‹ Le Nouveau TestamentChapitre 23 sur 90 · ὍΘ RTC · texte numérisé non relu

ὍΘ RTC

et en gagna cinq autres. De même celui qui en avait deux en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’uv, alla faire un trou dans la terre et il y enfouit l'argent de son maitre. »

«Après un long temps écoulé, le maïtre revint et il fit rendre compte à ses serviteurs. Celui qui avait reçu les cinq talents se présenta, en apportant cinq autres. «Seigneur !, dit-il, tu m'as confié cinq talents; en voici cinq autres que j'ai gagnés. » Le maître lui dit: «Bien, serviteur bon et fidèle; c’est dans peu de chose que tu t'es montré fidèle, c’est sur beaucoup que je t'établirai. Entre dans la joie de ton seigneur. »

«S’approchant aussi, celui qui avait reçu les deux talents, dit : «Seigneur , tu m'as confié deux talents ; en voici deux autres que J'ai gagnés.» Son maître lui dit: «Bien, serviteur bon et fidèle; c'est dans peu de chose que tu t’es montré fidèle, c’est sur beaucoup que je t’établirai. Entre dans la joie de ton seigneur. »

«Mais celui qui avait reçu un seul talent vint à son tour et dit: Seigneur, je savais que tu es un homme dur, tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses sur l’aire où tu n’as pas étendu de gerbes; et, plein de crainte, je suis allé enfouir en terre ton talent. Le voilà; tu es en possession de ce qui t’appartient. » Mais son maître lui répondit par ces paroles : «Mauvais serviteur ! paresseux ! tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé et que je ramasse sur l'aire où je n'ai pas étendu de gerbes. Il te fallait en conséquence placer ton argent chez les banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt, Donc, ôtezlui le talent et donnez-le à celui qui a les dix. Car à tout homme qui ἃ il sera donné, et il sera dans l'abondance; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il ἃ lui sera Ôté. Quant au serviteur inutile, jetez-le dehors, dans les ténèbres, — là seront les pleurs et le srincement des dents. »

d'après une autre ponctuation: 71] partit. Immédiatement celui qui avait reçu, etc.

1 Cest un même mot grec que nous traduisons tantôt par maitre, tantôt par seigneur, suivant les exigences de la langue française,

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU il

«Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et, avec lui, tous les anges, il s’assiéra sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations ; et il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs; il placera les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche, »

«Après quoi, le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père! entrez en possession du Royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde; car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus près de moi. » ;

« Les justes alors lui répondront par ces paroles: « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et que nous t'avons nourri? Avoir soif et que nous t’avons donné à boire? Quand est-ce que, te voyant étranger, nous t’avons recueilli; que, te voyant dans la nudité, nous t’avons vêtu ἢ Quand est-ce que nous t'avons vu malade ou en prison et que nous sommes venus près de toi? »

«Et le Roi leur fera cette réponse : «En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous avez fait cela à un seul des plus petits parmi mes frères que voici, c’est à moi que vous l'avez fait.»

« Puis il dira à ceux qui seront à sa gauche: «Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel! préparé pour le diable et ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais étranger et vous ne m'avez pas recueilli; nu et vous ne m'avez pas vêtu; malade et en prison et vous ne m'avez pas visité. »

Alors ils répondront, eux aussi, par ces paroles: «Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim, avoir 501, être étranger ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne {’avons pas assisté ? »

Mais il leur fera cette réponse : «En vérité, je vous le dis, toutes

1 On peut traduire aussi : feu à venir. Voir note sur Jean 8, 15.

les fois que vous n'avez pas fait cela à un seul de ces plus petits que voici, c’est à moi que vous ne l'avez pas fait. Et ceux-là s’en iront à un châtiment éternel et les justes à une vie éternelle 1.»

