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à grand’peine à la hauteur de Cnide. Le vent ne nous permettant pas d'aborder, nous suivimes les côtes de l’île de Crète dans la direction du cap Salmoné. Après l’avoir doublé, non sans difficulté, nous arrivâämes à un endroit appelé Les Bons-Ports, près de la ville de Lasæa.
Il s'était écoulé un temps considérable, et la navigation devenait dangereuse, l’époque du Grand Jeûne! étant déja passée. Paul alors donna son avis. «Je prévois, dit-il, de sérieuses avaries et de grands dangers, non seulement pour la cargaison et pour le bateau, mais pour nos personnes mêmes, si nous COntinuons notre voyage. » Mais le centurion avait plus de confiance en ce que disaient le capitaine et le pilote qu'en ce que disait Paul. D'ailleurs le port n'était pas bon pour hiverner, et l’avis général fut d’en repartir et de tâcher de gagner, pour y passer l'hiver, Phénix, port de Crète, exposé au sud-ouest et au nord-ouest.
Comme 11 soufflait une brise du sud, on crut le moment favorable, on leva l’ancre et on se mit à longer de près les côtes de Crète.
Mais, tout à coup, un des ouragans, appelés £uraquilon, vint s’abattre sur l’île. Le navire entraîné fut hors d'état de tenir tête au vent; on céda; on fut emporté.
Comme nous passions sous une petite île appelée Claudé, nous parvinmes, mais non sans peine, à manœuvrer la chaloupe*. On s'en servit pour prendre quelques précautions et entourer le navire de câbles. Puis, comme on craignait d’être jeté sur les Syrtes, on plia les vergues et on s’abandonna au vent.
1 Ge Grand Jeûne se célébrait à la fête des Expiations, vers la fin de septembre; on était donc à l’'équinoxe d'automne.
2 C'est-à-dire à la mettre à la mer. On profita pour faire cette manœuvre de l'abri momentané qu'offrait l’ilot de Claudé.
5 On s'en servit pour prendre quelques précautions. On traduit d’ordinaire après l'avoir hissée ou: après l'avoir lirée à nous comme si la cha= loupe était déjà à la mer et en avait été alors retirée. Cette interprétation est inintelligible, Les matelots mirent, au contraire, la chaloupe à la mer; cette manœuvre était absolument nécessaire pour entourer le navire de cäbles,
4 Littéralement : mettre la ceinture au navire. Gette opération, très connue dans l'antiquité, consistait, après avoir entouré le navire de câbles, à placer, entre
Le second jour, la tempête était toujours aussi forte, et on 18, 27 jeta à la mer tout le chargement; le troisième, nous nous débar- 19 rassions nous-mêmes du mobilier du navire. On ne vit pas le soleil, 20
on n'aperçut pas une seule étoile pendant plusieurs jours, et la tempête restant toujours aussi affreuse, tout espoir de salut nous
fut dès lors interdit.
Comme depuis longtemps personne n’avait pris de nourriture, 21 Paul parut au milieu de tous et dit : «Il aurait fallu écouter mon conseil et ne pas partr de l’île de Crète; vous auriez évité ce désastre et cette perte. Mais maintenant je vous invite à prendre 292 courage; aucun de vous ne périra; le navire seul sera perdu. Car 28 cette nuit m'est apparu un ange du Dieu auquel j'appartiens et que j'adore, et il m'a dit: «Ne crains rien, Paul! tu dois comparaître 24 devant l'Empereur, et Dieu t’accorde la vie de tous ceux qui naviguent avec toi. » Ayez donc bon courage; car j'ai cette foi en 25 Dieu, qu'il en sera comme il m'a été dit. Il faut que nous soyons 96 jetés sur une ile.»
La quatorzième nuit que nous étions ainsi ballottés sur l’Adria- 27 tique, vers le milieu de cette nuit, les matelots crurent au voisinage de la terre. Ils jetèrent la sonde, et trouvèrent vingt brasses; 28 un peu après ils la jetèrent encore, et trouvèrent quinze brasses : ils craignirent d'aller donner sur des récifs; quatre ancres furent 99 alors jetéès de la poupe et chacun attendit le jour avec anxiété.
