CHAPITRE lit
l'autre sur la table des pièces d'étoffe si riches que Luigia en eut les larmes aux yeux.
—Eh! qui donc est ce généreux cavalière?
demanda don Vitale suffoqué.
! — Don Giovanni Tomolo.
— Ce mendiant de Zanetto ! s'écria le ! père. Il a donc volé ces étoffes ? Emportez
bien vite ces larcins : nous ne sommes pas des receleurs.
— Comme il vous plaira , dit le valet en faisant mine de reprendre le cadeau.
! — Un moment ! dit la jeune fille en se
jetant sur les pièces de soie ; ceci est à moi, comme vos chausses percées sont à vous, mon cher papa. Je ne le lâcherai qu'avec la
1 vie. Qui donc me donnera jamais des présents aussi beaux? Est-ce vous, qui m'habillez de serge verte? ou bien est-ce Marcantonio , qui porte du nankin au mois de décembre? Quoi qu'il arrive , ce qui est donné est donné. Il ne faut pas me pousser
56 LE HOUVÏL ALADDIff.
à bout, parce que je suis douce naturellement ; mais je deviendrai une (igresse, une lionne d'Arcadie, si Ton veut m'enlever mon bien. Je garde les étoffes, je les taillerai, je les couperai, je les vendrai, si cela me plaît, comme on fait d'une chose qui vous appartient entièrement, absolument, en tout ou en partie.
— Sang du Christ! dit le père. Qu'en pensez-vous, mon gendre? Faut-il lui laisser ces trésors? Au fait, si elle les vend, ce sera de l'argent de plus dans voire ménage, et puisque Zanetto est assez fou pour se ruiner, prenons que ceci est votre cadeau de noce, et moquons-nous de lui.
On entendit un bruit semblable à une coquille de noix écrasée par le talon d'une botte : c'était Marcantonio qui riait.
— Que Luigia soit ma femme , dit-il , et puisse-t-elle recevoir pour cent mille écus d'étoffes !