CHAPITRE III
— Ainsi , le présent est accepté? dit le valet en se retirant.
— Accepté , répéta la jeune fille , et dîtes à votre maître qu'une demoiselle à marier est à marier, et que tant qu'elle n'est pas mariée , on ne sait qui l'épousera ; et que mariage en projet est mariage à rompre, puisqu'il ne se romprait pas, s'il n'était plus en projet; et dites-lui encore :Abon entendeur salut ! Et que je le tiens pour un galant et généreux jeune homme, et que les vilains ne lui ressemblent pas et n'auront pas le même sort que lui ; et demandez-lui s'il a bien porté à ses lèvres un mouchoir; et dites-lui aussi que les filles ont des ailes dans l'occasion , et qu'on ne prend pas les mouches sans miel, ni sucre, ni aucune autre friandise ; et que ceux qui ne donnent rien aux mouches ne prendront rien en fin de compte.
— Je lui répéterai tout cela , signorina,
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aussi fidèlement qu'un chantre d'église répète ses psaumes. Ne me donnez-vous rien pour ma commission ?
— Si fait , cela est juste. Marcantonio , donnez on florin à ce bon serviteur. Je vous le rendrai dimanche, quand mon papa m'aura payé ma semaine.
Marcantonio fit une grimace comme s'il eût avalé du vert-de-gris , et retourna ses poches qui étaient vides.
— Eh bien ! reprit Luigia , voilà mes ciseaux à manche doré. Ils valent bien deux ducats. Vendez-les pour boire à ma santé.
Adieu, mon ami.
— Est-ce bien moi qui ai mis au monde une fille aussi prodigue? murmura don Vitale. Qu'elle souhaite garder les étoffes, cela se conçoit ; mais jeter ainsi des ciseaux dorés à la tète d'un valet!... Marcantonio, mon gendre, il faudra veiller de près sur votre épouse.