Comme les matelots cherchaient à s'échapper du navire et 80 mettaient la chaloupe à la mer sous prétexte de jeter les ancres de l’avant, Paul dit au centurion et aux soldats : «Si ces hommes 31 ne restent pas à bord vous ne pouvez être sauvés.» Les soldats 32 coupèrent alors les cordes de la chaloupe et la laissèrent tomber.
Paul, en attendant le jour, conseilla à tous de prendre de la 33 nourriture. «C'est aujourd'hui le quatorzième jour, dit-il, que vous passez dans l'attente, à jeun, sans rien prendre. Je vous 34 conseille donc de manger; cela est nécessaire à votre salut; aucun
la coque et ces câbles, qui les tenaient, des pièces de bois, sortes de poutres qui renforçaient la coque et lui permettaient de résister aux rochers sur lesquels elle risquait de donner.
de vous ne perdra un cheveu de sa tête.» En disant cela, il prit du pain, le rompit, en rendant grâces à Dieu devant tous, et se mit à manger. Tous reprirent alors courage et mangèrent aussi.
Nous étions en tout deux cent soixante-seize à bord.
Quand on eut fini, on allégea encore le navire en jetant tout le blé à la mer.
Lorsque le jour parut, personne ne reconnut la terre, mais on entrevoyait une baie avec une plage et on résolut d'essayer d'y mettre le navire à l’abri?. On coupa donc les câbles des ancres qu'on laissa se perdre dans la mer, on lâcha les amarres des gouvernails, on hissa la voile d’artimon qu'on offrit au vent et on gouverna vers la plage.
On tomba sur une langue de terre battue des deux côtés par la mer; là, le navire échoua. La proue, qui s'était enfoncée dans le sable, resta immobile; la poupe, au contraire, se disloquait à chaque coup de mer.
Les soldats proposèrent alors de tuer les prisonniers de peur qu'ils ne s’échappassent à la nage. Mais le centurion, qui voulait sauver Paul, les empêcha de le faire; il ordonna à ceux qui savaient nager de se jeter les premiers à l’eau et de gagner Ja terre; aux autres de se mettre sur des planches, sur des épaves de toutes sortes ; et c’est ainsi que tous réussirent à se sauver à terre. |
Une fois hors de danger, nous apprimes que cette île s'appelait Malte. Les indigènes nous accueillirent avec une humanité peu ordinaire; ils allumèrent un grand feu et nous y réunirent tous, car la pluie tombait, et il faisait froid.
Comme Paul prenait une poignée de bois sec et la jetait dans le brasier, la chaleur en fit sortir une vipère qui s’attacha à sa main, Quand les indigènes virent l'animal qui pendait à sa main,
1 Un des plus anciens manuscrits lit: Nous étions en tout environ soivante= seize à bord.
? Quelques anciens manuscrits lisent : d'y fuire échouer le navire.
ils se dirent entre eux : «Certainement c’est un meurtrier que cet homme; à peine échappe-t-il à la mer et la Justice divine ne veut pas lui laisser la vie!» Mais lui secoua l’animal dans le feu et ne ressentit aucun mal. Eux s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort tout à coup. Pendant longtemps ils attendirent, et voyant qu'il ne lui arrivait rien de fâcheux, ils changèrent d'avis et déclarèrent qu’il était un dieu.
Il y avait, près de cet endroit-là, des terres appartenant au principal personnage de l’île, un certain Publius; il nous recueillit et nous traita pendant trois jours avec beaucoup d’hospitalité.
Or le père de ce Publius était retenu au lit par des accès de fièvre et la dyssenterie. Paul entra chez lui, fit la prière, lui imposa les mains et le guérit, Là-dessus, tous les autres habitants malades de l’île vinrent aussi et furent guéris. Aussi nous rendirent-ils toutes sortes d'honneur et, à notre départ, ils nous fournirent ce dont nous avions besoin.
Trois mois plus tard, nous prenions passage sur un navire alexandrin, à l'enseigne des Dioscures !, qui avait hiverné dans le port de l’île. Puis nous gagnions Syracuse et nous y passions trois jours; de là, longeant toujours la côte, nous touchions à Reggio. Le lendemain le vent du sud se leva, et, en deux jours, nous étions à Pouzzoles. |
Nous y trouvâmes des frères qui nous engagèrent à rester une semaine avec eux. Ensuite nous nous mimes en route pour Rome.
