1- Incipimus autem nosmetipsos 1. Est-ce que nous recommençons à commendare? aut numquid egemus nous faire valoir? ou avons-nous besoin , ( sicut quidam ) commendatitiis épis- comme quelques-uns, de lettres de recomlolis ad vos , aut ex vobis. mandation auprès de vous ou de votre
part 7
160 II. EPITRE DE S. PAVL AUX CORIlVTIIIEnS.
Eit-^e que nom recommençom. Ceci a rapport à co que saint Paul venait de dire de l'excellence de son ministère , dont il continue de relever le prix par la comparaison qu'il fait de la loi ancienne a\eo la nouvelle.
2. Epistola nostra vos estis, scrîpta 2. Vous êtes vous-mêmes DOtre lettre in cordibus nostris , quee scitur et écrite dans nos cœurs » dont tous les legitur ab omnibus hominibus ; bommes ont connaissance, et qu'ils lisent
tous;
Vous êtes vous-mêmes notre lettre. Bien loin que je doive mendier des suffrages étrangers, pour justiiier mon aportoUt, je n'ai qu'à vous montrer vous-mêmes, pour faire mon apologie. Vous êtes pour moi une lettre de recommandation ; mais une lettre vivante que je porte gravée dans le cœur , et qui fait foi à tout le monde de mes traxaiix et des succès de ma mission. Il suffit pour ma gloire qu'on voie l'état florissant où le christianisme est parmi vous, et qu'on sache que c'est oioi qui ai été votre apôtre.
3. Manifestât! quôd epistola estis 3. Etant manifeste que vous êtes la Christi , ministrata à nobis et scripta lettre de Jésus-Christ écrite par notre minon atramento , sed spiritu Dei vivi : nistère, non avec de l'encre, mais avec non in tabulis lapideiS; sed in tabulis l'esprit du Dieu vivant : non sur des tables cordis camalibus. de pierre, mais dans vos cœurs, comme
sur des tables de chair.
Etant manifeste t etc. Les lettres de recommandation ordinaires s'écrivent avec de t'citcre ; la loi ancienne fut écrite sur des tables de pierre : saiiit Paul fait ici allusion à ces deux choses. Ma gloire , dit-il aux Corinthiens , c'est que Uieu se soit servi de mon ministère pour écrire la loi évangélique, non sur des tables insensibles , mais darta vos cœurs rendus dociles et flexibles par sa grâce , pour l'écrire, non avec de l'encre, mais par la vertu et i'iufusioa du Saiut-Ësprit.
4. Fidueiamautemtalemhabemus, 4. Or, nous sommes assurés de cela per Christum ad Deum : devant Dieu par Jésus-Christ :
Or nous sommes assurés de cela. Fiduciam autem talem habemus per Christum ad Deum. L'est-à-diie c'e&t par Jésus-Christ que nous avons C/ette confiance en Bieu , et cette assurance qui nous fait parler ainsi ava:jtageusement de notre ministère.
5. Non quôd sufiicieutes si mus 5. Non que de nous-mêmes nous soyons cogitare aliquid k nobis , quasi ex capables de concevoir quelque chose nobis : sed sufficientia nostra ex Deo comme de nous-mêmes : mais si nous en est : sommes capables , cela vient de Dieu ,
Non que de nous-mêmes , etc. Ce que dit ici l'apôtre , se doit entendre des choses qui regardent le saint éternel , honum aliquod ad salutem pertinens vilœ œtertiœ, ainsi que s'exprime le second concile d'Orange : et dans ce sens il est de foi , non-seulement que nous ne pouvons exécuter aucun bien , mais que nous ne sommes pas même capables d'en former le dessein sans la grâce divine.
6. Qui et idoneos nos fecit minis- 6. Qui nous a rendu propres au mioistros novi lestamenti , non litterè , sed tère de la nouvelle alliance, non par la Spiritu : littera enim occidit , Spiritus lettre , mais par l'esprit : car la lettre tue , autera vivificat. et l'esprit vivifie.
Non par la lettre , mais par l'esprit. C'e&t>à-dire cette nouvelle alliance dont notts sommes les mini<itres, ne consiste pas â nous donner une loi écrite semblable à celle de Moïse; elle nous donne le Saint-Esprit. La lettre tue , c'est-â-dire , la loi de Moïse causait la mort ; et cela en deux manières : parce que c'était une loi de rigueur qui punissait de mort les moindres transgressions; et parce que le joug qu'elle imposait, étant extrAmcraent pesant, elle donnait occasion à une infinité de péchés qui causaient la mort de l'âme. L'esprit au contraire vivifie^ c'est-à-dire que la lui de Jésus-Christ est une loi d'amour et de douceur, qui a la force de communiquer par elle-même la grâce du Saint-Esprit , en quoi consiste la vie de l'âme. Les autres explications qu'on donne quelquefois de ces paroles, Littera occidit, spiritus autem vivificat, ne sont pas des ezpli* cations littérales.
