CHAPITRE VIII
— Ciel ! interrompit Zanetto, c'est donc pour ce galimatias que vous manquez à vos serments? Aveugle Luigia, ces phrases n'expriment rien, et les vers ne sont que du ribotnbo sonore volé dans un livre; tandis que moi, si je vous ai dit quelquefois du pathos, il était au moins de mon invention.
Hais regardez, je vous prie, le cachet de la lettre, que je sache s'il contient une devise.
— Oui, répondit Luigia, il contient le plus joli emblème du monde : c'est une étoile entourée d'un cercle avec cette phrase qui en dit bien long : Lucente sono per ehi credeame.
— Ah! voilà d'où viennent tous mes maux, s'écria Zanetto. Le génie mystérieux du cachet change pour vous en poésie les sottises de Marcantonio.
— Don Zanetto, dit la jeune fille en colère, vous êtes un envieux, car vous ne sauriez
pas tourner une lettre aussi galamment, et jamais vous n'avez comparé mes yeux à deux soleils égaux en éclat.
— Je m'en garderais bien ; je les aime trop pour dire de ces fadaises. Et ce ciel où vous habitez, votre poète entend sans doute par là que votre chambre est située au troisième étage...
— Taisez-vous , insolent. Ne reparaissez jamais devant moi.
Luigia ferma brusquement la fenêtre et se retira dans le fond de la maison pour relire sa superbe lettre.
— Hélas! pensa Zanetto, à quoi bon vouloir lutter contre le génie du talisman? C'est lui qui a inspiré à mon rival cette lettre dont je suis incapable d'écrire la pareille.
Malgré mes critiques et ma jalousie, je sens bien que c'est un morceau d'éloquence. Je n'ai plus qu'à me faire gondolier.
Le pauvre Zanetto avait perdu toute