Les frères de cette ville, qui avaient eu de nos nouvelles, vinrent à notre rencontre jusquà «Forum d’Appius» et jusqu'à «Les Trois Tavernes». A leur vue, Paul rendit grâces à Dieu et prit courage.
Quand nous fümes arrivés à Rome, Paul eut la permission de rester seul avec le soldat qui le gardait.
1 Les Dioscures, c’est-à-dire Castor et Pollux,
28, 17 Trois jours après, cependant, il convoqua les Juifs de Rome les plus considérés, et quand ils furent réunis, il leur dit: «Mes frères, je n'avais rien fait de contraire à notre peuple et aux institutions de nos pères, lorsqu'on m'a arrêté à Jérusalem et 18 livré entre les mains des Romains. Ceux-c1, après avoir examiné ma cause, voulaient me relâcher, parce que rien ne pouvait moti- 19 ver ma condamnation à mort. Mais les Juifs, s'y étant opposés, Je me vis forcé d’en appeler à l'Empereur, sans cependant vouloir 20 me plaindre de mes compatriotes. Voilà pourquoi je vous ai demandés; je voulais vous voir et vous parler, car c’est à cause de l'espérance d'Israël que je porte cette chaîne. » 21 Ils lui répondirent : « Nous n’avons pas reçu de lettres de Judée à ton sujet, et aucun de nos frères n’est venu nous faire de 22 rapport ni nous dire du mal de toi. Cependant nous voudrions bien apprendre de toi ce que tu penses; car, à notre connaissance, ce 93 parti-là rencontre partout de l'opposition, » Alors ils prirent jour ensemble et un plus grand nombre encore vint le trouver chez lui. Du matin au soir il leur exposait ce que c'était que le Royaume de Dieu et les suppliait en leur démontrant par la «Loi et les Prophètes !» tout ce qui concerne Jésus.
Les uns se laissèrent convaincre par ses paroles, les autres
Lo =
restèrent incrédules. 95 Comme ils se séparaient sans avoir pu se mettre d'accord, Paul leur dit ce simple mot: «L'Esprit saint ἃ admirablement parlé 26 quandil a dit à vos pères par le prophète Ésaïe : « Va vers ce peuple et dis-lui :
Vos oreilles entendront et vous ne comprendrez pas : Vos yeux regarderont et vous ne verrez pas, 97 Car le cœur de ce peuple s'est endurci ; Ils ont fait la sourde oreille : iis ont fermé les yeux, Pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n'entendent pas, Que leurs cœurs ne comprennent pas
Pour se convertir et que je puisse les quérir ?. »
1 « La Loi et les Prophètes ». Voir note sur Matth, 22, 40. ΐ 2 Esaie 6, 9 et suiv. Ἷ
«Sachez donc que ce salut de Dieu ἃ été envoyé aux païens ; ceux-là l'écouteront!1»
Paul demeura deux ans entiers dans un appartement qu'il avait loué à ses frais; il pouvait y recevoir tous ceux qui venaient le voir; il prêchait le Royaume de Dieu; 1] enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ ? sans difficultés et en toute liberté.
1 Le verset 29 des traductions ordinaires manque dans tous les bons manuscrits. Il est ainsi conçu: Lorsqu'il eut dit cela, les Juifs s’en allèrent, discutant vivement entre eux.
? Un des plus anciens manuscrits omet Christ et lit: le Seigneur Jésus sans difficultés, etc.
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PRÉFACE
Il ne nous reste que treize lettres portant le nom de Paul. Nous savons qu'il en avait écrit davantage. Il fait allusion (1 Cor. 5: 9) à une épître perdue et (Coloss. 4:16) à une missive adressée aux Laodicéens. Il est vrai que l’on identifie souvent celle-ci avec l'Épître aux Éphésiens; mais il est évident que saint Paul ne s’est pas borné, dans sa carrière apostolique, à écrire une quinzaine de lettres. Sa prodigieuse activité nous est trop connue pour qu'il nous soit possible de l’admettre. Il est probable qu'il entretenait avec ses Églises une vaste np nn à dont les treize lettres parvenues jusqu’à nous ne sont qu’un mince débris. (Voir sur ce sujet la fin de notre Préface à la deuxième Épître aux Thessaloniciens.)
