CHAPITRE VII
Mais aussitôt que Zanetto eut tourné le dos, Marcantonio ajouta charitablement :
— Puisses-tu être assommé dans quelque orteria borgne , maudit vaurien ! et puisse ton corps n'avoir d'autre sépulture que la gueule des poissons !
Tandis que le Taccagno faisait ce souhait peu chrétien, notre héros marchait d'un pas ferme et résolu vers le but de son expédition. La nuit tombait , et comme la distance était grande , le moment de se mettre en route était venu. Il marcha ainsi d'un air déterminé jusqu'au pont du Rialto ; mais, arrivé à ce point, il ralentit le pas, le bon Zanetto , et son cœur commençait à battre violemment. Quoique habitué aux tavernes et à la vie nocturne, il craignait le quartier de San-Nicolo , où demeure une population violente et passionnée , jadis la terreur des sbires , aujourd'hui des douaniers.
Notre héros se demandait si , en bonne
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philosophie , il ne valait pas mieux renoncer à son talisman que de risquer (Je perdre un membre dans quelque bagarre. Cependant, tout en réfléchissant, il marchait toujours. Une fois devant l'église des Jésuites , il était trop près pour reculer. Il avança ainsi jusqu'à la hauteur de Santa-Chiara, et se trouva aux fondamenti nttovi. Les premières figures qu'il aperçut attablées dans les jardins , à la lueur des chandelles, lui semblèren^hMbjes et bienveillantes. À l'enseigne de la Sepia était l'osteria deClaudio. Il y entra, prit un tabouret de bois et s'assit dans la grande salle en demandant une fiasque de Chypre. L'osteria était sombre : de méchants quinquels épaississaient l'air de leur fumée acre : on sentait à un degré intense cette odeur d'huile et de fromage, si douce et si chère aux narines de l'étranger qui aime véritablement Venise.
D'énormes tonneaux de six à huit pieds