CHAPITRE IV
et à présent je ne sais plus que vous dire.
— Monsieur, répondit Jeannette , vous n'avez pas réfléchi à une chose ; c'est que je déchirais cette lettre dont vous parlez , et que par conséquent je n'ai pas envoyé à mon amoureux ce que vous avez lu.
— N'importe. Vous l'avez appelé ingrat; il vous a donc trompée?
— Il m'a abandonnée. Nous nous aimions depuis six mois ; il devait obtenir une place de premier commis à Lyon dans une fabrique de soieries etm'épouser avant de partir. Il a obtenu sa place , et il est parti sans moi.
— Le perfide ! Vous en avez beaucoup de chagrin ? Il faut l'oublier , ma mie.
— C'est ce que je fais , monsieur ; mais de temps en temps je pense à lui , et je pleure.
— Pauvre enfant! Quel âge avez* vous?
— Seize ans.
— Le joli âge! Donnez-moi la place de votre petit traître de commis.
— Impossible, monsieur : nous devions nous marier ensemble , et vous ne pouvez pas m'épouser.
— Vous avez raison. Il n'y a rien à répondre à cela. Vous resterez sage , et moi je vais être malheureux. Je ne vais pas dormir de la nuit.
— Est-ce bien vrai, monsieur?
— Gela est certain. Je vous aime, comme si je pouvais vous épouser , quoique je sache bien que c'est impossible. Ah ! que je suis fâché de vous avoir vue !
— Et moi je suis au désespoir de votre chagrin ; mais que faire? Nous n'y pouvons rien.
— Absolument rien. Adieu, Jeannette.
Faites-moi toujours douze chemises...
Fleuranges passa la journée à soupirer pour Jeannette. N'ayant point cette fois de