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et de la vérité, son aventure extraordinaire, et le crime dont il accusait la belle Jacomina, que le commissaire ordonna , sans hésiter, aux agents de conduire le prisonnier au palais ducal, et de le faire monter sous les plombs, pour y demeurer ju$qu*à ce qu*il plût au patriarche Bragadino de lui accorder sa grâce.
Les plombs de Venise, dont on se fait une idée terrible , ne sont en somme que des espèces de mansardes. Quelques cellules ont des fenêtres sur la cour du palais ducal, d'autres sur le Rio, où se trouve le pont des Soupirs. Avec son escorte peu courtoise, notre héros passa dans l'escalier étroit et dégradé qu'on montre aujourd'hui aux tou-
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nstes, et grimpa sous le toit fatal, où le geôlier lai donna une chambre. Le séjour des plombs est mauvais en été, à cause de la chaleur ; en automne, à cause des zanzares, dont les morsures ne laissent jamais aux prisonniers un instant de repos ; mais Zanetto visita ce lieu de tristesse au printemps, qni est la saison la plus favorable. Il s'estima heureux de n*é(re pas logé dans les puits, que Teau et l'obscurité rendent beaucoup plus dangereux et plus horribles. Une natte de jonc assez douce Fin vitait à dormir ; il s'y coucha pour se reposer de tant de secousses et adressa du fond de son cœur une prière à la madone; car s'il était vaniteux, égoïste, astucieux et libertin, du moins il avait de la dévotion, le bon Zanetto.
— Sainte Vierge, disait-il à mains jointes, je suis jeune, vous aurez pitié de moi, et vous me tirerez de cette injuste prison. Ce
maudit cachet constellé, au lieu de me ren-
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dre heureux, est la cause de tous mes maux. Puisqu'il n'y a pas de profit à se fier aux magiciens, je me tourne de votre côté, et je vous promets un flambeau d'argent sur mes économies, si vous daignez demander à Dieu ma délivrance.
Après cette prière d'une exemplaire ferveur, le pauvre garçon s'étendit sur la natte et s'endormit. Une voix rude le réveilla au bout d'une heure; c'était le geôlier qui l'appelait par son nom.
— On voit bien, don Zanetto, que vous n'avez pas un gros crime sur la conscience. Vous dormez en véritable innocent. Je m'y connais. Mais quelle diable d'idée avez-vous eue d'insulter publiquement la nièce d'un patriarche?
-— Elle m'a volé, cela est aussi vrai qu'il y a un pape à Rome, répondit Zanetto ; ou bien, si je me trompe, il faut donc qu'un démon ait pris la figure exacte de cette
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Jacomina pour venir chez moi et me dévaliser.
— Allons, ce sont des peccadilles que tout ceci, mon enfant. On ne vous étranglera pas pour si peu.
— Je l'espère bien : mais combien de temps me laissera-t-on languir ici?
— Selon le crédit de vos amis, selon le pouvoir de vos ennemis, selon la protection de votre patron saint Jean, qui est puissant dans le ciel. Quant au seigneur patriarche et quant aux seigneurs juges et commissaires, ils vous oublieront et vous laisseront en ma compagnie éternellement, si Ton ne se remue pas un peu pour vous faire sortir.
— Je suis perdu! s'écria Zanetto. Qui donc pourrait demander grâce ? Je n'ai pas un parent sur la terre, et des amis, en a-t-on dans la situation où je suis?
— £h bien ! mon garçon, vous habiterez longtemps cette chambre; elle est des meil-
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leures de la maison ; nous boirons une bouteille de vin ensemble, et je vous promets de vous faire une heure de causerie par jour. Avec cela on n'est pas à plaindre.
Le gardien tint sa promesse ; mais c'était surtout afin de partager la bouteille de vin accordée par l'État au prisonnier qu'il montrait tant d'envie de réjouir son hôte par sa conversation. Plusieurs semaines mortellement longues s'écoulèrent sans que notre héros eût aucun sujet d'espérance, et son courage était déjà fort abattu. Ce n'est pas à dix-neuf ans, ni avec l'organisation impressible et sensuelle d'un Vénitien, qu'on peut supporter la solitude et l'idée accablante de la captivité. Zanetto passait les journées à se lamenter, sans écouter les remontrances banales de son geôlier. Marietta la blanchisseuse lui avait envoyé du linge et des habits; c'était le seul témoignage d'amitié qu'il eût reçu dans son malheur.
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Cette bonne femme entra un matin dans la cellule.
— Mon cher enfant, dit-elle en embrassant son jeune maître, qu'on a de peine à venir jusqu'ici ! Il faut postumer chez toutes sortes de gens, des juges, des gardiens, des commissaires de police ; et ils vous font des rogationa à n'en plus finir : « Qu'est-ce que vous voulez dive au prisonnier? Etesvous sa parente, sa nourrice, ou sa servante? » Enfin me voici. En quel état je vous retrouve, Jésus, mon Dieu! Vous donne- t-on au moins à boire et à manger? Et de l'argent, en avez- vous besoin? Je vous apporte trois ducats, c*est tout ce que j'ai.
