CHAPITRE I
à Paris ils n'étaient pas sûrs de ne pas être amis depuis longtemps. L'amoureux , qui s'appelait M. de Tillemont, se prétendait allié par sa grand mère à une branche cadette des fameux Lamarck des Àrdennes. Le propriétaire de la carriole, chevalier de Fleuranges, croyant descendre du maréchal de ce nom, qui était Lamarck, ils décidèrent qu'ils devaient être pour le moins cousins au vingtième degré , ce qui augmenta fort la sympathie qu'ils avaient déjà l'un pour l'autre. Ils se promirent de loger ensemble à la même auberge , et de se conter chaque soir leurs amours, leurs succès' et leurs peines.
Les moments s'écoulèrent rapidement au milieu de ces conversations. Bientôt les voyageurs découvrirent au loin les tours de Notre-Dame et celle de Saint-Jacques-la- Boucherie; leurs regards se perdirent dans cet océan de dômes et de toits qu'on nomme Paris, vaste botte de Pandore où il fait bon
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vivre pour celui qui apporte beaucoup d'argent, de la jeunesse et de la santé, toutes choses que l'on y peut dépenser plus lestement que partout ailleurs. Environ à deux cents pas de la barrière, nos jeunes gens remarquèrent un cavalier qui, mettant la main sur ses yeux en guise de visière, sembla les reconnaître et vint se placer devant la voiture, en ordonnant au postillon d'arrêter :
— Messieurs, dit ce cavalier, l'un de vous n'est-il pas M. de Tillemont?
— C'est moi, répondit l'amoureux.
— N'êtes- vous pas attendu à midi chez mademoiselle de la Noue?
— En %ffet , monsieur , je suis attendu pour le dîner.
— A merveille. Soyez assez bon , monsieur, pour mettre pied à terre; il faut que je vous dise deux mots en particulier sur l'affaire qui vous occupe. Je vous demande mille pardons de mon importunité.