7. Qu6d si ministratio mortis lit- 7. Que si ce qui était écrit sur la pierre, teris deformala in lapidibus, fuit in étant un ministère de mort, a été si plein
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vloriâ , ita ut non possent inteDdere de gloire , que les enfants d'Israël ne poufilii Israël in faciem Moysi , propter yaient arrêter les yeux sur le visage de gloriam vultùs ejus , qu» evacuatur ; Moïse , à cause de la clarté de son visage ,
laquelle néanmoins devait passer ;
8. Quoniodô non magis ministratio 8. Comment le ministère de l'Esprit ne Spirllûs erit in glorià ? sera-t-il pas plus plein de gloire ?
7. 8. Etant un minitlère de mort. De ce que la loi de grâce est ai fort au-dessus de la loi ancienne j saint Paul en conclut que l'emploi d'apôtre et de prédicateur de l'Evangile doit être plus glorieux que celui dont Moïse fut chargé. Si la commission que reçiit Moïse de promulguer la loi ancienne, cette loi de mort écrite seulement sur la pierre, fut cependant si glorieuse pour lui , ti ministratio mortis fuit in glorià; combien plus glorieuse doit être la commission dont sont chargés les apôtres et les ministres de TÈvangile, de promulguer la loi nouvelle, cette loi qui a la force de communiquer l'Esprit saint. Quomodà non magit ministratio tpiritût erit in glorià ?
9. Nam si ministratio damnationis 9. En effet, si un ministère qui congloria est, multô magis abundat mi- damne, est quelque chose de glorieux, à nisterium justitiœ in glorià. plus forte raison le ministère qui justifie
est-il plein de gloire.
Si un ministère qui condamne , etc. Si la promulgation d'une loi qui est une occasion de péché et de condamnation pour les transgresseurs , n'a pas laissé d'être glorieuse pour Hoïse; combien plus la promulgation d'une loi qui donne la grâce sanctifiante, doit-elle être glorieuse pour les apôtres ?
10. Nam nec glorificatum est, quod 10. Aussi , ce qu'il y a eu d'éclatant de claruit in hâc parte , propter excellen- ce côté-là , n'a pas même été glorieux , eu tem gloriam. égard à une gloire plus excellente.
Aussi ee qu'il y a eu d'éclatant, ete. C'est-à-dire la gloire qu'a eue Moïse pour avoir publié la loi écrite, n'est rien en comparaison de la gloire qu'ont les apôtres d'être les prédicateurs de l'Evangile.
11. Si enfin qaod evacuatur, per 11. Car si ce qui passe est plein de gloriam est : multô magis quod ma- gloire : à plus forte raison ce qui subsiste net, in glorià est. est-il plein de gloire.
Si ee qui passe , etc. Saint Paul menait de remarquer que l'éclat qui sortait du visage de Moïse devait passer. Cet éclat passager était une marque que la loi ancienne elieméme devait être un jour abrogée ; an lieu que la loi nouvelle a été donnée pour toujours. L'apôtre tire de lé une nouvelle raison de préférer le ministère évangélique à celui de BAoïse.
12. Habentes igitur talem spem, 12. Ayant donc une espérance comme multà fiducie utimur : celle-là , nous agissons avec toute liberté ;
Ayant donc une telle espérance. L'espérance que Dieu soutiendra l'honneur de notre ministère , qu'il le rendra plein de gloire.
13. Et non sicut Moyses ponebat 13. El non pas comme Moïse qui se yelamen super faciem suam , ut non couvrait le visage d'un voile , afin que les inteDderent fîlii Israël in faciem ejus, enfants d'Israël ne vissent pas la clarté quod evacuatur (1). passagère de son visage.
Non pas comme Moise, etc, Nous prêcbons les mystères de la loi nouvelle clairement et comme a visage découvert, et non pas , etc. Saint Paul explique ici dans le sens Biystiqoe ce qui arriva à Moïse , lorsque descendant de la montagne où il avait reçu la loi , il fut obligé de se couvrir le visage d'un voile ; parce que Tes Israélites ne pouvaient soutenir l'éclat qui en sortait. Ce voile signifiait que la loi donnée par Moïse n'était que la figure de celle qui devait être donnée par Jésus-Christ , représenté luimême par Moïse. Au lieu de ces paroles de la Vulgate , ut non intenderent in faciem 'jutf quod evetcuatur, on lit dans le grec ordinaire , ut non intenderent in finem ejus , quod evacuatur , eiç ro riXoç roû xarapyou/Aevou. C'est-à-dire , selon quelques-uns ,
(l) Exod. 34. 33.
