‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 109 sur 133 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

cette rencontre, aux grands yeux d'Henriette à demi cachés par le voile de gaze, à l'élégance de la coiffure en calèche et à cent autres beautés qui allaient peut-être lui tourner la cervelle, s'il n'eût trouvé à deux pas du cimetière une baraque où l'on montrait des marionnettes. Il les regarda si longtemps et s'en amusa si bien, que sa tête en fut un peu dégagée. Finalement, il ne se crut pas amoureux ; mais il se promit d'obéir en homme de parole aux ordres qu'il devait recevoir le lendemain. Après avoir beaucoup erré dans la ville, le chevalier alla chez Saint-André chercher des nouvelles. Le baron arriva sur le soir, fort essoufflé. U se mira devant une glace, fit le tour de la chambre, se bourra le nez de tabac, et, s'arrétant auprès d'une bergère où Fleuranges était assis :

— Chevalier, dit-il, les affaires ne vont pas sur des roulettes. Cette jeune fille est

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un Protée : hier en grand deuil, aujourd'hui vêtue de satin rose, étendue sur un canapé, des coussins sous chaque bras, et autour d'elle une douzaine de prétendants auxquels elle tient tète avec l'assurance nonchalante d'une petite-maîtresse consommée. La tante me reçoit à merveille. Le commandeur me tape sur l'épaule en m'appelant mauvais sujet. Je me place dans le cercle des jeunes fats. L'un d'eux s'avise de parler musique, et je lui explique qu'il est un ignorant ; un autre fait l'entendu sur la politique de M. de Maurepas, et je lui apprends qu'il n'en sait pas un mot ; le troisième dit que Mole a bien joué le Philosophe sans le savoir, je lui prouve qu'il ne l'a pas compris. Les autres, un peu étonnés, se rabattent sur la pluie et le beau temps ; je leur démontre avec une politesse extrême qu'ils sont des ânes. Ils se lévent, font des pirouettes et demandent leurs carrosses. Me voilà en tête-à-tête. Savez-

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