CHAPITRE II
selle de la Noue ait fini de pleurer. On ignore que j'ai tué Tillemont. Je continue à me montrer assidu auprès de la jeune personne ; je la subjugue par l'ascendant de l'être fort et passionné sur l'être délicat et sans défiance. Je l'épouse, et me voilà satisfait.
— Grand bien vous fasse. Allons dormir.
Fleuranges, qui ne connaissait personne à Paris, se lia volontiers avec Saint-André de cette amitié dont la dissipation est le principal aliment, et ils coururent ensemble la ville, les théâtres et les cabarets.
Au bout de trois jours, à l'instant fixé dans ses calculs pour son retour chez madame de Champré, Saint-André demanda ses plus beaux habits et confia sa tête à un habile perruquier. Fleuranges, pendant ce temps-là, rôdait dans les rues sans songer à rien. Le hasard et sa fantaisie le menèrent au delà des barrières devant une grille
ouverte au public. C'était le cimetière du Père-Lachaise. Le chevalier s'y promenait agréablement, et pensait quelque peu à la mort, ainsi que le lieu l'y conviait, lorsqu'il aperçut au détour d'un sentier une jeune dame vêtue de noir et agenouillée sur une tombe dans la pose la plus gracieuse du inonde. Par respect pour la douleur de cette inconnue, il allait se retirer doucement, lorsqu'au bruit de ses pas elle leva les yeux sur lui et poussa un cri plaintif de l'air d'une personne qui s'évanouit. Le chevalier, voulant la secourir, mit un genou en terre et souleva la dame entre ses bras ; il reconnut alors mademoiselle de la Noue.
— Ah! monsieur, dit-elle en ouvrant ses beaux yeux, vous n'êtes donc pas mort?
— Hélas ! non, mademoiselle.
— C'est fort mal à vous; mais que signifie ce tombeau où votre nom est gravé?
— Ce tombeau est celui de Tillemont ,