La première des lettres de Paul que nous rencontrons dans le Nouveau Testament est l'Épître aux Romains. Elle est aussi la plus importante. Son authenticité n’a jamais été contestée. Elle ne peut pas l'être. Le témoignage unanime de l’Église primitive est aussr explicite que possible et la lettre elle-même nous offre à chacune de ses phrases la pensée, le raisonnement, le style du grand apôtre.
La date de sa composition n’est pas moins certaine. Paul nous dit clairement qu'il a écrit cette lettre ἃ Corinthe à la fin du séjour de trois mois qu’il y fit, en terminant son troisième voyage
missionnaire (Romains 15: 19-25; Actes 20: 3). Il vient d'achever la collecte dont il s’était chargé, il va en porter le montant à Jérusalem et se propose ensuite d’aller à Rome. Avant de s’y rendre, il veut préparer le terrain et annoncer sa visite aux fidèles de cette ville. Pour entrer en rapport avec eux, il leur adresse cette épître magistrale où il leur fait connaître le fond même de son Evangile et les caractères distinctifs de son apostolat.
La lettre aux Romains a été écrite en mars 58; elle est postérieure non seulement aux deux Épîtres aux Thessaloniciens, mais encore aux deux Épîtres aux Corinthiens et à l'Épître aux Galates.
Paul, malgré le caractère dogmatique de son Épître, poursuit, en l’écrivant, le même but pratique qu’il se propose dans toutes ses lettres. |
Dans les huit premiers chapitres, il traite de la substitution de la foi à la loi comme moyen de salut. 1] développe cette première thèse, en établissant successivement les points suivants : 1° le péché est universel; la grâce de Dieu l’est aussi (1 : 18 à 3 : 51); 2% Abraham a été le précurseur des croyants justifiés par la foi (8 : 31 à ch. 5); 3° par ce salut, l'humanité tombée avec Adam dans le péché et dans la mort est relevée et sauvée (ch. 5) ; 4° cette doctrine de la foi justifiante, loin d'encourager le péché, implique la mort au péché et le véritable affranchissement de l’âme (ch. 6, 7, 8), et il termine par un cantique d’actions de grâces.
Dans les chapitres 9, 10 et 11, Paul aborde une seconde thèse qu'il développe avec non moins de force que la première. Il montre que les païens remplacent Israël dans la nouvelle économie religieuse. S'ils sont substitués aux Juifs, c'est parce que ceux-ci rejettent l'Évangile. Ils le rejettent: 1° parce que Dieu l’a ainsi voulu dans ses décrets éternels (ch. 9); 2° parce que les Juifs restent opiniâtrement incrédules et s’ôtent toute excuse (ch. 10); 3° parce que la sagesse de Dieu saura bien faire sortir de cet endurcissement même le salut final des Juifs et leur faire miséricorde (ch. 11).
Telle est la partie dogmatique de l'Épiître; l’apôtre qui l'a commencée par la description de la condamnation de l'homme (ch. 1), la termine en affirmant la miséricorde infinie de Dieu (ch. 11).
Les exhortations morales viennent ensuite (ch. 12, 13, 14). Paul
y traite diverses questions : la consécration à Dieu, la solidarité et la charité fraternelles (ch. 12), la soumission aux autorités, l'amour mutuel (ch. 13); la tolérance des forts envers les faibles, des faibles envers les forts (ch. 14 et 15: 1 à 14). Puis viennent des considérations personnelles, et au verset 33, l’apôtre écrit l’adieu final: Le Dieu de paix soit avec vous tous. Amen. Le chapitre 16 qui vient ensuite est tout entier consacré à des salutations. Celles-ci se terminent par un second adieu final au verset 20: La grâce de notre Seigneur Jésus soit avec vous. Mais quelques mots sont encore ajoutés, et les versets 25, 26 et 27 forment une troisième finale, cette fois définitive.
Comment expliquer ces trois finales ?
Si nous comparons les plus anciens manuscrits, nous remarquons entre eux d'assez notables différences. Plusieurs insèrent, à la fin du chapitre 14, Les versets 25, 26, 27 du chapitre 16, et ils s’y trouvent, en effet, à une place très naturelle.
