‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 5 sur 133 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

double de ces folles dépenses ; mais de quoi servent ces oripeaux sur un corps refroidi?

de quoi ce bruit à des oreilles fermées , et cet encens à des narines insensibles ? Pour moi , si j'étais des Quarante , ce qu'à Dieu ne plaise, car il me faudrait me vêtir de soie et d'or , je dirais à mes confrères , comme feu Vespasien aux sénateurs de Rome : «Mon enterrement vous coûtera cent mille sesterces ; donnez-les-moi tout de suite , pendant que je suis vivant , et jetez mon cadavre à la mer quand je serai mort. »

— Ce Vespasien était un sage, digne d'entrer dans notre compagnie.

— Vous l'avez dit, signor Ganapo, reprit don Vitale , et de plus un homme éclairé en matière de lésine, puisqu'il fit sa fortune en spéculant sur des immondices, afin de prouver qu'il ne faut rien mépriser et que tout est bon à enrichir celui qui recueille et conserve.

10 LE NOUVEL ALADDlff.

— Tout est bon, messieurs, tout est bon pour celui qui recueille et conserve.

En parlant ainsi , le signor Ganapo aperçut à ses pieds une lentille sèche qui gisait sur la dalle. Une main longue et osseuse qu'il abaissa jusqu'à terre tenta de ramasser cette lentille; mais, dans son avide empressement , le Taccagno laissa tomber son chapeau, et un jeune homme qui passait, s'emparant lestement du chapeau, se mit à courir devant le groupe sinistre des vieillards.

— C'est toi , coquin de Zanetto , méchant garnement, dit le signor Ganapo. Rendsmoi mon chapeau , petit drôle , et ne le secoue pas si fort. Tu vas me le bossuer. Si tu le brises , tu me le payeras ; je t'en avertis.

— Il faut de l'argent pour payer, signor , répondit Zanetto, et je n'ai pas d'argent.

Tout service mérite un salaire : je vous ai ramassé votre chapeau , vous avez de l'argent, c'est à vous de me payer.

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