CHAPITRE IV
— Viendra-t-elle ? ne viendra-t-elle pas?
Grand Dieu, si elle manquait à sa promesse (
Si le lecteur est allé à Venise et qu'il ait faitla promenade de rigueur en gondole dans le grand canal, il a sans doute remarqué, entre l'hôtel de la Poste et le pont du Rialto, le beau palais Loredano avec ses six colonnettes de marbre, son portail élégant, ses fenêtres hautes et rapprochées, ses dessins et ses trèfles arabes, son toit à l'italienne et ses cheminées en tulipes. En face , à Saint- Sylvestre , est une tonnelle de verdure où s'épanouit une vigne, ancienne aujourd'hui, mais qui était jeune du temps où ces choses se passaient à Venise. Notre héros , caché sons le portail , voyait arriver les barques chargées de fruits et de légumes qui venaient deMestre pour se rendre aux divers marchés de la ville. Le soleil dorait les façades des palais de la rive opposée ; des gondoliers indolents chantaient appuyés sur leurs rames,
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en laissant à la marée qui se retirait le soin de les conduire.
Un autre aurait pu jouir du tableau que Venise présente toujours à cette heure par une belle matinée ; mais dans son trouble amoureux , notre héros n'avait plus d'yeux pour les merveilles de sa ville natale, et le lecteur l'excusera, car il a certainement souffert comme le bon Zanetto les angoisses de l'attente en pareille circonstance. Neuf heures étaient sonnées depuis longtemps à Saint-Sylvestre, quand Zanetto entenditdans le Rio le plus proche de son palais ce cri monotone par lequel les barcarols s'avertissent qu'ils approchent du tournant. Une gondole passa rapidement du Rio dans le grand canal et vint aborder au palais Loredano. Deux femmes masquées sortirent de cette gondole , et montèrent le perron. Zanetto s'élança de sa retraite, prit le bras de la belle Jacomina et la conduisit au salon.