— Ah ! Harietta, dit Zanetto en pleurant, vous êtes ma seule amie. Gardez votre argent, je n'en saurais que faire. Ce sont vos caresses qu'il me faut; j'ai besoin d'entendre votre voix, et de regarder un visage
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qui i]i*aiine. Je meurs d*ennui dans cette prison. Parlez-moi, Marietta. Dites-moi ce qui se passe à Venise, et appelez-moi encore votre enfant.
— Le pauvre garçon , reprit la bonne femme, qu'il est malheureux 1 Si vous saviez comme on a mal parlé de vous ! Les uns disaient que vous aviez enlevé la caisse d*un marchand, les autres qœ vous étiez dans une tro^jpe de brigands, que vos camarades vous ont volé, que cela vous a rendu fou et que le bon Dieu vous a puni. Moi seule j'ai pris votre défense et j'ai soutenu que tout cela était des calamités.
— Vous voulez dire des calomnies, Marietta.
— Oui, mon enfant. B^abord, le lendemain de votre incarnation, il est arrivé des sergents, des notaires, et toutes sortes de gens noirs à grandes perruques. On nous a priés de sortir et de rendre le palais Lore-
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dano à son ancien maître. Cela ui*élait bien égal. Je snis retournée dans notre petit adk dd Cristo à Saint-Moïse : l'eau de la citerne n'était pas bien bonne à ce palais ; mais vos domestiques ont crié corn nie des nègres. Ils voulaient un mois de gages pour vous avoir servi pendant trois jours. Je leur ai prouvé que vous ne leur deviez rien, parce que je savais qu'ils vous volaient. Beppo, le valet de chambre, demande son manteau, que vous avez pris, et cela, c'est juste; vous lui rendrez ses effets. Si l'on m'eût laissé ce qui restait de meubles après que ces coquines de femmes vous ont dévalisé, j'en aurais tiré au moins cent ducats en les vendant ; mais le maudit notaire les a saisis en disant que vous lui deviez des frais et des lumorable$.
— Des honoraires, Marielta ; poursuivez. Avez-vousentenduparlerde Luigia Corvino?
— Certainement. Elle a pleuré comme
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une sainte Madeleine, la pauvre petite. Paolîna, la fruitière, a pour commère la grosse Nani, qui demeure à Saint-Zacharie. Elle m*a assuré que la belle enfant pense toujours à vous; mais le vieux Taccagno de père n'entend pas raison. Il veut avoir pour gendre ce ladre de Marcantonio, et le mariage séduit toujours les filles. Luigia sera madame Marcantonio; prenez-en votre parti.
A propos, on dit que vous avez donné à la petite un collier qui vaut des millions. Il faut redemander ce collier.
— N'y pensons plus, Marietta. Il est donné ; il ne m'appartient plus.
— Ce serait pourtant un moyen de faire manquer le mariage, car le vieux aura bonne envie de garder le bijou, et il vous donnerait peut-être la fille plutôt que de rendre ce million en perles fines. Nous disions donc que les gens noirs à perruque ont tout pris, excepté vos papiers que j'ai emportés.
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Il y a, je croîs, les lettres de votre pauvre défaille mère, que Dieu sauve son âme ! et pais d'autres choses auxquelles je ne connais rien, puisque je ne sais pas lire.
— Mes papiers ! dit Zanetto en passant la main sur son front pour rappeler ses souvenirs. N'y as-tu pas vu des empreintes de cire d'Espagne sur des feuilles volantes ?
— C'est bien possible. Regardez-y vousmême ; je les ai là dans ma poche.
Zanetto se souvenait d'avoir essayé son cachet magique pour en Ifre la légende, et une lueur d'espérance venait déjà de traverser son esprit. Il s'était emparé des papiers et y cherchait avec précipitation. Tout à coup, il fit un bond et s*écria :
— Je suis sauvé ! Voici deux empreintes du divin cachet ; embrasse-moi, Marietta. h suis libre... à moins cependant que la vertu du talisman ne s'éteigne quand il a changé de main. Essayons toujours. Holà !
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messer gardien. Venez ici, je voas prie. Si vous voulez me prêter une plume et de Tenere pour écrire une pétition, je vous donnerai trois ducats.
— Quoi ! dit Marietta, vous allez donner toute votre fortune pour une plume! Qu*avez-vous à faire d'une pétition et de ce tamerlan dont vous parlez ?
~ Si vous étiez au corcene durOy répondit le geôlier , je ne vous prêterais une plume ni pour or ni pour argent; mais puisque mes instructions ne s*y opposent pas, je connais mon devoir : donnez-moi les trois ducats.
Notre héros prit une feuille de papier blanc sur laquelle était l'empreinte du cachet perdu, et il écrivit ce qui suit :
« Très-illustre et très-magnifique seigneur,
u Le soussigné, injustement détenu sous