‹ Le nouvel Aladdin, suivi de FleurangesChapitre 39 sur 56 · FLEUR ANGES · texte numérisé non relu

FLEUR ANGES

— J'en serais au désespoir, mademoiselle.

— Il y a dans un pensionnat d'Amiens une jeune fille qui a les cheveux roux, mais qui joue passablement les morceaux de Scarlati. Voulez-vous que je vous recommande à elle ? Ce serait peut-être votre affaire.

— Si j'ai le malheur de vous déplaire, il m'importe peu d'aller à Amiens ou ailleurs.

— M. le chevalier, interrompit la marquise, j'admire votre douceur. A votre place, je dirais à ma nièce qu'elle est une mijaurée ; je lui tournerais les talons et ne lui reparlerais de ma vie. £t vous, mademoiselle, je vous déclare qu'il faut finir toutes ces grimaces. Je vous donne un mois pour choisir un mari ; passé ce temps-là, si vous n'êtes pas décidée , je vous mettrai au couvent.

Malgré la belle occasion qui lui était pré-

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sentée de rompre avec Henriette, Fleuranges ne se sentit aucune envie de faire retraite. Une certaine grâce qui accompagnait les railleries de la jeune personne le retenait sous le charme. Mademoiselle de la Noue n'eut pas l'air de s'effrayer beaucoup des menaces de sa tante, et ne traita point le chevalier avec plus de bonté. La marquise en perdit patience.

— Ma nièce, dit-elle tout à coup, au lieu de causer de bagatelles, vous feriez mieux de songer à vos affaires, car je vous assure qu'elles sont sérieuses.

— Je m'en vais donc y songer, ma tante. Mademoiselle de la Noue sortit du salon

et ne revint plus. En quittant la rue de Vendôme, Fleuranges avait le cœur troublé. Il se disait que cette jeune fille fière et moqueuse devait pourtant avoir l'àme bonne au fond , qu'elle était au-dessus des autres par son esprit, que sa malice même

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paraissait pleine d'agréments , et que , pour la beauté , l'éclat et la grâee , elle n*avait point de pareille; mais, le charme étant détruit par une nuit de sommeil, le chevalier s'écria en «'éveillant qu'il serait fou de poursuivre une personne qui ne le voyait jamais sans le maltraiter. De peur de retomber dans sa faiblesse de la veille, il résolut de s'en aller à la campagne poar se distraire. Il emplît une valise de linge et d'habits, prit quelques volumes de Montaigne et de Rabelais, et se fit conduire au bois de Morfontaine, où il s'installa dans une auberge.

Notre chevalier était absent depuis quatre jours, lorsqu'un matin Henriette demanda au commandeur pourquoi on ne voyait plus Fleuranges.

^ Ma chère enfont, répondit le bon vieillard, c'est un peu votre faute s'il ne revient plus, car vous ne l'avez guère encouragé.

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