CHAPITRE IV
présent et de celui que l'avenir leur réservait. Ils employèrent ainsi deux grandes heures à parler l'un après l'autre, ou , plus souvent encore, tous deux à la fois.
— Enfin, disait la jeune fille, je pourrai donc faire de la polenta comme je l'entends, sans être obligée d'épargner le beurre; du risotte sans regarder au safran! car il faut que vous sachiez, don Zanetto, que j'ai des talents de bonne ménagère.
— Ces doigts effilés ne sont pas faits pour approcher des fourneaux , chère Luigia, répondit Zanetto. Je vous permettrai seulement de surveiller vos nombreux cuisiniers.
— Oh ! vous ne me refuserez pas la permission de vous accommoder moi-même une polenta , ne fût-ce qu'une fois par semaine, le dimanche en revenant de vêpres.
II fallut accorder cet article important pour satisfaire la jeune fille. Zanetto fit en-
76 LE NOUVEL ALADDIfl.
suite une peinture romantique des délices qu'il préparait à sa fiancée ; du plaisir de causer sur le balcon du palais Loredano, en regardant passer les gondoles ; d'aller au fresco respirer l'air du soir avec deux rameurs habiles , de se promener à Murano sous les bosquets de vigne, d'écouter la symphonie, d'aller au spectacle, aux Begates, à la Sagra de chaque paroisse, et de marcher sur des tapis en hiver, sur la porcelaine ou le marbre en été. En écoutant cela , Luigia voyait passer devant ses yeux une procession de tableaux si doux et si charmants qu'elle se croyait dans le monde des fées ; et quand son mari lui eut promis un maitre de chant, une volière d'oiseaux rares et des épingles en filigrane, elle se sentit si joyeuse qu'elle se mita courir autour de la table pour échapper à l'émotion qui l'accablait.
Lorsque le père fut rentré , Zanettb prit congé de sa maîtresse pour aller aussi près-