‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 90 sur 133 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les voyageurs étant descendus de la voiture, l'inconnu donna son cheval à garder au postillon , et emmena les deux amis par un chemin de traverse, en disant que Fleuranges n'était pas de trop dans la conférence. Pendant le moment de silence qui précéda l'explication, les jeunes gens toisèrent des yeux l'étranger, qui paraissait préparer son discours. C'était un homme de trente-cinq ans au moins, large des épaules et maigre de visage , avec des traits assez beaux, où les orages d'une jeunesse tumultueuse avaient laissé quelques sillons. Il marchait d'un pas ferme et le haut du corps en avant.

— Messieurs , dit-il en s'arrétant au pied d'un arbre, ma proposition va vous sembler étrange. Pour adoucir autant qu'il est possible ce qu'elle a de brutal , il faut d'abord que je vous décline mes noms et qualités. Je suis le baron de Saint-André ; j'aurais trente

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mille livres de revenu si je n'avais pas mangé les deux tiers de mon capital. L'âge des folies commence à se passer, je me range, et je veux faire une fin, comme on dit. Mon ami le marquis de Gondorcet , ce savant philanthrope, m'a offert de m'introduire auprès de mademoiselle de la Noue, jeune fille accomplie, orpheline, et par conséquent libre de choisir un mari à son goût. J'ai vu la jeune personne ; elle a charmé mes yeux , comme dirait M. Dorât. J'allais prier M. de Gondorcet de la demander pour moi, lorsque , hier au soir, on m'annonce que la famille attend un prétendu qu'elle favorise.

Je respecterais l'autorité d'une mère , mais celle d'une tante n'a pas le même poids. Je demande qui est mon rival, d'où il vient, à quelle heure il arrive ; je fais seller mon cheval, je cours au-devant de vous. Je suis assez heureux pour vous rencontrer. Vous êtes joli garçon et galant homme; vous me

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