CHAPITRE IV
ser la conclusion de son mariage. Il promit de donner le diner de noce dans son palais, et cette fine attention toucha au cœur le vieux Taccagno , qui n'était pas fâché de marier sa fille sans frais aussi bien que sans dot.
Bans ce temps-là les femmes de Venise portaient souvent le masque en public, et les rues de cette grande ville devenaient ainsi comme le foyer d'un bal masqué perpétuel. En retournant chez lui par la Riva, Zanetto, Je nez au vent, les cheveux frisés en tire-bouchon, et le poing sur la hanche, passa fièrement au milieu des promeneurs qui se chauffaient au soleil devant le palais ducal. Il entendit une voix douce qui disait à côté de lui :
— Le voici !
Et il aperçut une jeune personne richement vêtue, dont le demi-masque noir laissait voir une bouche admirable, des yeux
78 LE NOUVEL AXADDIN.
brillants, un front d'ivoire et des cheveux d'un blond de feu. On la reconnaissait à sa démarche majestueuse pour une demoiselle de distinction. Une espèce de duègne portant de larges coiffes et un chapelet accompagnait cette jeune fille. Le bon Zanetto avait quelques défauts, et le moindre de tous était cette confiance en soi-même que donnent une jolie figure et l'ardeur de la jeunesse.
Sa vanité, encore excitée par la persuasion que rien ne lui était plus impossible, lui souffla la pensée que sa bonne mine avait frappé la belle inconnue.
— Il est évident, se dit-il, que le bruit de mon bonheur et de ma fortune subite est venu aux oreilles de cette dame. Elle parlait de moi lorsque j'ai paru, et delà vient qu'elle s'est écriée : « Le voici ! » Elle m'a remarqué, par conséquent je lui plais ; suivons-la et tâchons de lui parler.
L'inconnue ne manqua pas de saisir le