Quand Jésus eut achevé tous ces discours, il dit à ses disciples : «Vous savez que dans deux Jours aura lieu la Pâque, et le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié. »

Alors s’assemblèrent les chefs des prêtres et les Anciens du peuple dans la cour? du Grand-Prêtre appelé Kaïphe ὃ, et ils tinrent conseil sur les moyens de s'emparer de Jésus par ruse et de le tuer. Toutefois 1ls disaient : «Rien pendant la fête, il pourrait y avoir un soulèvement du peuple. »

Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Comme il était à table, une femme portant un vase d’albâtre 4 rempli d’un parfum de grand prix, s’approcha de lui et répandit ce parfum sur sa tête. Ge que voyant, les disciples s’indignèrent. «A quoi bon cette perte?» dirent-ils. «On aurait pu vendre cela fort cher et en donner le prix à des pauvres. »

Mais Jésus, le sachant, leur dit : «Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme? C’est une bonne œuvre qu'elle ἃ faite pour moi: car les pauvres, vous les avez toujours avec vous, tandis que moi, vous ne m'avez pas pour toujours. Si elle a répandu sur mon corps ce parfum, elle l’a fait pour m'ensevelir. En vérité, Je vous le dis : Partout où sera prêché cet Évangile — dans le monde entier — on racontera aussi, en mémoire d'elle, ce qu'elle ἃ fait. »

1 On peut traduire aussi: ὦ un châtiment à venir et les justes à une vie ἃ venir. Voir note sur Jean 3, 15.

? La cour intérieure de son palais, l’atrium, probablement entouré de portiques, suivant la coutume générale en Orient,

3 Ou plus exactement : Kaïaphas,

τ Un vase d'albâtre, petite fiole hermétiquement fermée qui servait à conserver les parfums et dont on ne pouvait s'approprier le contenu qu'en la brisant.

C'est alors que l’un des douze, appelé Judas l’Iskariôte !, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit: «Que voulez-vous me donner ? je vous le livrerai. » Ils lui payerent trente sicles d'argent ?. À partir de ce moment, 11 chercha une occasion favorable pour le livrer.

Le premier jour des Azymes”, les disciples vinrent à Jésus et dirent : «Où veux-tu que nous te préparions le repas pascal? » «Allez à la ville, leur répondit-il, chez un tel et parlez-lui ainsi : le maître te fait dire : mon temps est proche; c'est chez toi que je célèbre la Pâque avec mes disciples. »

Les disciples firent comme Jésus leur avait ordonné et ils préparèrent la Päque.

Le soir venu, il se mit à table avec les douze “, et il dit pendant 90 91

qu'ils mangeaient : «En vérité, je vous le dis, un de vous me livrera. » Extrêmement affligés, ils se mirent chacun à lui demander : «Est-ce moi, Seigneur ? » Il leur répondit par ces paroles : «Celui qui ἃ mis la main au plat avec moi”, celui-là même me livrera. Le Fils de l'homme cependant s’en va, selon qu'il est écrit de lui; mais malheur à cet homme par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme-là ne jamais être né!» Judas, celui qui le livra, s’adressa alors à lui: « Est-ce que c’est moi, Rabbi6» — «Tu las dit», répondit Jésus.

1 L'Iskariôte, Voir note sur Matth. 10, 4.

? Le sicle d'argent valait 3 fr. 50 c. Trente sicles valaient donc 105 francs ; mais, d’après le poids du métal, 30 sicles ne devaient pas représenter beaucoup plus de 80 francs au titre actuel. Si, d'autre part, on tient compte de la valeur relativement élevée de l’argent au premier siècle, on trouve que le prix auquel Judas vendit Jésus équivalait à une somme de 5 à 600 francs.

5 Des Azymes, c’est-à-dire des pains sans levain, le premier jour de la fête.

Ὁ Plusieurs anciens manuscrits ajoutent disciples,

5 Celui qui a mis la main au plat avec moi, c’est-à-dire celui qui a mangé avec moi. Un seul plat servait pour tous et chacun à son tour y trempait son pain, Cet usage, ancien déjà au premier siècle, était général en Orient, et c’est ainsi qu'aujourd'hui encore les Arabes prennent leurs repas.

5 Rabbi, mot araméen qui signifie maître.

Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain! et, ayant prononcé la bénédiction, 11 le rompit et le donna aux disciples en disant: «Prenez, mangez, ceci est mon corps.» Prenant ensuite une coupe, il rendit grâces, la leur donna et dit : « Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance ?, lequel, en faveur de plusieurs, est répandu pour la rémission des péchés. Et désormais, Je vous le dis, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu'en ce jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père. »

Après le chant des Psaumes?, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit alors : «Cette nuit, je vous serai à tous une occasion de tomber “. Il est écrit en effet :

«Je frapperai le berger et les brebis du troupeau seront dispersées *, » «Mais, après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. » Pierre lui adressa ces paroles: «Quand tous viendraient à

faillir à cause de toi, pour moi je ne succomberai jamais!»

