CHAPITRE I
— Seigneur, lui dit-il , ne sont-ce pas des lentilles que vous avez dans ce sac?
— Oui , répondit le Turc avec un regard perçant; comment sais-tu cela, jeune homme?
— Voici une lentille que j'ai trouvée par terre à deux pas d'ici , et je suis venu pour tous avertir que votre sac doit être percé en quelque endroit.
— Par Allah ! s'écria le Turc , je ne voudrais pas pour mille ducats qu'il y eût un trou à mon sac. Puisque tu as de bons yeux, jeune homme , regarde si la toile est percée , comme ta le dis.
Zanetto examina le sac de toile et découvrit , en effet, dans l'une des coutures, une fente imperceptible.
— Voyez, seigneur, dit-il, ce petit trou
a dû laisser échapper seulement trois ou
quatre lentilles ; ainsi le prophète ne vous
enlèvera pas un gros trésor ; mais, ayez soin
de surveiller cette couture qui va s'ouvrir
18 LE NOUVEL ALADOIN.
davantage ; sans cela vous perdrez une bonne cuillerée de votre fortune avant d'arriver chez vous. Gomme je vois que les lentilles valent de l'or à vos yeux , je ne veux pas vous priver de celle que j'ai ramassée. Reprenez-la , seigneur ; une lentille mal acquise me pèserait sur l'estomac.
— Viens avec moi , jeune homme , dit le Turc; tu sauras l'importance du service que tu m'as rendu.
L'étranger donna un demi-ducat au porteur du sac, puis il prit Zanetto par la main, le fit descendre dans sa gondolé et commanda au barcarol d'aller à Saint-Pan taléon. Tandis que la barque circulait dans les petits canaux, le vieux Turc parla ainsi :
— Mon ami , dit-il à Zanetto , ce que tu as fait est d'un honnête garçon , et mérite une récompense. Je ne suis pas si pauvre que tu le crois. Parmi ces lentilles , il y a dans ce sac pour huit cent mille ducats de