‹ Le nouvel Aladdin, suivi de FleurangesChapitre 20 sur 56 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

les plombs y conjure humblement Votre Excellence de donner les ordres nécessaires pour qu'il soit mis immédiatement en liberté. La seule recommandation qu'il ait auprès de Votre Excellence est le cachet du grand Ali-Mahamud, dont voici Tempreinte. »

Zanetto plia le papier en quatre et mit cette adresse : » A Son Excellence le trèsillustre et trés-magnifique seigneur, Louis Marine, doge de Venise. »

— A présent, Marietta, dit-il, porte ce billet au seigneur Marine sans te troubler, à rheure de ses audiences publiques, et ne crains rien ; tu seras bien reçue.

— Avec cela, jeune homme, dît le geôlier qui avait lu la pétition, vous sortirez des plombs en effet, mais ce sera pour passer le pont des Soupirs, ou bien pour aller à Thospice des fous.

— Va toujours, Marietta, je te réponds

13â LE NOUVEL àLADDIN.

du succès. Tu n*as qu*un pas à faire : au pied de Tescalier des plombs est la galerie qui mène à l'appartement du doge ; tu demanderas rhuissier de service, et si le moment est favorable, dans une heure je puis être libre.

La servante partit résolument, tant elle avait de confiance en son jeune maître. Au bout de quatre heures la porte de la cellule s'ouvrit, et Zanetto vit entrer un personnage vêtu de la robe et du bonnet de sénateur : c'était le directeur général des prisons.

— Signor cavalière, dit-il, Son Excellence le doge a voulu que je vinsse moi-même ordonner votre élargissement. Il regrette de n'avoir pas su plus tôt que vous étiez en prison, et vous prie d'accepter, comme un gage de sa bienveillance, cette bague ornée d'un brillant. Si vous voulez prendre la peine de me suivre, je vais vous remettre à l'instant en liberté.

CHAPITBE Vl. 135

Le directeur conduisit Zanetto jusqu'à

Tescalier des Géants, lui fit un salut amical

et rentra dans le palais. Aussitôt que notre

héros eut franchi le seuil et passé devant

les fatales colonnes qui servent de potence,

il commença par courir et gambader comme

un écolier en récréation pour se dégourdir

les membres. Ensuite il jeta un regard de

bonheur et d'amour sur le ciel éclatant de

lltalie, sur la mer, sur le portail de l'église,

sur l'horloge avec son large cadran bleu et

ses bonshommes de bronze qui frappent les

heures d'un air si gauche et si divertissant;

et puis, en regardant le campanile et la

foule amassée pour l'ouverture de la bourse,

il se souvint du segatore et de la commande

qu'il avait faite à ce brigand. Zanetto s'ap*

procha en tremblant du pilier où se tenait

jadis l'officieux Matteo. Il ne le trouva pas à

son poste. Enfin, après avoir attendu et

dierché, il demanda timidement des nou-

velles du segatore au vieux bonquioiste établi sous le campanile.

— Jeune homme, répondit le marchand, je vous souhaite de voir ce bandit le plus tard que vous pourrez, car il est dans les puits pour cause de guet-apens, et à présent on lui serre les pouces avec un étau pour lui faire avouer ses méfaits. Si vous êtes de ses amis ou si vous avez affaire à lui, ne vous en vantez pas.

— Adieu, mon talisman! s*écrla Zanetto avec un soupir.

Et notre héros mit ses mains dans ses poches et se promena en chantant sur la piazzetta pour jouir du soleil et du souffle de la brise. Le groupe des six Taccagni était assis sur les marches de la Zecca.

— Ne vois-je pas ce coquin de Zanetto? dit Tun d'eux.

— Lui-même, dit notre héros en s'appro-

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