Jésus lui répondit: «En vérité, je te dis que, durant cette nuit,

avant qu'un coq chante, tu me renieras trois fois ! » Pierre lui ré-

pliqua : « Me fallüt-il mourir avec toi, non, je ne te renierai pas ! »

Tous les disciples parlèrent de même.

Alors Jésus vint avec les disciples en un lieu appelé Gethsémané 7 et leur dit: « Asseyez-vous ici pendant que je me retirerai là et que je prierai. »

L'Ou: prit un pain. Voir note sur Matth. 14, 17.

2 Plusieurs anciens manuscrits lisent : de la nouvelle alliance.

3 Pendant le repas pascal les Juifs chantaient les Psaumes 113 et 114 et après le repas les Psaumes 115 à 118.

1 Grec : vous serez tous scandalisés en moi, c'est-à-dire mon arrestation fera que vous m'abandonnerez. Voir sur le sens de scandalisés note sur Matth. 18, G.

5 Zaccharie 13, 7.

6 Grec : se scandaliseraient en toi, je ne me scandaliserai jamais, moi, c’està-dire je ne l'abandonnerai jamais, ma foi me préservera de toute chute. Voir note sur Matth. 18, G.

7 Gethsémané, en hébreu : Guet-chemanim, signifie pressoir à huile.

Puis, prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à être dans la tristesse et dans l’angoisse ; il leur dit alors : «Mon âme est accablée de tristesse jusqu’à la mort. Restez ici et veillez avec moi! » Puis, s'étant un peu avancé, il se prosterna la face contre terre, et il pria en disant : «Mon Père!, si cela est possible, que cette coupe passe loin de moi! Toutefois, non pas comme je veux, mais COMME {u veux. »

Il retourna près des disciples et il les trouva qui dormaient et il dit à Pierre : « Ainsi vous n'avez pas eu la force de veiller une seule heure avec moi? Veillez et priez, afin de ne pas succomber ? à l’épreuve ὃ; certes, l'esprit est prompt#, mais la chair est faible. »

De nouveau, une seconde fois, il s’éloigna et pria, en disant : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »

Il revint encore vers eux et les trouva qui dormaient ; leurs yeux, en effet, étaient appesantis. Il les laissa, s’en alla de nouveau et pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.

Puis il vint aux disciples et leur dit: « Dormez maintenant; reposez-vous ; voici que l'heure approche et le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs 5. Levez-vous ! allons ! le voici ! il approche celui qui me livre! »

Il parlait encore, lorsqu’arriva Judas, l’un des douze, et avec lui, envoyée par les chefs des prêtres et les Anciens du peuple, une foule nombreuse armée d’épées et de Fâtons. Le traître était convenu avec eux d’un signal ; il leur avait dit: «Celui auquel je donnerai un baiser, ce sera lui; vous vous en saisirez. » Il s’approcha aussitôt de Jésus et, en lui disant: «Salut, Rabbi6! », il l’'embrassa

1 Quelques anciens manuscrits omettent mon.

2 Littéralement : entrer dans.

3 Ou : La tentation.

£ Prompt; nous avons conservé ce mot consacré par l’usage. Le terme grec signifie ici plein d’ardeur.

Ὁ Pécheurs signifie ici paiens. Voir sur le sens fréquent de ce mot, dans le Nouveau Testament, note sur Matth, 9, 10.

5 Rabbi c’est-à-dire Maître.

avec effusion. « Mon ami, lui dit Jésus, pourquoi es-tu ici?» Ils s’avancèrent alors et, mettant la main sur lui, ils le saisirent.

Aussitôt un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main, tira son épée, frappa le serviteur ! du Grand-Prêtre et lui coupa l'oreille. Jésus lui dit alors : «Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. Crois-tu qu'il me serait impossible d’invoquer mon Père, qui enverrait à mon secours, maintenant même, plus de douze légions d’anges ; mais comment s’accompliraient les Écritures, où il est annoncé qu'il en doit être ainsi ? »

Ce fut à ce moment que Jésus dit à cette troupe : « Pour vous emparer de moi, vous êtes venus comme contre ? un brigand, avec des épées et des bâtons. Tous les jours, assis dans le Temple, Jj'enseignais et vous ne m’avez pas arrêté. »

(Tout cela arriva pour accomplir ce qu'avaient écrit les prophètes).

