‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 88 sur 133 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

je tremble que la place ne soit déjà prise. La marquise m'écrit en m'envoyant ce portrait, et me fait un éloge si grand de sa nièce, que ma tète se monte. Je réponds que je pars, et Ton m'attend ce matin pour le diner, où mon couvert sera mis auprès de mademoiselle de la Noue (c'est le nom de ma future). Vous comprenez, mon cher ami, combien il est important que je sois exact au rendezvous.

— Mon histoire ne ressemble guère à la vôtre. J'habite depuis mon enfance un petit château situé près de Nemours. Je suis fils unique, et mes bons parents, qui ne sont pas bien riches, ont fait de grands sacrifices pour me donner une éducation complète. Je voudrais répondre à leur désir de me voir prendre quelque emploi , et je maudis mon caractère paresseux, qui ne m'en laisse pas le courage. J'ai en horreur les sollicitations , les placets, toutes les affaires qu'il faut en-

228 FLEUIAKGBS.

lever par force ou par ruse. On parlait sans cesse, dans ma famille , de la nécessité pour un jeune homme de faire son chemin, d'employer le crédit de ses amis et de voir le monde. Au dernier voyage de la cour à Fontainebleau, on m'a recommandé à madame de Polignac. Je ne sais pas résister aux ordres des gens qui m'aiment; ce matin, je suis donc parti avec cette carriole et deux cents louis pour aller chercher fortune à Paris, où mes parents s'imaginent déjà, du fond de leur campagne, que je vais trouver comme vous une héritière à épouser sur ma bonne mine.

Après s'être donné réciproquement ces preuves de leur inviolable discrétion , nos voyageurs causèrent ensuite de leurs anciennes amours, qui ne remontaientpas bien haut, de leurs débuts dans le monde, de la chasse , et de cent autres choses générales ou particulières, en sorte qu'avant d'arriver

Page 1