L'un des plus anciens manuscrits, l’Alexandrinus (voir Appendice à l’Introduction, page 26) répète deux fois ces versets; la première fois à la fin du chapitre 14 et la seconde à la fin du chapitre 161. Pendant les premiers siècles cireulaient des copies de l'Épître
aux Romains, s’arrêtant à la fin du chapitre 14. Marcion, par exemple, ignorait les chapitres 15 et 16. Irénée, non plus, n’en a jamais eu connaissance.
Une supposition naturelle, et que font aujourd'hui tous les critiques, se présente alors à l’esprit: Paul, à cause de l’importance de cette lettre, dut en faire faire plusieurs copies et les adressa à diverses Églises. Ces copies s’arrêtaient toutes, soit à la fin du chapitre 14, soit au verset 14 du chapitre 15 ; puis, chacune avait son Post-Scriptum particulier. L’exemplaire envoyé à Rome avait pour Post-Scriptum le chapitre 15, où Paul parle aux Romains de son projet de visite (15, 14 à 33).
Le chapitre 16, au contraire, n’a pu faire primitivement partie de l’exemplaire destiné aux Romains. Paul n’était jamais allé à Rome et n’y avait que peu de connaissances. Les nombreuses
1 Ce que fait aussi le manuscrit L. (Voir Introduction, page 27).
Bts Mile it :
salutations que renferme ce chapitre 16 s’adressent aux fidèles d’une Église fondée par Paul, où il avait longtemps séjourné, où il comptait de nombreux amis. Cette Église ne peut avoir été que celle d'Éphèse, où l’apôtre venait de passer trois années. Ce n’est pas une supposition, c’est une certitude, car nous voyons mentionnés en tête de la liste les noms de Prisca et d’Aquilas, qui, chassés de Rome, s'étaient précisément établis à Éphèse (Actes 18: 18 et 19). C’est donc aux fidèles d'Éphèse que le chapitre 16 a été adressé. Il se trouvait à la fin de la copie de l’Épître aux Romains destinée aux Éphésiens, et c’est à Éphèse que s’est rendue la diaconesse Phœbé, chargée de porter la lettre de l’apôtre (16, 1).
PauLz, SERVITEUR ! DE JÉSUS-CHRIST, ÉLU APÔTRE, CHOISI POUR PRÊCHER L'ÉVANGILE DE DIEU,
(Évangile promis d'avance par ses prophètes dans les saintes Écritures et concernant son Fils né, quant à la chair, de la race de David, et, quant à l'Esprit de sainteté, déclaré avec puissance Fils de Dieu, par sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ notre Seigneur) ;
(Nous avons reçu de sa grâce la mission d'amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les païens),
(dont vous faites aussi partie, vous élus de Jésus-Christ).
À TOUS LES BIENS-AIMÉS DE DIEU, FIDÈLES ÉLUS QUI SONT A Roue.
GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE . ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST 2.
Je commence en rendant grâces pour vous tous à mon Dieu par Jésus-Christ de ce que votre foi est renommée dans le monde entier. Le Dieu, que je sers de toute mon âme en prèchant l'Evan-
1 Grec : esclave.
8 Les mots que nous avons imprimés en lettres majuscules formentW’adresse de l’Épitre et la salutation. Paul commence ainsi toutes ses lettres. Dans celle-ci l'adresse est interrompue par trois parenthèses successives, qui forment une sorte de préface de l’Épitre. Dans la première, Paul dit ce qu'est l'Évangile et définit le Christ; dans la seconde, il expose la mission qu’il a reçue; dans la troisième, il rappelle à ses lecteurs qu’ils font partie de ceux auprès desquels il doit exercer son apostolat. Il est impossible de rendre autrement qu’en une seule et longue phrase cette entrée en matière de l’apôtre. L’Épiître, proprement dite, ne commence qu’au verset 8.
gile de son Fils, m'est témoin que sans cesse Je fais mention de vous dans mes prières, lui demandant toujours que je puisse une fois enfin réussir, par sa volonté, à venir chez vous. J'ai, en effet, le plus grand désir de vous voir, pour vous communiquer quelque don spirituel propre à vous affermir ; je veux dire, pour que, chez vous, nous nous encouragions mutuellement, vous et moi, par la foi qui nous est commune.
Je ne veux pas vous laisser ignorer, mes frères, que souvent j’ai formé le projet d'aller chez vous (j'en ai été empêché jusqu’à présent), afin de recueillir aussi quelques fruits parmi vous comme parmi les autres païens.