L'abandonnant alors, tous les disciples prirent la fuite.

Ceux qui avaient arrêté Jésus le conduisirent chez Kaïphe”, le grand-prêtre, où s'étaient réunis les Scribes et les Anciens.

Pierre pourtant le suivait de loin. Il alla jusqu'à la cour “ du Grand-Prêtre, y entra et s’assit parmi les gens de service pour voir comment cela finirait.

Les chefs des prêtres et le Sanhédrin ® {out entier cherchaient contre Jésus quelque faux témoignage qui le fit condamner à mort; mais ils n'en trouvaient pas, bien que plusieurs faux témoins se ἡ fussent présentés. Enfin, il en survint deux qui parlèrent ainsi: « Cet homme a dit: «Je peux renverser le Temple de Dieu et en trois Jours le rebâtir. » Le Grand-Prètre se leva et lui dit : « Tu ne

1 Grec: l’esclave.

? On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Pour vous emparer de mot êles-vous venus comme contre, οἷο,

8 Plus exactement : Kaiaphus.

4 La cour, l’atrium. Voir note sur Matth. 26, 3.

» Le Sanhédrin, Voir note sur Matth. 5, 99,

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU 117 RS τ ἐ “Ὁ ὃ UP réponds rien à ce que ces gens-ci déposent contre toil?» Mais Jésus gardait le silence. Le Grand-Prêtre lui dit :? « Par le Dieu vivant, je t’adjure de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répondit : « Tu l’as dit; et, de plus, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance ὅ et venant sur les nuées du ciel. » Alors le Grand-Prêtre déchira ses vêtements : «Il ἃ blasphémé! dit-il, qu'avons-nous encore besoin de témoins? vous venez vous-même d'entendre le blasphème ! Quel est votre avis?» Ils répondirent : «Il mérite la mort. »

Dès ce moment ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups de poing; d’autres des coups de bâton ὁ, en disant : « Faisle prophète, Christ, en nous nommant celui qui t'a frappé.»

Pierre cependant était dehors, assis dans la cour. Une servante, s'étant approchée, lui dit: « Toi aussi tu étais avec Jésus de Galilée, » Et lui de le nier devant tout le monde. « Je ne sais pas, dit-il, de quoi tu parles. » Comme il repassait la porte, une autre servante l’aperçut et s'adressant à ceux qui étaient présents : «Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. » I] le nia de nouveau : « Je jure que je ne connais pas cet homme. » Un moment après, ceux qui étaient là vinrent à Pierre et lui dirent : « Certainement, tu en es, toi aussi; ta prononciation te trahit. » Il se livra alors à des imprécations ; il jura qu'il ne connaissait pas cet homme. Soudain un coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole qu'avait dite Jésus : «Avant qu'un coq chante, tu me renieras trois fois. » Il sortit et, dehors, il pleura ὅ amèrement.

1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: Ne réponds-tu rien? Qu'est-ce que ces gens-ci déposent contre toi?

2? Quelques anciens manuscrits, au lieu de: lui dit, lisent: prononça alors ces paroles.

3 La Puissance de Dieu. Voir Luc 22, 69.

4 On peut traduire aussi : D’autres des soufflets, des coups donnés la main ouverte, par opposition aux coups de poing donnés la main fermée; mais cette interprétation est moins probable, Voir Jean 18, 22.

5 Plus exactement : 1] sanglota.

Le

Le jour s’étant levé, tous les chefs des prêtres et les Anciens du peuple tinrent conseil sur les moyens de mettre Jésus à mort. Et l’ayant chargé de liens, ils l’'emmenèrent et le livrèrent à Pilate 1, le procurateur.

