‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 110 sur 133 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

vous de qui la jeune personne me parle?

— De Tillemont ?

— Non, de vous , « N'avez-vous pas un ami appelé Fleuranges? me dit-elle. Il esta Paris depuis peu, je crois. On nous en a dit du bien. II est original, n'est-ce pas? un peu farouche? Pourquoi ne va-t-il pas dans le inonde ? A-t-il des protections à la cour?» Je devine qu'elle vous connaît, qu'elle sait mon duel et l'affaire du quiproquo. Je m'exécute de bonne grâce ; je fais votre éloge, et après avoir donné les renseignements qu'on me demande et nommé votre protectrice, madame de Polignac, je pirouette comme les autres et je disparais. Concevez-vous rien à cela?

Fleuranges prouva que la chose était concevable en racontant son aventure du cimetière, et comment il s'était vu forcé de dire à Henriette la vérité.

— Par le ciel ! s'écria Saint-André, s'il

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en est ainsi, que ne jouez-vous à la bouillotte ? Vous auriez brelan à tous les coups.

— N'en doutez pas, répondit Fleuranges en riant.

— Il est incroyable, reprit le baron, que toutes mes chances favorables passent sur vous. Changeons de situation, et je serais marié dans quinze jours. Ce qu'il y a déplus piquant, c'est que vous n'avez aucune prétention sur mademoiselle de la Noue.

— Aucune prétention ; cependant si les circonstances me la jettent à la tête, je la prendrai.

— Je suis bon camarade, chevalier ; mais votre indolence est une ample compensation à mon peu de bonheur, et je ne vous regarde pas comme plus avancé que moi. Vous me permettrez de persister encore jusqu'à nouvel événement.

— Persistez, baron. Je ne vous en détourne point.

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La poste apporta bientôt un petit billet où Fleuranges lut ces mots :

« Si M. le chevalier se trouve bien à Paris, qu'il y reste. La parole d'un galant homme comme lui répond assez de sa discrétion» Ses torts sont pardonnes. On ne lui ordonne ni ne lui défend rien , pas même de venir rendre ses devoirs aux dames de la rue de Vendôme. »

— Voilà qui est trop fort ! s'écria Saint- André. Le bon vent souffle pour vous, chevalier. Profitez-en. Battez le fer pendant qu'il est chaud. L'occasion court sur un rasoir...

— Épargnez-moi les citations de Phèdre :

je l'ai traduit avec mon précepteur. Les proverbes disent blanc et noir sur toutes les questions, et je réponds au vôtre par celuici, qui est fort sage : Tout vient à point à qui sait attendre. Je n'ai pas envie d'aller faire nombre dans un troupeau d'adorateurs méprisés.

Le baron, en ami véritable, employa ses plus belles phrases et ses plus hautes considérations philosophiques à encourager Fleuranges. Il ne fut pas en peine de lui tracer un plan qui devait infailliblement le conduire à l'église. L'éloquence de Saint-André fut si entraînante, que le chevalier se laissa nouer sa cravate, jeter de l'eau de senteur sur son jabot, et placer l'ipée en travers sur les mollets. Le baron se recula ensuite pour le considérer en perspective ; il js'écria que Fleuranges était charmant, et il poussa le conquérant par les épaules.

Une fois dehors et paré comme un prince, notre chevalier se sentit en belle humeur.

11 allait assurément faire sa visite, si un petit incident n'eût disposé de lui. C'était l'heure où, par ordre du lieutenant de police, on arrosait devant les portes. Les dames marchaient sur la pointe du pied, en relevant leurs robes. Fleuranges se trouva

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