‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 68 sur 133 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

II chercha dans la foule des passants un visage de connaissance pour faire un emprunt. Le sort amena dans son embûche le plus coriace gibier de tout Venise, Marcantonio Canapo. Un autre queZanetto eût peutêtre hésité à demander un service à son rival ; mais notre héros n'avait pas de fausse honte et marchait droit à son but. Le jeune Taccagno paraissait fâché de la rencontre , et son visage maigre trahissait une émotion intérieure. On pouvait profiter de sa frayeur; avec les poltrons , c'était un homme redoutable que le bon Zanetto.

— Signor.Marcantonio , dit-il , vous êtes bien favorisé du hasard aujourd'hui. Nous avons une querelle à vider ensemble , dans laquelle il semble que vous devez perdre vos deux oreilles. Mais par un coup de la fortune, je cherche une personne de connaissance à qui demander un petit service , et le sort vous conduit à moi dans le seul mo-

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oient où je ne puisse pas me fâcher contre vous. J'ai oublié ma bourse à la maison :

faites-moi le plaisir de me prêter un ducat.

— Un ducat? répéta Marcantonio ; je n'ai pas cette soinme-là sur moi. Je n'ai, je crois, que deux livres de Venise.

— Eh bien ! donnez-moi ces deux livres.

— Qu'en voulez- vous donc faire?

— Gela ne vous regarde pas. Cependant je vous le dirai. Avec l'une de ces deux livres , je jouerai un terne à la loterie ; avec l'autre, j'irai boire une fiasque de vin de Chypre aux fondamenti nuovi, dans le quartier de San-Nicolo.

— San-Nicolo! dit Marcantonio ; c'est un lieu dangereux, dit-on, à cette heure.

— J'aime le danger ; voilà comme je suis.

Allons : où sont ces deux livres?

— Ne jouez pas à la loterie, signor Zanetto ; croyez-moi, c'est un jeu de dupe ; cela est bon pour les servantes. Savez-voas

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