Je me dois aux Grecs et aux étrangers, aux savants et aux ignorants.
J'ai donc, pour ma part, grande envie de vous prêcher l’Évangile à vous aussi, habitants de Rome! Car je n’ai pas honte de l'Évangile; il est une puissance de Dieu donnant le salut à tout croyant, au Juif d'abord, puis au païen. Il s’y révèle, en effet, une justice de Dieu, qui vient de la foi, qui est accordée à la foi, comme 1] est écrit :
«Le juste vivra par la foi 5.»
Il y ἃ une colère * de Dieu qui se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute iniquité d'hommes qui méchamment étoutfent la vérité, car ce qu'on peut savoir sur Dieu est à leur portée, Dieu le leur ἃ fait connaitre.
En effet, les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité, éclatent aux yeux depuis la création du monde, pour quiconque sait regarder ses œuvres. De la sorte ils sont inexcusables; car enfin, ayant conscience de Dieu, ils ne lui ont ni rendu gloire, ni rendu grâces comme à leur Dieu; au contraire, 1ls se sont
1 Paul entend par «justice de Dieu» la justice que l'homme obtient par le secours de Dieu. Gette justice, ou plutôt cette justification, Dieu l'accorde à ceux qui ont la foi. Il les justifie.
2 Habacuc 2, 4. On peut traduire aussi : Le juste par la foi vivra.
3 C'est-à-dire un châtiment.
ÉPÎITRE AUX ROMAINS 431
perdus dans des raisonnements sans valeur; leur cœur inintelligent a été plongé dans les ténèbres.
Ils se sont dits sages et ils ont été imsensés, ils ont substitué à la gloire du Dieu immortel des images représentant l’homme mortel, les oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles.
Voilà pourquoi Dieu les ἃ livrés à toutes les passions de leurs cœurs et à une impureté telle qu'eux-mêmes 115 déshonorent leurs corps. Oui, c’est pour avoir substitué à la vérité de Dieu le mensonge, pour avoir servi, avoir adoré la créature au lieu du Créateur, — (Béni soit-il à jamais! Amen!) —., c’est pour cela que Dieu les a livrés à des passions infâmes : Les femmes ont remplacé les relations naturelles par des actes contre nature ; les hommes de même ont abandonné leurs relations naturelles avec la femme, se sont pris de passions furieuses les uns pour les autres, ont commis entre hommes des infamies et ont reçu en leurs personnes le salaire que mérite leur égarement; et comme ils ne se sont pas souciés de savoir qui était Dieu, Dieu les ἃ livrés à un esprit d'aveuglement, et 115 font ce qu'il ne faut pas faire.
Ils ont tous les vices, toutes les méchancetés, toutes les malices, toutes les rapacités !; ne respirant qu'envie, meurtre, discorde, ruse, mauvaise foi; délateurs, calomniateurs, impies?, insolents, orgueilleux, présomptueux, ingénieux au mal, enfants rebelles, inintelligents, parjures, durs, impitoyables.
Ces gens-là connaissent le décret de Dieu qui condamne à mort ceux qui commettent de tels actes, et non seulement ils les commettent, mais ils approuvent ceux qui s’y livrent.
Donc, tu es sans excuse, ὁ homme, qui que tu sois, de juger autrui; car, en le-jugeant, tu te condamnes toi-même, et, en effet, tout en le jugeant, tu te conduis comme lui; et la sentence de Dieu sur ceux qui se conduisent ainsi est, nous le savons, conforme à la vérité.
1 Quelques anciens manuscrits lisent : foutes Les méchancetés, toutes les rapacités, toutes les malices.
? Littéralement : qui détestent Dieu; le même mot grec, accentué différem- Τὴ ent, signifie aussi : que Dieu déteste.
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Penses-tu, toi qui juges ceux qui se conduisent ainsi et qui en fais autant, penses-tu échapper à la sentence de Dieu? Et son inépuisable bonté, et sa tolérance, et sa patience les méprises-tu? Ignores-tu que la bonté de Dieu t'invite au repentir 1?
Par ton endurcissement et par l’impénitence de ton cœur, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour terrible où se révélera le juste jugement de Dieu
« Qui rendra à chacun selon ses œuvres ? »
Aux uns qui, en persévérant dans l’œuvre bonne, cherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité : la vie éternelle !
