CHAPITRE m
Le notaire qui a dressé l'acte de vente du palais Loredano, a refusé obstinément de répondre à mes questions. Je n'y entends plus rien.
— Savez-vous ce que je pense? dit un Taccagno , c'est que Zanetto a feint d'être misérable pour économiser et amasser, comme nous, et qu'il nous a surpassés dans notre science avec ses habits en lambeaux et ses airs de vaurien. Aujourd'hui, il veut jouir de son revenu, et par conséquent il va se ruiner.
— Cela choque la vraisemblance , dit le signor Canapo. Lorsqu'il m'a enlevé hier une lentille qui m'appartenait bien et dûment, je vous assure qu'il n'avait pas le sou ; je me connais en physionomie. Ce n'est pas que Zanetto manque de distinction naturelle. La gueuserie était dans ses habits , mais non dans le sang, qu'il a particulièrement noble el de bonne condition. Son vagabondage
64 LE NOUVEL ALABDIN.
était fougue de jeunesse. Depuis qu'il est riche , il a un air tout à fait gentilhomme.
On dit qu'il va tenir table ouverte. Je compte bien lui aller demander à dîner sans rail-* cune; et voilà comment une lentille perdue se rattrape avec un bénéfice de mille pour cent, ce qui prouve qu'une disgrâce cache souvent un bonheur qu'on ne voit pas.
Don Vitale écoutait ces discours avec attention ; ses idées se modifiaient peu à peu , et ses véritables intérêts de père ne savaient plus sur quelle tète se placer entre Marcantonio et Zanetto.
— Mes chers confrères, dit-il aux Taccagni, vous êtes des gens biens avisés qui ne vous prendriez pas à des apparences éblouissantes ; que pensez-vous de cette fortune inconnue? la croyez-vous réelle, solide , et non pas chimérique?
— Elle est bien réelle, répondit le doyen»
Abraham Mûller n'a pas coutume d'ouvrir de&