CHAPITRE II
et moi je suis le chevalier de Fleuranges.
Henriette se dégagea aussitôt des bras du
chevalier, et se remit d'un bond sur ses pieds.
— M'expliquerez-vous ce mystère, monsieur? Dans quel but vous êtes-vous joué d'une famille respectable en .usurpant un nom qui n'était pas le vôtre?
Fleuranges raconta la vérité tout entière, la rencontre de Saint- André, le duel, la blessure du pauvre Tillemont. Il avoua ensuite qu'il n'avait pas eu le courage de désabuser le commandeur, et qu'il s'était tiré brusquement d'affaire par une plaisanterie et une fuite précipitée.
— Mademoiselle, ajouta Fleuranges, je vois sur votre visage que vous ne me pardonnez pas d'être vivant. Peut-être craignez-vous le ridicule d'une aventure surnaturelle qui se termine par une simple méprise ; mais il y a moyen de s'entendre.
Faites comme si j'étais mort. Dans peu, je
quitterai Paris. L'adieu que je suis prêt à vous faire sera le même que si la tombe nous séparait réellement.
— Monsieur, reprit Henriette, on ne laisse pas leà gens pleurer et porter le deuil quand on n'est point mort. Me voilà si troublée à présent, que je ne sais plus où j'en suis.
— De grâce, permettez que je vous aide à vous reconnaître dans vos sentiments. Lequel pleuriez -vous des deux Tillemont ?
Était-ce le défunt que vous n'avez jamais vu, ou celui que vous avez vu et qui est vivant? Aimiez-vous l'inconnu parce qu'il était mort, ou le vivant parce que vous le connaissiez ? Les aimiez-vous tous deux , croyant qu'ils ne faisaient qu'un? ou ne les aimiez-vous ni l'un ni l'autre? Me revient-il une part de vos regrets et de vos larmes ? ou bien ne m'accordiez- vous ces larmes et ces regrets qu'à la condition d'être mort ? Enfin, si c'était moi que vous pleuriez, comment