Aux autres qui, par esprit de parti, s'opposent à la vérité et se laissent aller à l’iniquité : la colère et l’indignation!
Malheur, désespoir sur toute âme d’homme qui fait le mal, sur celle du Juif d’abord, sur celle du païen ensuite!
Gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien, au Juif d’abord, au païen ensuite !
Car Dieu n’a pas égard aux personnes; tous ceux qui auront péché sans avoir eu de Loi, périront sans avoir eu de Loi, et ceux qui auront péché en ayant eu une Loi, seront jugés par cette Loi.
En effet, ce ne sont pas ceux qui entendent lire une Loi qui sont justes aux yeux de Dieu; mais ceux qui la pratiquent seront déclarés justes. Et quand les païens qui n’ont pas de Loi font naturellement ce que la Loi commande, tout en n'ayant pas de Loi, ils sont eux-mêmes leur propre Loi; ils montrent que l’œuvre commandée par la Loi est écrite dans leur cœur, c’est leur conscience qui l’atteste et ce sont leurs pensées qui tantôt les accusent, tantôt même les absolvent ὃ.
On le verra le jour où Dieu, selon l'Évangile que je prèche, jugera par Jésus-Christ les actions secrètes des hommes.
Toi tu te nommes un Juif, tu te reposes sur la Loi, tu es fier
L Au repentir ou : à La repentance, à La conversion.
2 Psaume 62, 13.
3 On peut placer les versets 14 et 15 entre parenthèses. Avec cette ponctuas tion, le verset 16 se trouve continuer directement le verset 13. — On verra, aw
jour du jugement, que ceux-là seuls qui auront pratiqué la Loi seront considérés
comme justes.
ÉPÎITRE AUX ROMAINS 433
de ton Dieu, tu connais sa volonté, instruit par la Loi tu sais peser le pour et le contre, tu te sens capable d’être un guide pour les aveugles, une lumière pour ceux qui sont dans les ténèbres, un directeur pour les ignorants, un maïtre pour ceux qui sont encore enfants, car tu as dans la Loi l'expression de la sagesse et de la vérité; et quand tu instruis ainsi les autres tu ne t’instruis pas toi-même! tu prêches de ne pas voler, et tu voles! tu dis de ne pas commeltre d’adultères, et tu en commets! tu as les idoles en abomination, et tu commets des sacrilèges! tu es fier d’avoir une Loi, et tu outrages Dieu en la violant !
[païiens à cause de vous 1.»
«Le nom de Dieu, comme dit l’Écriture, est déshonoré par les La circoncision est utile, sans doute, tant que tu pratiques la Loi; si tu la violes, tu es comme si tu n'étais pas circoncis. Si l'incirconcis observe les ordonnances de la Loi, tout incirconcis qu'il est, ne sera-t-il pas considéré comme circoncis? Et l'incirconcis de naissance qui observe la Loi ne te jugera-t-il pas, toi, qui la violes, possesseur de la lettre de la Loi et de la circoncision 2 ὃ On n’est pas Juif par l'extérieur ; la vraie circoncision n’est pas celle qui se voit sur le corps; mais le vrai Juif c’est celui qui l’est intérieurement, le vrai circoncis l’est dans son cœur, il ne l’est pas à la lettre, il l’est en esprit; voilà le Juif qui est approuvé sinon des hommes, du moins de Dieu!
Quelle est donc la prérogative du Juif, ou quelle est l'utilité de la circoncision? Elle est grande à tous les égards : Il y a d’abord ὃ que Dieu ἃ confié aux Juifs ses oracles. Comment donc? s'il en est qui ont manqué de foi, leur mfidélité annulera-t-elle la fidélité de Dieu 4? C’est impossible, il faut que Dieu soit véridique,
« Tous les hommes dussent-ils étre des menteurs ὃ,»
1 Ésaïe 52, 5.
3 On peut, d’après une autre ponctuation, lire ce verset sans point d’interrogation : ef l’incirconcis de naissance qui observe la Loi te jugera, etc.
3 Plusieurs anciens manuscrits ajoutent car et lisent : car il y a d’abord, etc.
# On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Quw’est-ce donc si quel-
ques-uns ont manqué de foi? leur infidélité, etc.