CHAPITRE
vanité, puisqu'elle vous oblige à revêtir une robe de velours le jour de vos audiences.
11 n'est pas décent qu'un Taccagno possède une robe de velours : j'en appelle à nos confrères.
— Je vais me disculper, répondit don Vitale. Ma robe n'est faite en velours que par devant ; le dos est de grosse panne de laine, et pour cette raison je ne quitte le fauteuil qu'après la retraite des plaidants. N'est-ce pas là une invention inspirée par le pur esprit de la bonne lésine? J'en appelle à nos amis.
Tous les Taccagni approuvèrent du bonnet.
— Quant au mariage de ma fille, c'est mon affaire. Je saurai ramener mon gendre à mes principes, et il n'aura Luigia que sans dot, tandis que vous me demandiez la somme énorme de trois mille écus, sous le prétexte de frais d'établissement. Je ferai donc une
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notable économie en retirant ma parole, el je la retire.
— Allez, murmura Canapo, ce feu de paille s'éteindra. Zanetto redeviendra gueuxcomme il Tétait hier, et vous serez trop heureux de nous donner votre fille.
Don Vitale haussa les épaules, et quitta la bande des Taccagni pour se promener sur la rive des Esclavons, dans l'espoir d'y rencontrer Zanetto. C'était l'heure où le beau monde venait chercher le soleil devant les murs du Palais-Ducal. Le cavalière Tomolo parut en effet richement vêtu d'un mantelet de drap à franges , avec des bottes de maroquin , le chapeau à plumes et à ganse d'or. Il aborda poliment don Vitale, et, le saluant avec respect :
— Signor juge, lui dit-il, excusez la liberté que je prends de vous demander en personne la permission de faire ma cour à votre aima* ble fille. Je sais qu'on emploie d'habitude