‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 96 sur 133 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rait critiquer plus obligeamment ma coiffure.

— Je ne parle que de la mode, mademoiselle, et si on me demandait ce que je pense de votre personne, je ne craindrais pas de m'exprimer avec une entière franchise.

— Vous lui con lierez cela dans voire premier tête-à-tête, reprit le commandeur.

— Henriette, dit la marquise, vous avez un défaut dont il faut vous corriger. C'est de ne pas croire à la bienveillance des gens.

Quand on vous dit qu'on vous trouve aimable et jolie, pourquoi supposer qu'on n'en pense rien? Vous ferait-on des compliments si on vous trouvait laide? Défaites- vous de ce petit reste de province. Mon cher Tillemont, je parle sincèrement, moi. Vous êtes un gentil garçon , et vous avez un air tout à fait parisien, je dirai même de cour. N'estce pas vrai, commandeur?

— Absolument de cour.

244 FLEUBANGES.

— Il ne ressemble pas à feu son père.

— Non, mais à sa mère davantage.

— Médiocrement. Çà, vous êtes descendu à l'auberge? Il faudra venir chez nous ce soir. J'ai tout un étage de libre, une écurie pour vos chevaux. S'il vous convenait de loger ici avec votre femme, j'en serais bien aise... Henriette aime la comédie italienne ; je lui donne ma loge. Il y fait un chaud !... Je ne puis plus aller au spectacle. Vous devez mourir de faim. Commandeur, demandez si on nous sert.

La marquise était une grosse petite femme, légère d'esprit, mais bonne et sensée. Fleuranges n'eut pas besoin de recourir aux subterfuges d'Érasme dans la comédie de Pourceaugnac, car madame de Ghampré lui fit peu de questions sur sa famille. Le dîner étant servi , on se mit à table. La conversation fut animée par une gaieté cordiale. L,es grands parents , selon l'usage dans ces en-

Page 1