CHAPITRE I
l'orgueil, de la froideur, du caprice. Les noms n'y font rien. Je suis comme cela.
Qu'on me fasse sortir de cette indifférence, je ne demande pas mieux ; mais vous trouverez bon que j'attende cette révolution dans mes idées avant de prendre un mari.
— Votre conduite me paraît tout à fait sage. Je n'ai pas plus envie d'épouser une femme qui ne m'aime point, que vous de prendre un mari qui vous déplaise. Nous nous entendrons parfaitement, et déjà cette prudence me donne une estime pour vous dont je voudrais pouvoir vous inspirer la pareille.
— Il y a une certaine dose d'estime que Ton doit à tout le monde, à moins de raisons pour la refuser; mais de l'amour, je n'en veux avoir que pour une seule personne dans ma vie. Des vertus, du mérite, de grandes qualités, quelque belle action...
— Je vois que vous n'aimerez pas à la lé-
gère, mademoiselle. Les héros sont rares, et vous risquez d'attendre longtemps.
— J'attendrai , monsieur ; je ne suis pas pressée d'être pourvue, comme dit ma tante, Mais peut-être vous désirez trouver une femme dans les vingt-quatre heures, afin de choisir avec soin et discernement?
— Mademoiselle , si vous m'accablez de votre ironie, la partie ne sera pas égale entre nous , car je ne sens pour vous que de la sympathie. Si vous voulez un héros pour mari, je ne suis pas votre affaire ; je ne désire pas non plus une héroïne. Il me faudrait une femme simple, d'une humeur douce, un peu enjouée s'il est possible ; je la laisserais libre et ne lui demanderais, en retour de ma tendresse et de ma confiance, que de la bonté , de la complaisance , et le soin de me distraire par un peu de musique dans mes jours de mélancolie. Voilà ce que j'aurais souhaité; mais les morts ne se marient pas...