CHAPITRE lY. OSI
et que demain nous irons chez lui prendre la collation à neuf heures de France. » La discrétion étant le premier devoir de mon étal , j'ignore ce que cela signifie ; mais Votre Seigneurie comprendra sans doute ce que ma faible intelligence n'a pu saisir. Je m'en rapporte à Votre Seigneurie pour juger si je mérite la chaîne d'or.
— Prends-la, répondit Zanetto, et encore cette bourse par-dessus le marché.
— Votre Seigneurie n'a pas moins de générosité que d'éloquence. Si elle a besoin de moi pour la servir, je me recommande à elle. Mon nom de guerre est Matteo dit le Segatore, On me trouve devant le Campanile à l'heure de la bourse. Je pratique avec fidélité, zèle et silence, tous lesarticles dumétier en matière d'amour , de vengeance , de jalousie et d'héritage. Je tiens le guet-apens, la botte certaine pour duels, le philtre amou. reux, le narcotique, la coltellata et la ba-
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lafre au visage. Je suis l'esclave de Voire Seigneurie.
Lespadassin salua jusqu'à terreets'éloigna.
Notre héros ne pensait plus qu'à son entrevue du lendemain. Il appela son cuisinier et lui commanda une collation digne d'une tête couronnée. Ses appartements, ses tentures de soie, ses tapis de Perse, ses meubles nouveaux lui semblèrent tout à fait misérables et indignes d'une personne qu'il aurait voulu asseoir sur un trône impérial ; mais le temps lui manquant pour embellir son palais, il prit son parti de le laisser comme il était. Sa vaisselle était incomplète et son ménage de garçon mal monté. Il envoya bien vite chez le premier orfèvre du Rialto demander quelques plats de vermeil et d'autres pièces d'argenterie dont le talisman fit les frais avec le succès accoutumé. Le iocco de nuit était sonné quand Zanetto s'endormit, après avoir répété cent fois :