En voyant qu'il était condamné, celui qui l'avait livré, Judas, poussé par le remords, rapporta aux chefs des prêtres et aux Anciens les trente sicles d'argent, disant: «J'ai péché en livrant un sang innocent 2.» [ls répondirent : «Que nous importe? c'est ton affaire.» Jetant alors les pièces d'argent dans le sanctuaire, Judas partit et il alla se pendre. Mais les chefs des prêtres ramassèrent la somme, disant: «Il n’est pas permis de la verser dans le Korban*, puisque c’est le prix du sang. » Et après en avoir conféré ensemble, ils en achetèrent le «Champ-du-Potier » pour la sépulture des étrangers. De là le nom de « Champ-du-Sang» qu’on lui donne encore aujourd’hui. (C’est ainsi que fut accomplie la parole du prophète Jérémie : «Et àls ont recu les trente pièces d'argent, priæ de celui qui avait été évalué, évalué par les enfants d'Israël, et ils les ont données pour le champ du potier, ainsi que me l'avait ordonné le Seigneur #.»)

Jésus comparut devant le procurateur, et celui-ci l'interrogea : «C’est toi qui es le Roi des Juifs?» demanda:t-il. Jésus lui répondit : «Tu le dis.» Mais lorsque les chefs des prêtres et les Anciens l’accusèrent, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : «Est-ce que tu n’entends pas tout ce dont ils {accusent ?» Jésus ne lui répondit sur aucun point, ce dont le procurateur fut extrêmement surpris.

Or à chaque fête il avait coutume de remettre en liberté un pri-

1 Pontius Pilatus, procurateur de Judée, c’est-à-dire représentant du gouvernement de l’empereur romain.

? Quelques anciens manuscrits lisent : un sang juste.

3 Le Korban, le trésor du Temple, où l’on mettait les offrandes. Voir note sur Marc,

4 Ces paroles ne se trouvent pas dans le livre de Jérémie, mais dans celui de Zaccharie, chap, 11, vers, 12 et suiv. L'erreur de l'auteur peut s'expliquer par les passages Jérémie 32, 6 et suiv. et 18, 2.

sonnier, celui que le peuple choisissait. Il y en avait un fameux, détenu à ce moment, du nom de Bar-Abbas!, Alors Pilate, qui savait que c'était par une haine jalouse que les chefs des prêtres et les Anciens lui avaient livré Jésus, leur dit, pendant qu'ils étaient rassemblés : «Lequel voulez-vous que je vous délivre? Bar-Abbas ou Jésus, celui qu'on appelle Christ? »

(Tandis qu'il siégeait ainsi à son tribunal, sa femme lui envoya dire ceci : «Qu'il n’y ait rien entre toi et ce juste; car j'ai eu aujourd'hui, dans mon sommeil, un affreux cauchemar à son sujet. »)

Les chefs des prêtres et les Anciens persuadèrent à la foule de demander Bar-Abbas et de perdre Jésus.

Le procurateur reprit sa question : «Lequel des deux voulezvous que je vous délivre? » — « Bar-Abbas ! » répondirent-ils.

Pilate leur dit : «Et Jésus, celui qu'on appelle Christ, qu'en

ferai-je donc?» Ils répondirent tous: «Qu'il soit crucifié! » — « Mais qu'a-t-il fait de mal? » dit encore Pilate. Et ils n’en criaient que plus fort : «Qu'il soit crucifié! » Voyant qu'il n’obtenait rien et que, au contraire, le tumulte augmentait, Pilate demanda de l'eau, se lava les mains devant la foule et dit: «Je ne suis pas responsable du sang de cet homme?, à vous d’en répondre ! » Et tout le peuple répliqua par ces mots: «Le sang de cet homme! qu'il retombe sur nous et sur nos enfants ! »

Pilate leur délivra alors Bar-Abbas. Quant à Jésus, l'ayant fait flageller, il l’abandonna au supplice de la croix.

Les soldats du procurateur, emmenant Jésus dans le prétoire, assemblèrent autour de lui toute la cohorte ?. Ils lui ôtèrent ses vêtements, l’affublèrent d’un manteau militaire 4 de couleur rouge. Puis, tressant une couronne avec des épines, ils la lui mirent sur la tête, ainsi qu'un roseau dans la main droite ; après quoi, se

1 Bar-Abbas. Voir note sur Luc 23, 18.

2? On peut traduire aussi: de ce sang-là.

