CHAPITRE IV
bras de sa compagne, et toutes deux hâtèrent le pas, afin de se dérober aux poursuites du signor cavalière; mais Zanetto, exercé aux chasses de ce genre, ne se laissa pas dérouter par les mille et un détours qu'on lui fit prendre. Après avoir marché fort longtemps, les deux femmes se dirigèrent vers l'arsenal et s'arrêtèrent enfin dans une rue déserte :
— Pour l'amour de Dieu ! signor , dit la duègne, cessez de nous suivre. Si Ton vous voyait, nous serions perdues ! Le seigneur Bragadino est si sévère pour ma pauvre mattresse , que vous nous feriez enlever le peu de liberté que nous avons.
— C'est à moi de vous adresser des prières et non d'en recevoir , répondit Zanetto ; je suis au désespoir d'avoir déplu à votre belle maîtresse, et je n'insiste plus que pour savoir qui elle est.
— Vous ne nous déplaisez pas , don Za-
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netto, reprit la vieille ; si ce n'était le danger nous causerions avec vous aussi longtemps qu'il vous plairait. Nous vous connaissons bien, et nous vous dirons qui nous sommes, pour vous remercier de votre soumission 9 n'est-ce pas , signora ?
La jeune personne ôta son masque et découvrit un visage si beau que Zanetto en resta immobile comme une statue.
— Je m'appelle Jacomina, dit-elle ; je suis nièce du seigneur Bragadino, patriarche de Venise, et je demeure ici près à Saint-Pierre du Gastello. Mon oncle m'oblige à prendre le voile ; dans huit jours j'entre au couvent. Notre connaissance ne sera pas longue , signor Zanetto; cependant je suis bien aise d'avoir vu un cavalière qui passe pour aimable et généreux. Je prierai Dieu pour vous, quand j'aurai quitté le monde.
— Ne vous reverrai- je donc plus ? demanda Zanetto.