CHAPITRE IV
fausse délicatesse , ni de scrupule de fortune, son cœur se livrait tout entier. Un reste de dépit contre Henriette excitait son ardeur en ajoutant à l'attrait du plaisir le charme de la vengeance. Il n'en dormit pas de la nuit comme il lavait prévu. Saint- Audré T qui ne songait plus à l'aventure de la veille, voyant Fleurangestout bouleversé, lui demanda ce qu'il avait.
— Ah ! mon ami , répondit le chevalier , je l'ai vue. Elle est adorable, bonne, douce ; mais, hélas ! trop sage pour m'aimer.
— Gela viendra. Un peu de patience.
Qu'y a-t-il de nouveau ? Que lui avez-vous dit?
— De me faire douze chemises.
— Des chemises ! une héritière d'un million.
— 11 s'agit bien d'une héritière ! c'est à Jeannette que je pense.
Fleuranges expliqua ce que c'était que
Jeannette , et sans écouter les remontrances de son confident, il le supplia de lui indiquer les moyens de plaire à cette jeune fille.
— La belle difficulté , dit Saint-André , que de plaire à une grisette ! Vous la menez à la comédie ; vous lui offrez un souper chez vous , après le spectacle. Vous l'étourdissez avec du vin de Champagne, et elle ne vous quitte que le lendemain matin. Telle est la recette.
— Oui , pour les gens habiles et passionnés , comme vous ; mais moi , indolent et maladroit , je m'en tirerais mal. Je tomberais à ses genoux comme un sot. Ah! c'est maintenant que je comprends ma faiblesse et votre supériorité.
Le chevalier se coucha sur un tapis, et se frappa la tête par terre en répétant :
— Quand je pense qu'à ma place Saint- André. saurait plaire à Jeannette!
Après bien des gestes de possédé, des cir-