‹ Le nouvel Aladdin, suivi de FleurangesChapitre 31 sur 56 · GH ANTRE I. S · texte numérisé non relu

GH ANTRE I. S

trouveriez ridicule si je vous priais de renoncer à vos prétentions ; de mon côté , je ne veax rien rabattre des miennes. Accommodons-nous ensemble : échangeons un petit coup d'épée, au premier sang. Le blessé, couché dans son lit pour une quinzaine de jours , sera bien forcé de céder la place à l'autre ; il aura Thonneur sauf; point d'affront à supporter. Le vainqueur fera de son mieux pour plaire , et. s'il est écouté, à lui la demoiselle et la dot. Je sais bien que ma proposition n'est point régulière; il nous manque les quatre témoins de rigueur pour un duel; mais considérez que le tempspresse, et que vous avez plus beau jeu que moi , puisqu'on vous attend à midi. J'ai fait comme j'ai pu ; peut-être aussi serez-vous bien aise de vous débarrasser de moi, car je serai un rival tenace et incommode qui vous donnera du souci. Acceptez la partie que je vous offre, et, dans un moment, l'un de nous deux

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aura le champ libre. Qu'en pensez-vous?

— En vérité, répondit Tillemont, tout cela me semble comique ; mais je trouve en vous un rival comme je les aime. On est exposé à tirer Tépée pour des bagatelles si légères, que c'est une bonne fortune que de se battre pour une affaire de conséquence. Je suis à vos ordres.

— Messieurs, interrompit Fleuranges, puisque vous êtes de si bonne composition, que ne jouez-vous la partie à croix ou pile?

— Oh f reprit Saint-André, ce serait absolument contraire à mes principes ; il faut une part au hasard et une autre à l'adresse. De grâce, soyez notre témoin, et ne cherchez pas à déranger nos plans. M. de Tillemont est engagé d'honneur ; ce terrain parattsec, uni, excellent. Nos épées me semblent de la même longueur. Il n'y a pas ici d'indiscret ; ôtons nos habits ; ce sera fini dans un moment. Je ne vous cache pas que je crois

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avoir en ma faveur les probabilités, ayant contracté Thabitude de toucher mon homme à la première bot le; mais, Dieu merci, je n*ai jamais tué personne. Pour une petite saignée votre ami en sera quitte. D*un côté l'avantage de la jeunesse, les agréments de la figure, la fortune, Tappui de la famille; de l'autre, Tàge, lexpérience, un peu de bien jouer: en bonne justice, je dois blesser mon adversaire. A vingt ans on est trop jeune pour se marier ; il faut laisser cela aux gens qui ont la trentaine bien sonnée. Allons, cher monsieur, me voici en garde. En parlant ainsi , Saint-André tâtait le terrain avec son pied, pesait son épée dans sa main, choisissait la bonne place, et relevait la manche de sa chemise. Fleuranges, remarquant dans la physionomie de cet homme une expression singulière d'énergie et de résolution, en augura mal pour son compagnon de voyage. Il se tint près des

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combattants, déterminé à percer de son épée celai qui s'aviserait d'employer quelque ruse interdite par les lois du duel; mais il fut bientôt rassuré sur la loyauté de l'un et l'habileté de l'autre. Tillemont para le mieux du monde cette première botte si vantée d'avance. Saint- André, un peu étonné de trouver un adversaire aussi adroit , se mît sur la défensive; deux fois il rompit d'une semelle devant une pointe menaçante qui venait effleurer sa poitrine. Pas un muscle de son visage ne bougeait. Enfin , un éclair partit de ses yeux gris. Fleuranges vit une espèce de sourire animer cette figure impassible , et Tillemont tomba frappé dans la poitrine.

— Mes amis , dit le blessé , je suis un homme mort.

— Vous l'avez tué, monsieur, s'écria Fleuranges.

— Gela est fâcheux, dit Saint-André,

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