3 La cohorte, qui était la dixième partie d’une légion, se composait tantôt de 425, tantôt de 600 hommes,

# Un manteau militaire, grec : une chlamyde. C'était le manteau d’officier ; il était toujours de couleur rouge.

mettant à genoux devant lui, ils le bafouaient en disant: « Salué, le roi des Juifs 1» Ils crachaient sur lui ; 115 lui prenaient le roseau et lui en donnaient des coups sur la tête. Quand ils eurent fini de se moquer de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vètements et l’'emmenèrent pour le crucifier.

En s’en allant, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon; et ils l’obligèrent à porter la croix de Jésus.

Ils arrivèrent à un endroit nommé Golgotha, c’est-à-dire place du Crâne!. Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel, et l'ayant goûté, il refusa de le boire.

Après l'avoir mis en croix, les soldats se partagèrent ses vêtements, en les tirant au sort?.

Ils s'étaient assis et le gardaient.

Au-dessus de sa tête ils avaient placé une inscription indiquant son crime : CELUI-CI EST JÉSUS, LE ROI DES Juirs.

On crucifia avec lui deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient ; 1ls lui disaient, en gesticulant de la tête : «Toi qui détruis le Temple, et en trois jours le rebâtis, sauve-toi donc toi-même si tu es fils de Dieu!» —et : — « Descends de la croix! » Les chefs des prêtres, avec les Scribes et les Anciens, se moquaient aussi de lui et disaient: «Il en ἃ sauvé d’autres et il ne peut pas se sauver lui-même!» — «Ah! il est roi d'Israël! que maintenant il descende de la croix et nous croirons en lui! » — «7 ἃ mis sa confiance en Dieu! que Dieu maintenant le délivre ! ἜΘ ET ον »ΡῦυΈο» τ. OBS

— «En effet, il a dit: Je suis fils de Dieu “. »

De même, les brigands que l’on avait crucifiés avec lui l'insultaient.

1 En latin: locus Calvariæ ; en français : le Calvaire.

2 Cette phrase : Afin que s'accomplit ce qui avait été prédit par le prophète: «Ils se sont partagé mon vêlement et ils ont tiré ma robe au sort,» insérée ici dans les versions ordinaires du Nouveau Testament, ne se trouve pas dans les bons manuscrits. Elle ἃ été empruntée par un copiste à Jean 19, 24.

8 Psaume 22, 9.

4 Nous séparons par des traits ces diverses exclamations de la foule,

Depuis la sixième jusqu'a la neuvième heure, des ténèbres se firent sur tout le pays.

Vers la neuvième heure Jésus jeta un eri et dit d’une voix forte :

«Helei! Helei! Lema sabachthaneï??»

C'est-à-dire :

« Mon Dieu! Mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné ? ὅν

Quelques-uns de ceux qui étaient là l’entendant : « Il appelle Élie, celui-là ï » dirent-ils. L'un d’entre eux courut aussitôt prendre une éponge, la trempa dans du vinaigre, et l’attachant à un roseau, il lui donna à boire. Mais les autres disaient : «Laisse donc! voyons si Élie viendra le délivrer. »

Jésus, jetant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit.

Et voilà que le rideau du Temple * se déchira en deux depuis le haut jusqu’en bas; la terre trembla ; les rochers se fendirent; les tombeaux s’ouvrirent; plusieurs des saints qui étaient morts ressuscitèrent en leurs corps; et scrtant de leurs tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à plusieurs.

Voyant le tremblement de terre et tout ce qui se passait, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent frappés d’épouvante et dirent : «Cet homme-là était véritablement fils de Dieu. »

Or 1| y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin c'étaient celles qui, depuis la Galilée, avaient suivi Jésus afin de le servir. Parmi elles, Marie-Magdeleine ὅ, Marie, mère de Jacques et de Joseph 6, ainsi que la mère des fils de Zébédée.

Sur le soir arriva un homme riche, originaire d’Arimathée, nommé Joseph. Il était, lui aussi, un disciple de Jésus. ΠῚ alla

1 Depuis midi jusqu’à trois heures.

? Nous orthographions ces mots d’après les meilleurs manuscrits, On peut aussi écrire les deux premiers: Heli! Heli! ou Heloi! Heloi! et les deux derniers : Lama zaphtanei.

