CHAPITRE II
n'ètes-vous pas plus satisfaite de me retrouver en vie? ou si vous pleuriez le vrai Tillemont, comment ne le pleurez- vous plus puisqu'il n'est point ressuscité?
— Taisez-vous, interrompit Henriette, vous augmentez encore le chaos de mes idées. Je n'ai plus aucune envie de pleurer M. de Tillemont, et je ne vous aime pas.
— Convenez que cela est étrange, mademoiselle.
— Non, monsieur. C'est au contraire tout naturel : je ne veux plus pleurer M. de Tillemont, que je n'ai jamais connu, et je ne vous aime point, parce que vous n'êtes pas celui que je croyais, parce que je ne sais qui vous êtes, et que vous avez des torts envers moi.
— Comment pourrais-je les expier? Disposez de moi ; commandez : je suis prêt à vous obéir, et je meurs d'envie de vous satisfaire.
270 FLEUBANGE8.
— Donnez-moi un jour pour réfléchir.
Demain, vous saurez ma volonté.
— Vous me trouverez résigné d'avance.
Fieuranges tira de sa poche un portefeuille
et déchira une page sur laquelle il écrivit son nom et son adresse. Henriette mit le papier dans son sein, et, portant la main à son voile, elle regarda le chevalier d'un air moins irrité avant de cacher son visage.
— Monsieur, dit-elle, il faut d'abord me promettre d'être discret.
— Comme un véritable mort.
— Et de ne pas faire rire les gens à mes dépens.
— Ah ! mademoiselle, c'est à présent que je paye cher mes fautes.
— Je crois à votre loyauté. Adieu, monsieur. Éloignez-vous. Je vais appeler ma femme de chambre, qui m'attend près d'ici.
Fieuranges salua respectueusement et partit ; puis il se mit tout de suite à rêver à