‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 7 sur 133 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

peinture , tant de vues de Venise, qu'il n'est pas besoin d'avoir été dans cette ville enchantée pour connaître Saint-Marc, le Palais ducal et le quai des Esclavons. Celui qui a seulement regardé avec plaisir les tableaux de Canaletto , sait qu'il y a au coin de la piazzetta un enfoncement formé par les murs des Procuratie-Nuove et l'entrée de l'ancienne Becca. Dans ce recoin exposé au midi, comme tout le quai dont il est le prolongement, les promeneurs, à l'abri des vents du nord et de l'ouest, trouvent un lieu de délices économique, où le chauffage est gratuit, la compagnie nombreuse , mais peu choisie, le point de vue magnifique, et le confortable vénitien à la portée de toutes les fortunes, puisqu'on y prend le café pour la bagatelle de trois sous. Cette espèce de Petite Provence appartient surtout aux enfants, aux nourrices et aux vieillards , qui cherchent le repos , tandis que le monde

élégant se promène d'an bout à l'autre de la Rive des Esclavons.

Notre honorable compagnie des Taccagni avait adopté cette serre chaude publique pour son local de réunion ; c'était là qu'on discourait. On se réjouissait de n'avoir besoin ni de bois ni de charbon , mais on regrettait que Dieu n'eût pas donné à l'homme un vêtement naturel comme au chat; on agitait de grandes questions d'économie do* (( mestique, et l'on descendait avec émulation dans les profondeurs de la science lésinante.

Pendant ce temps-là Zanetto Tomolo avait suivi par hasard un vieux Turc accompagné d'un serviteur qui portait un grand sac extrêmement lourd. Le porteur déposa son fardeau sur les marches qui descendent dans l'eau , et un barcarol s'approcha pour recevoir la marchandise dans sa gondole. Zanetto tira le vieux Turc par sa manche.

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