CHAPITRE IV
— Hou Dieu! dit la vieille en se jetant dans un fauteuil , quelle équipée ! Est-ce bien moi, donna Flora de la Torre, d'une famille noble de Sienne , qui ai pu prêter les mains à une pareille folie? Je nepuis y croire encore.
— Allons, chère Flora, dit la jeune fille avec gaieté, ce n'est pas le moment de se la* inenter. Cette folie est la première et la der. nière que je ferai. N'empoisonnons pas cette heure si courte et si belle par des réflexions pénibles. Le vin est tiré, il faut le boire ; la collation est servie, mettons-nous à table.
Zanetto avait renvoyé ses domestiques pour avoir plus de liberté. Notre héros servit lui-même sa maîtresse, sans pouvoir manger, tant son bonheur lui serrait la gorge. La belle Jacomina accepta quelques fruits rares et trempa le bout de ses lèvres dans un verre de vin d'Espagne, dont la duègne vida deux flacons sans se faire prier, ce qui changea
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ses lamentations en murmures de plaisir et de gourmandise.
— Mes enfants, dit la vieille quand elle eut un peu calmé sou appétit, au lieu de vous regarder avec tendresse et de vous tenir par la main, causez de vos affaires, car, si je ne m'en mêle, vous ne prendrez aucune détermination pour l'avenir.
— Ah ! dame Flora , répondit la feinte nièce de Bragadino, demandez vous-même à ce jeune zeigneur ce qu'il peut faite pour moi ; ze n'ai pas le courage de parler de mon triste avenir.
— Ce que je ferai! dit Zanetto avec emphase; j'écrirai un mot à votre tyran , un simple mot suffira. Je lui ordonnerai de briser à l'instant vos chaînes , de renoncer à ses affreux desseins, et il y renoncera sur l'heure, je vous en donne ma parole.
— Sainte Vierge ! s'écria la duègne, nous sommes perdues si vous faites cela. Vous ne