CHAPITRE TH
de hauteur, et placés à égale distance les uns des autres, divisaient la grande salle en plusieurs compartiments. Des compagnies séparées buvaient derrière ces remparts, dont Zanetto fit le tour pour chercher le personnage désigné par la Bohémienne. Aucun visage ne lui paraissant aussi farouche qu'il le souhaitait, il attendit patiemment. La réunion devint bientôt plus nombreuse ; les servantes couraient plus vite, et le vin , à force de couler , échauffa les cervelles et anima les conversations. A travers le bruit des querelles et des jeux à la murra, une voix de femme fraîche et sonore entonna cette chanson depuis longtemps populaire à Venise , et qui raconte au long l'histoire de la belle Cécile :
« C'était une bergère que la belle Cécile.
Elle demeurait sur une montagne, dans ces. pays où il y a, dit-on, des prés et des troupeaux qui paissent. Elle avait deux sœurs
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aussi jolies qu'elle , mais plus sages, qui restèrent dans leur pays. Cécile s'avisa de vouloir aller sur mer , pour voir si elle trouverait fortune. Elle vint à Venise , et au lieu d'y faire fortune, elle y perdit ce qu'elle avait. Elle n'avait qu'un anneau d'or, et elle le laissa tomber, en regardant avec trop de plaisir le bel horizon des lagunes.
« — Holà ! gentil pécheur, dit-elle, viens donc par ici , et cherche mon anneau d'or.
« — Voix plus douce qu'une clochette, lui répond le pécheur, si je retrouve votre anneau, que me donnerez-vous?
« — Hélas ! que peut donner une pauvre Zitella, qui ne possède plus rien ?
« — Une œillade amoureuse , et je suis assez payé. »
La catastrophe de l'histoire n'est pas bien .terrible , comme on voit, ni la moralité bien sévère.
Au moment où la chanteuse achevait sa