3 Psaume 22, 2,

1 Le rideau du Temple, Le rideau qui, dans le sanctuaire, séparait le Lieu Saint du Lieu Très Saint.

5 Ou : de Magdala,

5 Joseph, Quelques anciens manuscrits lisent: José.

[Se]

trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Pilate ordonna de le lui remettre. Et Joseph, prenant le corps, l’ensevelit dans un linceul blanc et le déposa dans un sépulcre neuf, qu’il avait taillé dans le roc, et qui lui appartenait. Il roula une pierre énorme contre la porte du tombeau et s’en alla.

Or Marie-Magdeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.

Le lendemain (qui était le jour après la « Préparation ») ! les chefs des prêtres et les Pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate et lui dirent: «Seigneur, nous nous sommes souvenus que, de son vivant, cet imposteur disait : « Après trois jours, je ressusciterai. » Ordonne donc que la tombe soit soigneusement surveillée jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent ensuite au peuple : Il est ressuscité des morts. Imposture dernière qui serait pire que la première. » Pilate leur répondit : « Vous avez des gardes ; allez, surveillez comme vous l’entendez. » Alors ils allèrent s'assurer du sépulcre, en scellant la pierre en présence de la garde.

Le sabbat passé, à l’aube du premier jour de la semaine, Marie-Magdeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre.

Tout à coup il se fit un violent tremblement de terre : c'était un ange du Seigneur qui descendait du ciel; il s’'approcha de la pierre, l’éloigna en la roulant et s’assit dessus. Son aspect était foudroyant ; ses vêtements blancs comme la neige. Tremblants d'épouvante devant lui, les gardes étaient comme morts. Mais l’ange s’adressant aux femmes leur dit: «Pour vous, soyez sans crainte; vous cherchez, je le sais, Jésus, le crucifié. Il n'est pas ici, car, ainsi qu'il l'avait dit, il est ressuscité. Venez, regardez la place où il était couché; et allez vite dire à ses disciples qu'il est ressuscité des morts ; il vous précède en Galilée; là vous le verrez; c’est moi

qui vous le dis. »

1 C'est-à-dire le Sabbat, La veille, vendredi, était le jour dit « de la Préparation, »

Elles sortirent immédiatement du tombeau!, tremblantes et remplies de joie, et coururent porter la nouvelle à ses disciples.

Et voilà que Jésus s’avança à leur rencontre et leur dit: « Salut! »

Elles s’approchèrent, embrassèrent ses pieds, et l’adorèrent.

Alors Jésus leur dit: «Soyez sans crainte; allez dire de ma part à mes frères de partir pour la Galilée, là ils me verront. »

Quand elles se furent éloignées, quelques-uns des gardes vinrent à la ville et apprirent aux chefs des prêtres tout ce qui était arrivé. Ceux-ci se réunirent avec les Anciens, et après en avoir conféré, ils donnèrent une grosse somme aux soldats avec cet ordre : « Vous direz que ses disciples sont venus pendant la nuit et qu'ils l'ont volé pendant que vous dormiez. Si le procurateur devait entendre parler de cette affaire, nous nous chargeons de le convaincre et nous vous mettrons à couvert.» Les soldats prirent l'argent et agirent d’après ces instructions. Et le bruit qu'ils répandirent parmi les Juifs dure encore aujourd’hui.

Cependant les onze disciples se rendirent en Galilée, sur la mon- tagne que Jésus leur avait désignée. Le voyant, ils l’adorèrent. Mais quelques-uns doutèrent. Jésus alors s’approcha d'eux et leur parla ; il leur dit : «A moi a été donnée toute puissance au ciel et sur terre; allez ? faire de toutes les nations mes disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du saint Esprit et leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé. Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde.»

1 Elles sortirent immédiatement du tombeau. Les tombeaux des Juifs étaient ordinairement des grottes ou cavernes taillées dans le rocher, de niveau avec le sol, dans lesquelles on pouvait entrer et dont on pouvait sortir de plain-pied.

2 Quelques anciennes autorités lisent: allez donc.

3 Grec : jusqu’à La consommation du siècle, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’économie présente. Le siècle désigne ici le monde actuel, le siècle présent, par opposition au siècle à venir. Voir note sur Matth. 13, 99,

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L'ÉVANGILE

SELON

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