162 II. EPITRE DE &. PAVL AtfX CORINTHIETTS.
que le voile de Moïse marquait que lei Juifs ne pénétraient pas quelle était la fin et le but véritable de cette loi qui devait être abrogée. Mais peut-être le texte grec est-U altéré : du nwins est-il certain que le sens de la Vulgate est plus net et plus conforme à ce qui a été dit au verset 7.
14. Sed obtusi sunt sensus eorum. 14. Mais leur esprit est devenu comme Usque in hodiernum enim diem, idip- stupide. Aussi jusqu'aujourd'hui , dans sum velamen in lectione veteris Testa* la lecture de l'ancien Testament , ce même menti manet non revelatum, (quoniàm voile n'a point été levé : car c'est par in Cbrislo CTacuatur). Jésus-€hrist qu'il disparait ;
Ce même voile n'a point été levé. Ils n^ont point connu les mystères de la loi nouvelle cachés sous les figures de l'ancienne loi. Ce n'est que par Jésus-Christ et en croyant eu lui , qu'on parvient à cette connaissance, et ils s'obstinent à le méconnaître.
15. Sed usquœ in hodiernum dicm , 15. Et jusqu'aujourd'hui , lorsqu'on lit cùro legitur Moyses, velamen posi- Moïse, ils ont wâ voile sur les yeux de lum est super cor eorum. l'esprit.
16. Cùm autem couversus fuerit ad 16. Mais quand ce peuple sera converti Dominum , auferetur velamen. au Seigneur, le voile s'ôtera.
Quand ce peuple sera eowcerii. 11 n'est guèie vraisemblable que l'apôtre veuille ici parler , aiissi que quelques-uns le croient, de la conversion de toute la nation juive , qui se doit faire A la fin du monde. Il veut seulement marquer qu'il n'y a que la foi eu Jésus-Christ et la conversion au christianisme, qui puissent lever ce voile que les Juifs incrédules portent sur le cœur.
17. Dominus autem spiritus est : 17. Or le Seigneur est esprit : et oii est ubi autem Spirrtus Domini, ibi li- l'Esprit du Seigneur, là est la liberté* berlas (1).
Le Seigneur ett egprii. Dominus autem spiritus est. Ces paroles sont expliquées diversement. Quelques-uns prenant le mot spiritus , non pour un nom personnel , mais pour un attribut de la divinité , traduisent ainsi : Le Seigneur Jésus étant Dieu , est esprit; et là où est l'esprit du Seigneur, comme dans la loi de grâce et dans ceux qui la pratiquent , là est la liberté. Ainsi l'apôtre oppose la lettre qui tue , c'est-à-dire, le pesant joug de la loi ancienne et les figures des cérémonies légales , à l'esprit qui vivifie , c'està-dire, à la loi spirituelle de l'Evangile. Selon les Pères grecs et plusieurs autres interprètes, le mot Spiritus se doit prendre personnellement pour la troisième personne de la sainte Trinité. Spiritus est le sujet de la proposition , et Doïninus en est l'attribut. Spiritus Dominus est : le Saint-Efiprit est le maître et le Seigneur. Comme il est TËsprit de Dieu , et Dieu lui-même , là où il se trouve , là se trouve aussi la liberté. Ce passage ainsi expliqué fournissait aux Pères une preuve delà divinité du Saint-Esprit. Voyez là-dessus Estius et Coi-r:eille de la Pierre.
18. Nos verô omnes revelatà facie 18. Pour nous qui n'avons point de gloriam Domini spéculantes , in eam- voile sur le \isage , et qui voyons tous la dem imaginem transformamur àclari- gloire du Seigneur comme dans un miroir, taie in claritatem,tamquàm à Domini nous sommes transformés en la même Spiritu. Image , passant de clarté en clarté , comme
par l'Esprit du Seigneur.
Pour nous, etc. Pour nous, nous voyons à découvert la gloire du Seigneur, c'est-àdire la vérité et la réalité des mystères que les Juifs ne voyaient qu'en figure et d'une manière obscure, représentée par le voile qui couvrait le visage de Moïse. Et cette lumière que nous contemplons, rejaillissant jusque sur nous, nous sommes transformes par la vertu de l'esprit du Seigneur en des hommes spirituels, et nous participons de plus en plus à la lumière divine , jusqu'à ce que nous devenions une image parfaite du Seigneur. Les interprèles remarquent que , dans ces paroles , tanquàm à spiritu Domini, les mots, tanquàm , comme, ne marquent pas similitude ou comparaison; mais qnMis on! la force d'affirmation. C'est comme s'il y avait, scilicet à Spiritu Domini, et cela par la vertu de l'esprit du Seigneur.
Il) Joan. 4. 24.
CRAPITRC IT. 163