CHAPITRE VIT
chanson, un bandit de mine sauvage et épatée , avec une balafre à la joue , entra en répétant les deux derniers vers d'une voix forte et enrouée :
D'amor un* occhiadina Bastanza m'ha paga.
— Hé ! la Trévisane, dit le brigand , laissez là vos romances musquées ; je suis d'une humeur massacrante aujourd'hui.
— Qu'avez-vous donc, beau balafré? demanda la Trévisane.
— Que la peste étouffe les femmes ! excepté vous , répondit le brigand. Confiezleur une perdrix , elles vous rendront un moineau. La Muranella m'a trompé. Figurezvous qu'un étranger, arrivéd'hier, lui donne trois écus pisis ; elle entre au change de monnaies et me rapporte trois écus romains.
Aussi je l'ai caressée avec le fourreau de ma
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rapière , et l'ai mise en tel état, que d'ici à quinze jours un bossu ne voudrait pas lui faire la cour. Belle Trévisane, si vous m'agréez pour votre ami et protecteur, j'abandonne la Muranella , et je m'attache à vous par les serments, imprécations et autres formalités qu'il vous plaira ordonner.
— Vous avez la main trop prompte à se lever, et trop lourde quand elle retombe, dit la Trévisane. Je vous aime bien , mats à trois pas de distance. Il ne faut pas être exigeant avec les femmes.
— Les temps sont durs , reprit le balafré.
S'il n'y a plus de bonne foi entre nous, où trouvera-t-on la bonne foi sur la terre? Sa* vez-vous que depuis l'arrestation du segatore, on a encore saisi deux confrères? Il me prend des envies de quitter le métier, ou d'aller exercer à Bologne. D'autres suivront mon exemple et Venise s'arrangera comme elle pourra. Puisque le sénat nous