‹ Le nouvel Aladdin, suivi de FleurangesChapitre 14 sur 56 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ment son verre, et dit avec un sourire voluptueux :

— Buvons à la liberté, à Fâmour et à rbeuréux succès de nos projets!

— Buvons ! dit la vieille en se versant une rasade.

Zanetto répéta :

— A la liberté, à Tamour et à Theureux succès de nos projets !

Et il vida d'un trait le verre empoisonné.

A peine eut-il avalé Finfernale potion, le bon Zanetto, qu'il se sentit comme enveloppé d*un brouillard épais. Il lui semblait entendre les voix de ses convives à une grande distance de lui, tandis que d'autres voix inconnues murmuraient à son oreille des paroles étranges. Sa volonté s'éteignait; sa mémoire devenait confuse et le sentiment

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du présent s'effaçait. Il ne savait plus en quel Heu il était , ni avec quelles gens, ni ce qui Favait occupé tout à Theure. Le désordre de la tête gagna tout le corps en peu dinstants , la parole devint inarticulée , le geste incertain. Zanetto se tratna jusqu'à une ollomane, mit une main à son front, et s'endormit d'un sommeil douloureux comme un évanouissement. Aussitôt les deux aventurières se jetèrent sur les couverts d'argent, les plats de vermeil, les salières et les pièces du surtout; elles firent table rase , et enveloppèrent leur bagage dans les serviettes. Les vases et les coupes ciselées qui ornaient la cheminée furent enlevés avec le reste. Le coffret aux bijoux, les chaînes, le baguier, changèrent aussi de maître. A l'aide d'un couteau , la vieille , qui était exercée à ce jeu- là , força les serrures des armoires , et découvrit le4iroir aux écus. Six mille ducats qui restaient encore furent confisqués. Les

habits brodés, les chemises de Hollande, les collets de dentelles, tombèrent entassés pèlemôle avec le tapis de Perse et la courtepointe du lit , qui était en pou-de-soie. La vieille ouvrit alors une fenêtre et siffla d'une manière éminemment bohémienne. Deux enfants de dix à douze ans , agiles comme des lapins, sortirent du fond de la gondole où ils se tenaient blottis, et grimpèrent au premier étage. £a un moment , ils eurent traosporté le butin dans la cabine et achevé le déménagement.

— On n*a pas besoin de chaussure pour dormir, dit la vieille; ces bottines -là serviront à mon fils Pietro. Voilà un justaucorps à fleurs qui vaut bien douze écus. Le manteau est tout neuf; les bas sont de soie et à côtes. 11 est vôtu comme un prince, ce jeune homme.

£n parlant ainsi, la maudite sorcière déshabillait le pauvre Zanetto, coupait le gilet

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