CHAPITRE VI
Le directeur conduisit Zanetto jusqu'à l'escalier des Géants, lui fit un salut amical et rentra dans le palais. Aussitôt que notre héros eut franchi le seuil et passé devant les fatales colonnes qui servent de potence, il commença par courir et gambader comme un écolier en récréation pour se dégourdir les membres. Ensuite il jeta un regard de bonheur et d'amour sur le ciel éclatant de l'Italie, sur la mer, sur le portail de l'église, sur l'horloge avec son large cadran bleu et ses bonshommes de bronze qui frappent les heures d'un air si gauche et si divertissant; et puis, en régardant le campanile et la foule amassée pour l'ouverture de la bourse, il se souvint du segatore et de la commande qu'il avait faite à ce brigandi Zanetto s'approcha en tremblant du pilier où se tenait jadis l'officieux Matteo. Il ne le trouva pas à son poste. Enfin, après avoir attendu et cherché, il demanda timidement des nou-
134 LE NOUVEL ALADDIR.
velles du segatore au vieux bouquiniste établi sous le campanile.
— Jeune homme, répondit le marchand, je vous souhaite de voir ce bandit le plus tard que vous pourrez, car il est dans les puits pour cause de guet-apens, et à présent on lui serre les pouces avec un étau pour lui faire avouer ses méfaits. Si vous êtes de ses amis ou si vous avez affaire à lui, ne vous en vantez pas.
— Adieu, mon talisman ! s'écria Zanetto avec un soupir.
Et notre héros mit ses mains dans ses poches et se promena en chantant sur la piazzetta pour jouir du soleil et du souffle de la brise. Le groupe des six Taccagni était assis sur les marches de la Zecca.
— Ne vois-je pas ce coquin de Zanetto?
dit l'un d'eux.
— Lui-même, dit noire héros en s'appro-